L’appareil américain des renseignements et de l’armée pousse à de nouvelles frappes contre la Syrie

Par Bill Van Auken
21 avril 2018

Un rapport des renseignements militaires américains divulgué aux grands médias affirme que les frappes de missiles du 14 avril menées par Washington en collaboration avec le Royaume-Uni et la France n’ont pas réussi à détruire les prétendues capacités d’armes chimiques du gouvernement syrien. Il défend implicitement l’idée de raids plus étendus et meurtriers qui pourraient déclencher un affrontement militaire avec la Russie, une puissance nucléaire, qui dispose de troupes en Syrie soutenant les forces du président Bachar al-Assad.

La fuite de ce rapport, qui a été présenté par le New York Times sous le titre « Les frappes de missiles sont peu susceptibles d’arrêter les attaques chimiques syriennes, dit le Pentagone », et largement couvert par Reuters, est intervenue au milieu de nouveaux reportages depuis les lieux de la prétendue attaque aux armes chimiques qui était le prétexte pour les frappes de missiles du 14 avril sur la Syrie, révélant que « les preuves » sont une mise en scène.

La télévision russe VGTRK a interrogé un garçon syrien qui figurait en bonne place dans une vidéo publiée par un groupe rebelle qui constituait la principale « preuve » d’une attaque chimique dans la ville de Douma, dans la Ghouta orientale, le 7 avril. Cette attaque fut invoquée par Washington, Londres, et Paris comme motif pour un acte d’agression militaire sans provocation perpétré en violation flagrante du droit international.

Dans la vidéo filmée par les Casques blancs, une ONG financée par les Britanniques et les États-Unis, le garçon est vu au milieu d’une scène chaotique d’adultes hurlants et d’enfants affolés arrosés d’eau pour contrer effets de la prétendue attaque chimique.

S’adressant à l’équipe de télévision russe, Hassan Diab, 11 ans, a confirmé qu’il était le garçon de la vidéo. « Quelqu’un criait que nous devions aller à l’hôpital, alors nous sommes allés là-bas », a-t-il dit « Quand je suis arrivé, certaines personnes m’ont attrapé et ont commencé à me verser de l’eau sur la tête ».

Son père, qui, comme d’autres résidents de Douma, a déclaré qu’il n’avait rien entendu au sujet d’une attaque chimique ce jour-là, a déclaré au média russe : « Je suis allé à l’hôpital, je suis monté à l’étage et j’ai trouvé ma femme et mes enfants. Je leur ai demandé ce qu’il s’était passé, et ils ont dit que les gens à l’extérieur criaient au sujet d’une odeur et leur avaient dit d’aller à l’hôpital. À l’hôpital, ils ont donné des dates et des biscuits aux enfants. »

L’équipe de télévision a également interrogé le personnel médical de la clinique où la vidéo a été filmée. L’un d’entre eux a déclaré que, alors que les gens se plaignaient de problèmes respiratoires causés par la poussière des bombardements dans la ville, il a été surpris par l’afflux soudain de patients accompagnés par l’équipe de tournage des Casques blancs.

Il a raconté : « Certaines personnes sont venues ici et ont lavé les gens. Ils ont dit : « Attaque chimique. Attaque chimique" : Nous n’avons vu aucun symptôme d’attaque chimique ».

Un compte-rendu similaire a été fourni par une source très différente, la chaîne américaine de droite pro-Trump, USNN, qui a également réussi à faire venir une équipe de télévision à Douma. Son correspondant a rapporté qu’après avoir interrogé une quarantaine de résidents, « aucune des personnes à qui j’ai parlé dans le quartier [où l’attaque aurait eu lieu] n’a dit avoir vu quelque chose ou avoir entendu quoi que ce soit sur une attaque chimique ce jour-là ».

