2016 verra une intensification de la lutte de classe

Par Jerry White
6 janvier 2016

Les conflits de classe vont devenir une caractéristique de plus en plus dominante de la vie en 2016 à mesure que les classes dirigeantes aux États-Unis et partout dans le monde exigent que les travailleurs paient pour la crise économique mondiale et le coût des guerres sans fin qui s’étendent. 

L’année dernière a été marquée par des expressions initiales importantes de l’opposition croissante de la part des travailleurs internationalement. Parmi les batailles les plus critiques il y a eu la lutte des travailleurs de l’automobile aux États-Unis, le centre du capitalisme mondial. 

Vers la fin de l’année, les entreprises et le syndicat United Auto Workers n’ont pu surmonter l’opposition de masse aux contrats pro-patronal chez Fiat Chrysler (CAF), General Motors et Ford qu’avec une campagne de mensonges et d’intimidation, des bourrages des urnes ont été signalés. Même ainsi, les travailleurs de Fiat ont voté contre une convention collective nationale soutenue par l’UAW pour la première fois en 32 ans. 

La colère des travailleurs de l’automobile reflète non seulement l’hostilité envers les nouveaux accords en vigueur pour quatre ans, qui maintiennent le système détesté de deux niveaux de salaires et d’avantages et incluent des augmentations de salaires inférieures au taux d’inflation, mais aussi un profond mécontentement dans l’ensemble de la classe ouvrière à l’égard de ​​la croissance des inégalités sociales, la stagnation des salaires et des attaques incessantes sur les prestations de santé et de retraite. 

Le combat des travailleurs de l’automobile des États-Unis faisait partie d’un renouvellement plus large de la lutte de classes à l’échelle internationale. L’année dernière a vu l’éruption de grandes grèves et de protestations dans les pays capitalistes avancés en Europe, en Australie et au Canada ainsi que les marchés dits émergents de la Chine, le Brésil, l’Inde et la Turquie. 

Confronté à un ralentissement économique important, les grèves et manifestations ont augmenté de façon constante dans les industries chinoises du vêtement, de l’électronique, des mines et de la construction, atteignant un pic de 301 incidents en novembre 2015, selon le China Labour Bulletin basé à Hong-Kong. La majorité des actions des travailleurs portait sur des revendications de salaires impayés, et le respect des obligations envers les retraites et avantages sociaux de la part des entreprises qui ont fermé ou ont été englouties dans les fusions. 

Les licenciements massifs ont aussi provoqué des grèves des travailleurs de l’automobile au Brésil, et d’autres débrayages ont frappé l’industrie pétrolière publique et le secteur bancaire, alors que le pays fait face à une deuxième année consécutive de contraction économique pour la première fois depuis les années 1930. Des grèves générales ont éclaté en Grèce, en Inde, en Argentine, en Uruguay et au Burkina Faso l’année dernière. 

En Allemagne, l’année s’est terminée avec les grèves dans les entrepôts exploités par Amazon, site commercial en ligne américain, à la suite de débrayages en novembre par les travailleurs de la compagnie aérienne Lufthansa et d’un an de grèves du secteur public par les cheminots, les postiers et les enseignants des écoles maternelles et pré-maternelles. Ces grèves, qui ont coïncidé avec la hausse des mouvements sociaux en France et au Royaume-Uni, ont été décrites comme une menace sur le « modèle allemand » établi de long date qui cadre les relations patronat-syndicats. 

Les économistes de la zone euro interrogés par le Financial Times la semaine dernière ont donné le cap pour la nouvelle année avec un appel à une nouvelle poussée des prétendues « réformes structurelles » du marché du travail. Cela signifie la mise au rebut de ce qu’il reste des règlements régissant les salaires et les conditions de travail et ainsi la réduction des travailleurs au statut d’une main-d’œuvre bon marché. 

Dans chaque pays, les travailleurs entrent en conflit avec les syndicats nationaux-corporatistes, qui ont travaillé pour contenir toute manifestation d’une lutte de classe et l’empêcher de se développer en un conflit avec le système capitaliste. En Grèce et dans d’autres pays, l’hostilité de masse envers l’austérité et les diktats des banques a poussé les travailleurs à entrer en collision avec les partis de pseudo-gauches tels que Syriza. 

De plus en plus, la lutte de classe va se libérer des contraintes imposées par les syndicats réactionnaires et leurs alliés politiques. Cette tendance a trouvé son expression initiale dans la lutte des travailleurs américains de l’automobile, où des milliers de travailleurs se sont tournés vers le World Socialist Web Site et l’Autoworker Newsletter (Bulletin des travailleurs de l’automobile) du WSWS pour connaître la vérité et s’armer d’une stratégie de lutte contre la bande organisée des grandes entreprises, des médias qu’elles contrôlent, du syndicat UAW et du gouvernement Obama. 

