Le résultat des élections allemandes renforce l’hypothèse d’une grande coalition entre conservateurs et sociaux-démocrates

Par Stefan Steinberg
24 septembre 2013

Le résultat des élections allemandes de dimanche dernier a augmenté la probabilité d'une grande coalition entre les partis conservateurs et le Parti social-démocrate allemand (SPD) pour gouverner l’Allemagne durant les quatre années à venir.

Les partis au pouvoir, l’Union chrétienne-démocrate (CDU) et l’Union chrétienne-sociale (CSU), ont augmenté leur score d’environ 8 pour cent pour atteindre un total de 42 pour cent et faire d’Angela Merkel la gagnante incontestée des élections. Dans le même temps, l’actuel partenaire de la coalition des partis conservateurs, le Parti libéral démocrate (FDP), partisan de l'économie de marché, a subi une débâcle.

Ce parti a perdu deux tiers de ses voix par rapport à 2009 et obtenu à peine 4,7 pour cent des suffrages, ce qui signifie qu’il n’a pas atteint le seuil de 5 pour cent des voix, requis par la loi électorale allemande pour entrer au parlement. Suite à son résultat catastrophique lors de l’élection clé dans le Land de Bavière la semaine passée, le Parti libéral-démocrate s’était tourné vers les électeurs de la CDU pour quémander leur deuxième voix sur le bulletin de vote et garantir ainsi son entrée au parlement.

Merkel et la direction du parti étaient immédiatement intervenus pour dire qu'il fallait que leurs partisans donnent leurs deux voix au CDU.

Il s’agit de la première élection allemande depuis la Deuxième Guerre mondiale où le FDP, qui a occupé des postes ministériels clé dans bon nombre de gouvernements d’après-guerre et qui est reconnu comme un parti ayant des liens étroits avec les banques et les milieux d’affaires, n’a pas réussi à entrer au parlement.

Le parti d’opposition SPD s'est montré incapable de faire une percée face au gouvernement mené par Angela Merkel qui a supervisé durant ces quatre dernières années une augmentation massive de l’inégalité sociale. Le SPD a recueilli à peine plus de 25 pour cent des suffrages, soit 3 pour cent de moins que son résultat catastrophiquement bas lors des élections de 2009. Le SPD enregistre ainsi son deuxième plus mauvais résultat d’après-guerre.

Les électeurs étaient conscients que le SPD était non seulement responsable des plus graves coupes dans les dépenses sociales de la période d’après-guerre (Agenda 2010 et lois Hartz IV), mais ils savaient aussi que le candidat SPD, Peer Steinbrück, avait été le ministre des Finances sous le dernier gouvernement de grande coalition (2005-2009). C'était le ministre à qui avait été assignée la principale responsabilité de renflouer les banques allemandes en 2008, après le déclenchement, à l’époque, de la crise financière mondiale.

Vers la fin de la campagne électorale, lorsqu’il était devenu clair que le SPD ne parvenait pas à progresser par rapport aux conservateurs, la direction du parti avait cherché à renforcer son rôle social en réclamant un salaire minimum et des concessions pour les retraités. Le vote de dimanche pour le SPD a clairement indiqué que les électeurs n’avaient pas pris au sérieux de telles promesses.

Les Verts ont aussi essuyé un sérieux revers lors des élections. Lors des élections précédentes en 2009, ils avaient obtenu plus de dix pour cent. Durant cette campagne électorale, les dirigeants des Verts ont continuellement insisté sur le fait que le parti cherchait à obtenir un score à deux chiffres leur permettant de former une coalition avec le SPD. Le jour de l'élection, leur parti a tout juste recueilli un peu plus de huit pour cent.

Durant la décennie précédente, les Verts allemands ont été un parti qui a préconisé une politique économique de droite, défendant ardemment le militarisme allemand. Le Parti, qui représente les riches couches de la classe moyenne urbaine, a manifestement été rejeté par de vastes couches d’électeurs plus jeunes qui avaient été prêts à le soutenir dans le passé.

