New York Times: Notre crime a été de dire la vérité

Par Andre Damon
30 novembre 2018

Un nouvel argument a été introduit dans les pages éditoriales du New York Times et du Washington Post: que les médias américains, en rapportant des informations vraies sur la candidate Hillary Clinton lors de l’élection présidentielle de 2016, faisaient de la «propagande russe».

Au cours des deux dernières années, les grandes entreprises technologiques américaines, sous prétexte de lutter contre l’«ingérence russe» dans la politique américaine, ont créé un régime de censure sur Internet, dont les points de vue de gauche, antiguerre, et socialiste sont systématiquement supprimés ou secrètement interdits.

Aujourd’hui, les principaux architectes de ce régime de censure exigent son extension aux journaux grand public qui ne sont pas visés par la répression de la Silicon Valley.

Le 17 novembre, le Washington Post a publié un éditorial d’Alex Stamos, ancien chef de la sécurité de Facebook, affirmant que les médias américains n’auraient pas dû rapporter les révélations de WikiLeaks sur les relations corrompues d’Hillary Clinton avec Wall Street et le vol des primaires démocrates en 2016.

Stamos écrit que les dirigeants de Facebook «n’étaient pas les seuls» responsables de l’«ingérence» russe... Nous devons aussi nous rappeler qu’à l’été 2016, tous les grands médias ont récompensé les pirates de la Direction principale russe du renseignement (GRU) avec des milliers d’histoires collectives tirées des courriels volés de démocrates de renom. La triste vérité, c’est que pour bloquer la propagande russe, il aurait fallu que Facebook interdise les articles du New York Times, du Wall Street Journal et des journaux télévisés, sans parler de ce journal.

Il conclut que ces journaux «n’ont jamais réfléchi sérieusement à leur culpabilité dans l’ingérence de la Russie dans les élections».

En d’autres termes, Stamos soutient qu’en publiant des informations véridiques sur la corruption politique, la presse américaine a commis ce qui équivaut à une trahison. Son assertion est une attaque frontale contre la tradition politique américaine de la liberté d’expression qui remonte à l’affaire Zenger de 1733, qui a établi le précédent selon lequel de vraies déclarations ne peuvent être un crime.

La décision du Post de publier les arguments de Stamos est une expression d’accord avec cet argument totalitaire.

La publication de l’éditorial de Stamos est survenue deux jours seulement après que le New York Times a publié en première page un article qui mettait au pilori les dirigeants de Facebook pour avoir initialement rejeté les allégations de Stamos sur l’«ingérence russe» sur Facebook. Cet article présente Stamos comme un guerrier menant une lutte héroïque pour exposer la menace russe sur Facebook, et équivaut à l’approbation du Times de ses vues.

Stamos est depuis longtemps l’un des principaux défenseurs de la censure sur Internet. Lors d’une conférence militaire en Estonie, Stamos a déclaré aux généraux réunis que Facebook choisissait de manière sélective les publications qu’il diffusait aux utilisateurs parce que «toutes les informations ne sont pas créées égales».

Un appui encore plus direct de ce point de vue est venu sous la forme d’une chronique du 23 novembre par Nicholas Kristof, le piètre éditorialiste du Times, intitulée «Lutter contre la peur et les mensonges, et non pas en faire leur dissémination».

Kristof déclare: «Alex Stamos, anciennement chez Facebook et maintenant à Stanford, a noté qu’une grande partie de la discussion publique a porté sur la façon dont la Russie a utilisé les profils de faux Américains pour semer la discorde et le mensonge. On s’est moins intéressé, a-t-il fait remarquer, à la façon dont la Russie utilisait les médias pour faire connaître les courriels volés des démocrates pour nuire à Hillary Clinton».

Le chroniqueur poursuit: «Il n’y a pas eu beaucoup d’introspection dans les médias traditionnels sur leur rôle dans cette affaire», m’a dit Stamos. «Il n’y a pas de réponse facile à la question de savoir ce que les journalistes légitimes devraient faire lorsqu’une information digne d’intérêt fait l’objet d’une fuite stratégique, mais il pourrait y avoir des options pour couvrir ces sujets les amplifier massivement».

Kristof ajoute: «Je crois que nous, les médias (en particulier la télévision par câble) avons failli à notre tâche en 2016».

Au cours du second semestre de 2016, WikiLeaks a publié des informations qui lui ont été fournies par un lanceur d’alerte anonyme qui documente la corruption massive d’Hillary Clinton, de sa campagne et du Comité national démocrate. Ces courriels montraient qu’en échange d’honoraires à six chiffres, Clinton dirait aux banquiers de Wall Street que les gens riches devraient avoir plus d’influence dans la politique américaine.

WikiLeaks a également documenté comment Clinton avait reçu à l’avance des questions de débat auxquelles son adversaire n’avait pas accès, et comment la direction du Comité national démocrate avait été achetée par la campagne Clinton et avait travaillé pour assurer la défaite de son adversaire. Ces révélations ont été rapportées dans la presse écrite et audiovisuelle.

Selon Stamos et Kristof, les grands journaux auraient dû se censurer et refuser de couvrir les révélations de WikiLeaks.

Ces allégations marquent une nouvelle étape dans la campagne contre la liberté d'expression aux États-Unis.

Un véritable régime de censure a été créé en ligne. Aujourd’hui, les principaux architectes de la censure sur Internet appellent les grands journaux à pratiquer l’autocensure. Avec la censure des médias d’opposition et le bâillonnement des médias grand public, Stamos, Kristof et leurs semblables espèrent que le public n’aura aucun moyen de savoir ce que l’establishment politique ne veut pas qu’il sache.

(Article paru d’abord en anglais le 29 novembre 2018)