Le développement de la lutte de classe aux États-Unis a des implications internationales. La classe dirigeante américaine, qui est le fer de lance d’un nouveau partage global du monde, a longtemps eu les mains libres pour attaquer la classe ouvrière à l’intérieur grâce à la collaboration des syndicats. Toutefois, il deviendra de plus en plus évident que l’aristocratie financière de Wall Street n’est pas maître de la situation concernant sa « propre maison ». 

La combativité des travailleurs de l’automobile et d’autres sections de travailleurs américains, y compris les travailleurs des raffineries de pétrole qui ont mené une grève d’un mois contre le sabotage du syndicat United Steelworkers (USW, Travailleurs de la sidérurgie unis), est alimentée par de puissantes impulsions économiques et sociales, qui ne feront qu’augmenter cette année. Cela inclut l’effet continu de la crise financière de 2008 et d’une supposée « reprise économique » qui n’a bénéficié qu’aux super-riches. 

Les salaires (non ajusté pour l’inflation) des travailleurs du secteur privé ont augmenté de seulement 2 à 2,5 pour cent en 2015 et toutes les autres années depuis que la reprise officielle a commencé en 2009. Les salaires réels ont stagné. Alors que les travailleurs américains ont souffert de la plus longue période de stagnation des salaires depuis la Grande Dépression presque tous les gains de revenus depuis 2009 sont allés vers le un pour cent le plus riche de la population. 

L’année dernière a commencé avec des avertissements lancés par les think tanks, les médias et diverses entreprises et personnalités politiques sur le danger que représenterait une « poussée salariale » de millions de travailleurs américains dont les contrats viennent à échéance en 2015-16. En plus des travailleurs de l’automobile, sont également concernés les travailleurs des industries des télécommunications, de l’acier, des compagnies aériennes, des épiceries et des soins de santé ainsi que les travailleurs des postes des États-Unis, les enseignants, les employés de l’État et d’autres travailleurs du secteur public.

Agissant en complicité avec le gouvernement Obama, l’AFL-CIO et d’autres syndicats ont délibérément bloqué toute lutte, en organisant l’an dernier seulement 11 grèves qui impliquaient 1000 travailleurs ou plus. Le nombre de grèves en 2015 a été à égalité avec celui de 2014, le nombre de grèves le plus bas enregistré depuis 1947. 

Le Nouvel An commence avec le Syndicat des Métallos qui isoler délibérément le lock-out de près de cinq mois des travailleurs Allegheny Technologies en Pennsylvanie et dans plusieurs autres États, car ils craignent une rébellion similaire à celle des travailleurs de l’automobile de la part des 30 000 travailleurs de US Steel et d’ArcelorMittal. L’USW a annoncé qu’elle a conclu un accord avec US Steel mais n’a pas publié de détails et œuvre dans les coulisses pour imposer par la force un contrat aussi rapidement que possible. 

Pendant ce temps Verizon Telecom, des enseignants de Chicago et plus d’un demi-million de travailleurs de la Poste des États-Unis continuent de travailler sans convention collective ou avec des conventions qui font l’objet d’une prolongation. 

Bien que complètement ignorée par les médias traditionnels, l’humeur croissante d’opposition a trouvé de nombreuses expressions. Le mois dernier, 12 000 agents de bord de Southwest Airlines ont voté à 87 pour cent le rejet d’une convention qui leur a été présenté par l’Union des travailleurs des transports. Leur ancienne convention a expiré il y a trois ans. Les agents de bord d’American Airlines ont voté contre une convention par deux fois avant que leur syndicat ait accepté l’arbitrage obligatoire, alors que la convention pour les agents de bord de United Airlines expire le 28 février.

Huit mille pilotes de Southwest Airlines ont voté contre leur convention par une marge de deux à un en novembre, tandis que les négociations reprennent à Delta Airlines après que 65 pour cent des pilotes ont voté pour rejeter un nouvel accord de trois ans. Les pilotes d’UPS (United Parcel Service) ont autorisé une grève, tandis que les pilotes et les mécaniciens d’United Airline sont en train de voter sur les accords. 

Les conventions des travailleurs de toutes les principales sociétés ferroviaires de fret expirent cette année, tout comme celles des travailleurs des camions Volvo et des 75 000 employés de l’État de New York. 

Ces luttes ne peuvent pas être menées à bien dans le cadre des syndicats pro-patronaux. Les travailleurs ont besoin de nouvelles organisations pour les représenter, y compris des comités d’usine de la base. 

Surtout, tous les travailleurs font face à des questions politiques essentielles en entrant dans une nouvelle période de luttes. Aussi vitales que soient la détermination et la volonté de se battre, les travailleurs doivent se doter d’une stratégie politique bien développée pour s’opposer à la politique de guerre et d’austérité poursuivie par les classes dirigeantes et leurs représentants politiques dans tous les pays. Aux États-Unis, cela signifie le développement d’un mouvement politique de la classe ouvrière contre l’administration Obama, les deux partis des grandes entreprises et le système capitaliste qu’ils défendent. 

Les luttes des travailleurs américains doivent être consciemment liées aux luttes des travailleurs partout dans le monde dans une lutte commune pour le socialisme international.