USNN a également parlé au personnel médical de la clinique où la vidéo « rebelle » a été filmée. L’un d’entre eux a déclaré à cette chaîne de télévision que la journée avait été normale, jusqu’au moment où « soudainement, sortie de nulle part […] une bande d’inconnus a fait irruption dans la pièce en criant qu’il y avait une attaque chimique. Ils ont amené des victimes présumées et ont commencé à les arroser d’eau ».

Il a ajouté que les « étrangers » filmaient tout. « Dès qu’ils ont lavé tout le monde, ils ont tout remballé et ils sont partis ».

Les médecins ont déclaré qu’ils « ne voyaient aucune indication d’attaque chimique » et que les personnes amenées avaient l’air « totalement normales », sans aucun symptôme d’avoir été affecté par un agent chimique tel que le chlore ou le sarin. Le chirurgien en chef de la clinique a également signalé que le jour de l’attaque alléguée, l’établissement a enregistré « zéro décès ».

Le reportage de la chaîne américaine de droite présentait également une vidéo de stocks massifs d’obus de mortier et d’autres armes trouvées à Douma après l’évacuation des rebelles liés à Al-Qaïda, qui, d’après le journaliste, allaient dans certains cas : « du plancher au plafond ».

Ces reportages recoupent largement le compte-rendu déjà fourni par Robert Fisk, le correspondant de presse britannique spécialiste du Moyen-Orient, qui s’est également rendu à Douma et s’est entretenu avec un médecin de la clinique. Le médecin a déclaré qu’un « Casque blanc » avait fait irruption dans la clinique en criant « Gaz » et déclenchant une panique, qui a ensuite été filmée par les vidéastes du groupe. Le médecin a dit à Fisk que personne n’avait été touché par un empoisonnement au gaz.

Les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France ont tous affirmé qu’ils avaient la preuve que le gouvernement syrien avait mené une attaque à l’aide d’armes chimiques le 7 avril, mais n’ont toujours pas rendu publique la moindre preuve.

Ils n’ont pas non plus indiqué quel motif possible le gouvernement d’Assad, qui a écrasé les « rebelles » liés à Al-Qaïda dans la banlieue de Damas de la région de la Ghouta orientale, aurait-il eu pour utiliser des armes chimiques contre une population qui était largement hostile à Al-Qaïda soutenue par l’Occident à la fin de la campagne réussie de l’armée syrienne.

D’un autre côté, le motif de mettre en scène une telle attaque est évident. Il a servi de prétexte à une campagne coordonnée des États-Unis et de leurs alliés européens, préparée bien avant le 7 avril.

Les derniers reportages depuis Douma ont souligné le rôle criminel et corrompu joué par les médias américains et occidentaux, qui ont fidèlement servi de canal de propagande pour la guerre menée par les États-Unis. Ces mêmes médias ont rejeté des rapports de plus en plus nombreux sur l’attaque aux armes chimiques l’exposant comme un une mise en scène en les traitant de mystifications et de « théories du complot ».

Utilisant ce faux incident des armes chimiques monté de toute pièce pour lancer un acte d’agression impérialiste présenté comme une croisade pour « les droits de l’homme », l’impérialisme américain, britannique et français a lancé l’attaque de missiles du 14 avril. Cela faisait partie d’une tentative désespérée de contrer la défaite stratégique subie par les milices islamistes que les États-Unis et les autres puissances occidentales, avec les Saoudiens et d’autres monarchies pétrolières du Golfe, ont soutenues avec des milliards de dollars en armes et en financements depuis la guerre orchestrée par la CIA pour renverser Assad. Le dernier des « rebelles » s’est retiré de la Ghouta orientale quelques heures seulement après les tirs de missiles. Les civils qui sont restés ont dénoncé les milices soutenues par l’Occident comme des « terroristes » qui les ont privés de nourriture et de médicaments et ont exécuté sommairement tous ceux qui s’opposaient à eux.

