Alors que la fermeture de l‘administration américaine approche de sa quatrième semaine

Diatribe fasciste de Trump depuis la Maison-Blanche pour exiger la construction d'un mur frontalier

Par Barry Grey
10 janvier 2019

La putréfaction de la démocratie américaine et le virage de l’élite dirigeante américaine vers la dictature était bien en vue mardi soir quand le président Donald Trump a lancé sa diatribe fasciste anti-immigrée pour exiger le financement d’un mur frontalier entre les États-Unis et le Mexique comme condition préalable pour mettre fin à la fermeture partielle de l’administration, maintenant dans sa 19e journée.

L’allocution de neuf minutes aux heures de grande écoute, diffusée en direct par toutes les chaînes d’information, répétait les mensonges gouvernementaux au sujet d’une «crise de sécurité nationale», inexistante, à la frontière sud-ouest. Trump y a fait sa description standard des travailleurs immigrés et de leurs familles fuyant la pauvreté et la répression – le résultat d’un siècle d’intervention et d’exploitation impérialiste américaine dans toute l’Amérique latine – en faisant des meurtriers, des violeurs et des trafiquants de drogue.

Dans un appel transparent aux éléments fascistes de sa base, Trump a évoqué l’image de hordes de sauvages affluant à la frontière, résolues à verser le sang d’Américains innocents. Après avoir cité plusieurs exemples d’Américains qui auraient été tués ou violés par des «étrangers» criminels, il a demandé: «Combien de sang américain doit encore couler avant que le Congrès fasse son travail?»

Dans les jours qui ont précédé le discours, des déclarations de responsables de Trump comme le vice-président Mike Pence et la secrétaire à la Sécurité intérieure Kirstjen Nielsen, selon lesquelles des milliers de terroristes avaient été appréhendés alors qu’ils tentaient d’entrer illégalement aux États-Unis depuis le Mexique, ont été démasquées comme de purs mensonges. Largement cité fut le résumé des menaces terroristes mondiales, publié en septembre par le département d’État, et concluant qu’il n’y avait «aucune preuve crédible indiquant que des groupes terroristes internationaux... ont envoyé des agents aux États-Unis via le Mexique».

«Notre frontière méridionale», a déclaré Trump, «est un pipeline pour de grandes quantités de drogues illicites, dont la méthamphétamine, l’héroïne, la cocaïne et le fentanyl. Chaque semaine, trois cent de nos concitoyens sont tués par la seule héroïne ; 90 pour cent de celle-ci se déverse chez nous par notre frontière sud».

En fait, la grande majorité des drogues illicites pénètre aux États-Unis par des véhicules qui entrent dans le pays aux points d’entrée légaux, un trafic qu’un mur frontalier ne dissuaderait en rien.

Dans ce discours, Trump n’a pas menacé de déclarer l’état d’urgence national ni d’ordonner aux militaires d’utiliser les fonds du Pentagone pour construire le mur frontalier, en dépit du Congrès et de la Constitution américaine. Mais une telle affirmation de la dictature présidentielle continue de planer sur la crise croissante déclenchée par le refus de Trump de signer une loi finançant neuf ministères sur quinze et des douzaines d’agences du gouvernement fédéral, à moins qu’elle ne prévoie plus de 5 milliards de dollars affectés à son mur.

La fermeture elle-même marque un pas important vers un régime autoritaire, dirigé carrément contre la classe ouvrière. Quelque 800.000 travailleurs fédéraux – y compris, outre des dizaines de milliers de policiers fédéraux et de cogneurs en uniforme aux frontières, des centaines de milliers de contrôleurs mal payés aux aéroports, des employés des parcs nationaux, des administrations et d’autres secteurs, et des milliers d’employés contractuels – ont été mis en congé ou forcés de travailler sans salaire.

Vendredi, marquera la première paye manquée pour des milliers de familles qui luttent pour survivre d’une paye à l’autre dans un pays où 78 pour cent des travailleurs à temps plein vivent d’un salaire à l’autre, 62 pour cent de la population n’ont aucune épargne pour des urgences et où la dette des ménages a atteint un record de 13,2 milliards de dollars au premier trimestre 2018.

Si, comme en a menacé Trump, la fermeture dure jusqu’en février ou au-delà, quelque 40 millions de bénéficiaires de coupons alimentaires commenceront à perdre leurs prestations. Le programme fédéral de nutrition WIC pour les femmes enceintes, les nourrissons et les enfants, qui dessert sept millions de personnes à faible revenu, a déjà été supprimé et les États sont intervenus jusqu’à présent pour combler le déficit de financement.

