Alors que l'opposition grandit, des détails cachés du contrat UAW-FCA font surface

Par Eric London
19 octobre 2015

A la lecture de la deuxième proposition d’accord entre le syndicat UAW (United Auto Workers) et Fiat-Chrysler, les travailleurs découvrent de plus en plus de détails qu'ils n'aiment pas. L'opposition au deuxième contrat grandit et l'alliance UAW-entreprise s’inquiète. 

Le Detroit Free Press a publié un article vendredi faisant remarquer prudemment que « de nombreux travailleurs restent mécontents et la ratification [est] loin d'être assurée ». Sur les chances que l’accord soit ratifié, le journal pro-patronat écrit: « C'est une tâche difficile » parce que « des centaines de travailleurs continuent d’exprimer colère et frustration sur la progression des salaires et d'autres questions ». 

A en juger par les commentaires des travailleurs au WSWS et sur les médias sociaux, ce que le Detroit Free Press appelle les « autres questions », ce sont en fait tous les points du contrat, du début à la fin. 

Les travailleurs sont à juste titre opposés au contrat non seulement en raison de la longue progression salariale des travailleurs de second rang, mais aussi parce qu'il perpétue le système à deux vitesses dans son ensemble, maintient le Calendrier de Travail Alternatif, ne comprend pas l'indexation sur le coût de la vie, inclut des peines sévères pour les absences et de nombreuses autres dispositions anti-ouvrières. 

Ces derniers jours, la révélation que le contrat permet à l'entreprise de doubler le nombre de travailleurs temporaires a provoqué une vague d'indignation. Avec la collaboration de l'UAW, la société étend son utilisation systématique des travailleurs ‘temporaires’ et les transforme effectivement en un troisième rang de salaires, encore moins bien payé que le second. 

Le Detroit Free Press fait remarquer avec approbation que l'UAW fait tout pour obtenir la ratification du contrat. « Le syndicat a déclenché une campagne agressive sur ses pages officielles Facebook avec des questions et réponses sur divers aspects du contrat... Cette stratégie contraste fortement avec l’approche plus décontractée du premier processus de ratification qui a permis aux membres opposés au contrat d'exprimer leur point de vue avec peu ou pas de contre-arguments de la part du syndicat ». 

Autrement dit, le dernier contrat a échoué parce que les travailleurs ont été autorisés (!) à exprimer leur opinion sans être bloqués par une avalanche de mensonges. 

L'UAW a embauché le cabinet de relations publiques BerlinRosen de New York avec pour mission exprès de se montrer « créatif » pour vendre l'accord pourri aux travailleurs. Le site Web de l'entreprise se vante de ce que « l'équipe numérique de BerlinRosen travaillera avec vous pour concevoir un plan créatif afin de modifier la conversation en ligne à propos de votre problème … » 

Parallèlement à sa campagne de propagande, l'UAW organise le scrutin pour que toutes les sections votent sur deux jours seulement, pour garantir que la campagne du « non » ait peu de chance de se développer. Comme l'a fait remarquer le Detroit Free Press, « Quand Fiat Chrysler obtint son premier accord le 15 septembre, le processus de ratification s’est étendu sur presque deux semaines. Au fur et à mesure de la publication des résultats de chaque section il devenait clair que le premier contrat était voué à un échec retentissant. Le nouveau créneau de deux jours est conçu pour empêcher que les premiers résultats n’influencent le vote plus tard ». 

Un travailleur a écrit au WSWS: «Ils font voter toutes les usines les 21 et 22 octobre. Ils font cela pour que les travailleurs ne puissent pas surveiller le vote de chaque site. Après que deux ou trois sites votent contre, d'autres qui devaient voter quelques jours plus tard, ont été influencés ». 

Des travailleurs de l'automobile à travers le pays contactent le WSWS pour informer leurs collègues de travail sur les détails du contrat que l'UAW a gardé cachés. 

Un travailleur de l'Ohio a contacté le WSWS pour expliquer que l'UAW et Fiat Chrysler ont convenu de résilier le fonds associé à la Prestation supplémentaire de chômage (SUB). 

La page 133 de la partie du contrat sur les prestations note qu'après le contrat 2011, « Les parties ont convenu que le régime SUB n'a plus besoin d'être financé par le fonds et que le fonds serait supprimé. » 

Les travailleurs sont tout à fait justifiés quand ils se demandant si ce n'est pas une mesure menant à une réduction des prestations de chômage pour les travailleurs à qui s’applique le régime. 

Un travailleur de deuxième niveau de Warren Stamping a dit à des partisans du WSWS en campagne lors de la réunion d'information de la section syndicale 140 à Warren, Michigan, « C'est exactement le même contrat que nous venons de rejeter. Ils n'ont fait que le réarranger un peu ». 

Un travailleur de longue date de Warren Truck a ajouté: « D’après ce que j'ai lu, je pense que ce n'est pas un bon accord. Ils nous manquent de respect et ne font aucun cas de nous. C'est particulièrement vrai en ce qui concerne l'extension du nombre des travailleurs temporaires ». 

Un travailleur de Chrysler dans l'Ohio a écrit: « Je pense qu'on est en train de se faire baiser! Le syndicat fait le tour de notre usine en demandant ce que les gens vont voter et il avait déjà fait imprimer le livre du contrat... Cela signifie qu'ils envisagent à tout prix que le contrat va passer... Nous avons besoin d'aide pour arrêter le contrat! Que pouvons-nous faire pour les empêcher de tricher sur les votes? » 

(Article paru en anglais le 17 octobre 2015)