Parmi les cibles atteintes par les missiles américains, français et britanniques se trouvait le Centre de recherche et de développement de Barzah, que les services de renseignement occidentaux prétendaient être impliqué dans la production d’armes chimiques. Les employés de l’établissement ont toutefois indiqué que son travail consistait à développer des formules chimiques pour les médicaments contre le cancer – en raison de l’embargo américain et européen contre la Syrie – ainsi que des antidotes pour les piqûres de serpents et de scorpions distribués dans toute la région. Le Centre de recherche, qui a été inspecté à plusieurs reprises et autorisé par l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), a été en grande partie démoli.

Les enquêteurs de l’OIAC envoyés à Douma auraient été incapables d’atteindre le site en raison de problèmes de sécurité, notamment des tirs d’armes légères mercredi. Les puissances occidentales et les « rebelles » qu’elles soutiennent sur le terrain en Syrie ont un motif évident pour entraver même l’apparence d’une enquête indépendante qui ne trouve aucune preuve de l’attaque chimique invoquée comme justification de l’agression militaire.

L’effondrement de l’histoire officielle des événements de Douma et la fuite du rapport de renseignement militaire américain sont sans aucun doute plus qu’une coïncidence.

Le Times a publié son article sur le rapport en déclarant qu’il concluait qu’« Il est attendu que le gouvernement syrien reprenne son programme d’armes chimiques, en dépit du fait que le président Trump ait déclaré « mission accomplie ». »

Reuters a déclaré que le rapport concluait que les frappes de missiles « n’ont eu qu’un impact limité sur la capacité du président Bachar al-Assad à mener des attaques d’armes chimiques ».

L’agence de presse a ensuite cité des sources parmi les renseignements « américains et alliés » affirmant que des armes chimiques étaient « stockées dans des écoles et des immeubles d’habitation », que l’un des fonctionnaires qualifiait de « boucliers humains ».

Cette référence est particulièrement inquiétante, fournissant ce qui est effectivement un alibi d’avance pour de futures attaques américaines tuant un grand nombre de civils syriens.

En phase avec l’appareil militaire et de renseignement américain, le Parti démocrate fait pression pour une escalade de la guerre américaine en Syrie. Nancy Pelosi, porte-parole de la minorité de la Chambre, a tenu une conférence de presse révélant que le Caucus démocrate avait tenu une réunion la veille pour discuter de la façon d’unir le Congrès américain pour la rédaction d’une nouvelle autorisation d’utiliser la force militaire pour replacer celle passée en 2001 à la suite des attentats du 11 septembre à New York et à Washington. Cette loi, dirigée contre Al-Qaïda, ne couvre évidemment pas les opérations militaires contre le gouvernement Assad en Syrie, qui a combattu les affiliés d’Al-Qaïda soutenus par les États-Unis.

Les Démocrates, ainsi que les couches prédominantes parmi les Républicains du Congrès, font pression pour que la Maison-Blanche de Trump poursuive un affrontement militaire plus agressif avec la Syrie et ses principaux alliés, la Russie et l’Iran, et abandonne la promesse récente de Trump de « ramener les troupes [qui sont en Syrie] à la maison ».

« La politique est claire, la capacité à y parvenir ne l’est pas », a déclaré le Démocrate de premier rang de la commission des services armés de la Chambre des Représentants, Adam Smith, de Washington, dans un entretien accordé à C-SPAN jeudi. « Je ne pense pas que lâcher des missiles une fois par an, en disant « mission accomplie » d’un air satisfait va atteindre cet objectif politique. »

La « politique » à laquelle Smith a fait référence est le renversement du gouvernement Assad en faveur de la domination sans entrave des États-Unis sur le Moyen-Orient, région riche en pétrole et d’une importance stratégique vitale. Avec plus de 2000 soldats américains – complétés par des forces par procuration recrutées dans les milices syriennes kurdes YPG – qui occupent un tiers de la Syrie, y compris ses principaux champs pétroliers et gaziers, des couches décisives au sein de l’establishment politique américain, notamment chez les Démocrates, exigent une politique militaire beaucoup plus agressive qui menace de déclencher une guerre massive aux conséquences dévastatrices pour l’humanité.

(Article paru d’abord en anglais le 20 avril 2018)