Lundi, l’Association nationale des gouverneurs a envoyé une lettre à la Maison-Blanche et au Congrès pour demander que l’on mette fin à la fermeture et avertir que les programmes qu’elle administre conjointement avec le gouvernement fédéral sont en danger, notamment le programme d’aide sociale de 16,5 milliards de dollars qui finance l’aide en espèces, la formation professionnelle et d’autres services pour les familles à faible revenu. L’association a calculé que la fermeture avait déjà supprimé 85,8 milliards de dollars de fonds fédéraux versés aux États pour des programmes couvrant le transport, le logement, le système judiciaire, des terres publiques et l’agriculture.

Dans son discours, Trump a à peine mentionné le lock-out massif des employés fédéraux et la crise sociale croissante, soulignant le mépris et l’indifférence envers les travailleurs américains derrière la démagogie pseudo-populiste de Trump.

La réponse officielle des démocrates a été donnée par la présidente de la Chambre, Nancy Pelosi, et le leader de la minorité au Sénat, Chuck Schumer. Leurs remarques superficielles ont été ponctuées de protestations en faveur de la «sécurité des frontières» et d’appels au compromis bi-partisan, sans qu’aucune demande concrète ne soit formulée pour mettre fin aux mesures antidémocratiques de l’Administration contre les immigrants.

Aucun appel n’a été lancé pour libérer les familles et les enfants incarcérés, arrêter les raids type Gestapo sur les lieux de travail, démanteler les camps d’internement sous tentes et le réseau croissant de prisons pour immigrants, ou pour mettre fin à la violation systématique du droit à l’asile.

Pelosi a déclaré: «Nous sommes tous d’accord pour sécuriser nos frontières», y compris en embauchant «le personnel dont nous avons besoin», c’est-à-dire plus d’agents de l’ICE et des agents de la police des frontières. Schumer a dit: «Ne vous y trompez pas: les démocrates et le président veulent tous deux renforcer la sécurité aux frontières». Ils ne différaient de Trump que sur «la manière la plus efficace de le faire».

La seule déclaration vraie dans le discours de Trump fut le rappel que Schumer et Pelosi avaient appuyé et voté pour un mur frontalier dans le passé, y compris en offrant l’an dernier de soutenir 25 milliards de dollars pour le mur de Trump en échange d’un projet pour l’immigration plus large et plus punitif.

Le plus remarquable a été l’absence, dans leurs remarques, de tout avertissement sur les implications profondément anti-démocratiques des mesures déjà prises par l’Administration Trump ou sur les implications fondamentales et profondes de la menace de la Maison-Blanche de contourner le Congrès et d’ordonner aux militaires de construire le mur sous l’état d’urgence.

Cela souligne le fait qu’il n’y a pas de camp pro-démocratie dans le conflit politique au sein de l’élite dirigeante qui a mené à la fermeture du gouvernement. Les Démocrates sont alliés aux sections prédominantes de l’appareil militaire et du renseignement, qui utilisent l’investigation anti-Russie de Mueller et d’autres enquêtes pour forcer Trump à adopter une politique plus agressive au Moyen-Orient et contre la Russie ou pour le destituer complètement de ses fonctions. Ils travaillent à renforcer les agences répressives de l’État et utilisent les méthodes de la révolution de palais, tout en faisant campagne pour criminaliser l’opposition politique et censurer l’Internet.

Trump parle lui, au nom de sections de l’oligarchie financière et de l’État qui cherchent à imposer des formes autoritaires de gouvernement en créant la base d’un mouvement fasciste en dehors des canaux bipartites normaux de la politique capitaliste américaine, tout en concentrant sur la Chine leur politique de guerre commerciale et leurs préparations militaires.

Les deux factions sont d'accord sur l'austérité et l'enrichissement toujours plus grand de l'oligarchie patronale, et terrifiées par la croissance de l'opposition ouvrière – les Démocrates même plus que les Républicains. Il en va de même pour les syndicats qui, dans leur refus de mener toute lutte contre la fermeture, démontrent une fois de plus leur rôle de police industrielle pour la classe dirigeante.

La classe ouvrière doit intervenir dans la crise indépendamment des deux partis et de toutes les factions de la classe dirigeante. Elle doit construire de nouvelles organisations de lutte — des comités d’usine, de lieu de travail et de quartier, indépendants des syndicats — pour relier et coordonner les luttes des travailleurs fédéraux, des enseignants, des travailleurs de l’automobile et de toutes les sections des travailleurs et des jeunes aux États-Unis et dans le monde, dans le cadre d’une offensive contre le système capitaliste.

(Article paru d’abord en anglais le 9 janvier 2019)