Die Linke [La Gauche – l’équivalent du Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon en France] a aussi subi une baisse de plus de trois pour cent par rapport à son résultat de 2009, en passant de 12 à 8,5 pour cent. Le parti avait axé toute sa campagne électorale sur des propositions en faveur d’un gouvernement de coalition avec le SPD et les Verts, et a donc pâti des conséquences de la baisse des voix exprimées en faveur de ces deux partis.

Dans les villes et les Länder où il a été au pouvoir, Die Linke a tout naturellement imposé toute la politique antisociale qu’il critiquait sur ses affiches électorales. Il a payé le prix de son hypocrisie politique.

Un indice important du caractère droitier du parti est le fait que des sondages portant sur les intentions de vote ont montré que plus 300.000 anciens électeurs de Die Linke ont reporté leur voix vers le parti nationaliste droitier et anti-européen « Alternative pour l’Allemagne » (Alternative für Deutschland, AfD). L'unique parti à avoir cédé davantage de ses anciens électeurs au AfD est le FDP.

Durant la campagne électorale, certains dirigeants de Die Linke comme Sahra Wagenknecht avaient ouvertement dit soutenir certains éléments du programme de l’AfD.

L’AfD, qui a été créé il y a moins de huit mois, a obtenu d’emblée environ cinq pour cent des voix. Au moment d’écrire cet article, on ne sait pas encore s’ils seront représentés au parlement.

A l’exception des Verts, qui sont entrés au Bundestag en 1983, ce serait le premier parti nouvellement formé de toute l’histoire de la République fédérale à obtenir une représentation parlementaire. Die Linke et son prédécesseur, le PDS, sont les vestiges de l’ancien parti au pouvoir de la RDA.

Alors que le décompte des bulletins de vote se poursuit, l’on estime que la CDU-CSU a une chance d’obtenir la majorité absolue, mais il se pourrait aussi qu’elle rate de peu, à quelques sièges près, une telle majorité. Les conservateurs seraient alors obligés de trouver un partenaire de coalition pour donner au nouveau gouvernement suffisamment de poids pour appliquer son programme d’austérité, de coupes sociales et de militarisme.

Quant au SPD, il a clairement fait comprendre qu’il était tout à fait disposé à participer à une telle coalition. Réagissant aux résultats électoraux, Peer Steinbrück, a dit aux partisans : « La balle est dans le camp de Mme Merkel, c’est à elle de se trouver une majorité. »

Le SPD a catégoriquement rejeté des propositions de former une coalition incluant Die Linke, mais le SPD, les Verts et Die Linke pourraient éventuellement avoir une petite majorité au nouveau parlement.

Les Verts ont pour leur part aussi exclu une coalition avec Die Linke. Tout comme le SPD, ils ont signalé qu'ils pourraient être disposés à former une coalition avec la CDU-CSU de Merkel.

La direction du CDU se réunira lundi pour discuter des résultats et déterminer la manière de procéder pour former une grande coalition en alliance avec le SPD. Ce ne sera toutefois pas une simple répétition du gouvernement qui avait gouverné l’Allemagne de 2005 à 2009.

Comme nous l'avions écrit il y a deux jours dans une perspective : « Non seulement il intensifiera l’impitoyable politique d’austérité que l’Allemagne impose en Europe mais il déclarera la guerre à la classe ouvrière en Allemagne même. Il abandonnera aussi toute retenue militaire et défendra agressivement les intérêts de l’impérialisme allemand sur le plan international. »

Le seul parti à être intervenu dans les élections avec un programme représentant une authentique alternative pour la classe ouvrière a été le Parti de l’Egalité sociale (Partei für Soziale Gleichheit, PSG).

Des articles supplémentaires à paraître dans les prochains jours analyseront le nouveau gouvernement et seront consacrés pleinement au vote et à la campagne menée par le PSG.

(Article original paru le 23 septembre 2013)