Après le retrait des Etats-Unis du traité nucléaire de l'INF avec la Russie

La France effectue une simulation d'une frappe à l'arme nucléaire

Par Will Morrow
9 février 2019

Vendredi, l’Administration Trump avait déclaré qu’elle suspendait le respect du traité sur les Forces nucléaires de portée intermédiaire (FNI) avec la Russie. Trois jours après, ce lundi après-midi, l’armée française a organisé une répétition générale pour une frappe nucléaire.

Le lendemain, le ministère de la défense a fait état de la simulation dans une brève déclaration de trois paragraphes. L’opération a duré 11 heures et comprenait «toutes les phases» de ce que l’on a appelé une «mission de dissuasion nucléaire», à l’exception de la détonation d’une véritable ogive nucléaire.

Un avion de combat Rafale équipé d’un missile de croisière à capacité nucléaire décolle de la base aérienne 113 de Saint-Dizier, à environ 200 kilomètres à l’est de Paris. L’avion a effectué des vols à haute altitude; des ravitaillements en vol à moyenne altitude; et enfin une partie à haute vitesse à basse altitude afin de s’entraîner à échapper aux systèmes de défense antiaérienne; l’avion a fini par tirer son missile sur une cible d’un champ d’essai à Biscarrosse, dans le sud-ouest de la France.

En minimisant le lien entre l’exercice et l’effondrement du traité nucléaire américano-russe, le gouvernement français affirme dans sa déclaration que l’État prépare de telles opérations «bien à l’avance» et il les mène «régulièrement». Que cela soit vrai ou non, la décision d’annoncer l’exercice était un signe délibéré pour indiquer clairement que l’État français se prépare à la guerre nucléaire.

Ces préparatifs de guerre sont une conspiration impliquant les plus hauts échelons de l’appareil militaire et étatique, élaborée entièrement dans le dos de la classe ouvrière.

La population n’est informée de rien. Il s’est réveillé mardi en apprenant que les militaires avaient répété une attaque nucléaire. Mais aucune des questions les plus évidentes n’est abordée: contre qui l’armée française se prépare-t-elle à utiliser l’arme nucléaire? Quelles villes ou quels pays envisage-t-il de détruire? Combien de millions ou de dizaines de millions, selon lui, mourraient dans un tel conflit? Aucune de ces questions n’est soulevée, car la classe dirigeante sait qu’une majorité écrasante de la population s’oppose la guerre.

La France possède environ 300 ogives nucléaires, ce qui en fait la troisième puissance nucléaire au monde, derrière les États-Unis et la Russie, qui en possèdent chacune environ 6.500 et 6.800. Le gouvernement français n’a pas testé d’arme nucléaire depuis 1996, date à laquelle un essai nucléaire dans le Pacifique sous la direction de Jacques Chirac a provoqué un tollé dans la population.

Dans un contexte de tensions militaires et géopolitiques croissantes entre les grandes puissances mondiales, les classes dirigeantes européennes, menées par la France et l’Allemagne, se préparent rapidement à la guerre. Jusqu’à présent, les puissances européennes se sont alignées sous l’égide de l’OTAN sur la confrontation agressive des États-Unis contre la Russie et la Chine. Mais la classe dirigeante exige de plus en plus que l’Europe soit prête à agir indépendamment des États-Unis et à s’opposer à eux pour protéger ses propres intérêts impérialistes.

Au lendemain de l’exercice nucléaire, la ministre française de l’armée de terre, Florence Parly, a pris la parole devant le gouvernement portugais et les militaires à Lisbonne et a déclaré que l’Europe devait s’armer pour des guerres d’une ampleur sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale.

«Notre continent est en paix depuis soixante-dix ans», a-t-elle dit. «Mais, aujourd’hui plus que jamais, cette paix ne doit pas être tenue pour acquise. Nous faisons face à des menaces croissantes».

L’Administration Trump, a mis en cause la Russie et a répété des affirmations totalement infondées de selon lesquelles Moscou avait violé le traité FNI. Parly, au nom de l’État français, a ajouté: «N’oublions pas les défis apparemment plus lointains de l’Asie» et «la montée de la Chine», qui «remettait en cause l’ordre fondé sur des règles».

L’«ordre fondé sur des règles» fait référence au système d’alliances, dominé par les États-Unis. C’est avec ce système que les puissances impérialistes européennes et américaines ont maintenu leur domination depuis la Seconde Guerre mondiale. C’est la croissance économique de la Chine en particulier qui perturbe maintenant ce système.

Parly a déclaré que si «l’OTAN est aujourd’hui, et restera, la pierre angulaire de la défense collective du continent européen... nous devons néanmoins faire plus par nous-mêmes». L’Europe doit être «capable d’assurer sa propre sécurité, d’être prête à agir chaque fois que ses intérêts sont en jeu — parce que nous en avons les capacités, une évaluation partagée et une volonté commune».

Une telle «volonté» veut dire surmonter les sentiments antiguerre profonds parmi les travailleurs et les jeunes. Les gouvernements doivent «expliquer à nos citoyens ce que nous faisons», a-t-elle dit, et «convaincre nos citoyens des avantages d’une ‘Europe qui protège’».

Parly a pris soin de formuler son appel pour que l’Europe en fasse «plus par nous-mêmes» dans le cadre d’une réponse à Trump d’être de «meilleurs alliés» avec les États-Unis. Toutefois, elle et les classes dirigeantes Européennes sont clairement orientées vers le développement d’une position plus indépendante. Cela fait suite aux déclarations du président Emmanuel Macron en novembre dernier, dans lesquelles il appelait à la construction d’une «véritable armée européenne». Le but exprimé de Macron était que les Européens puissent «se protéger contre la Chine, la Russie et même les États-Unis».

Macron a également annoncé une augmentation des dépenses militaires nucléaires de 3,9 milliards d’euros en 2017 à 6 milliards d’euros par an en 2025 dans le cadre d’une modernisation majeure de ses installations nucléaires.

La préparation de la France à une guerre nucléaire démontre la fraude de toutes les prétentions selon lesquelles les puissances impérialistes européennes représentent une sorte de contrepoids plus bienveillant, moins brutal et agressif aux États-Unis. Leur propre effort de guerre va de pair avec une austérité brutale contre la classe ouvrière supervisée par l’Union européenne: on renforce les pouvoirs de la police; on développe des forces d’extrême droite sur tout le continent; et on attaque les immigrants et les réfugiés.

L’Allemagne est également en train de remilitariser et d’augmenter ses dépenses militaires. En juillet dernier, le Welt am Sonntag, un grand journal national allemand a publié en première page l’image d’une bombe nucléaire, peinte aux couleurs du drapeau allemand, avec le titre: «Avons-nous besoin de la bombe?» (et répondant par l’affirmative).

Ces préparatifs de guerre s’accompagnent d’une campagne idéologique systématique pour réhabiliter les crimes passés des puissances impérialistes européennes.

En Allemagne, l'Alternative pour l'Allemagne néo-fasciste définit désormais la ligne de la politique officielle. Elle a été promue par l'État et les forces de sécurité, et ses politiques anti-immigrés ont été adoptées par l'establishment politique. Sa croissance a été facilitée par des universitaires d'extrême droite comme Jorg Baberowski, de l'Université Humboldt, qui ont travaillé pour justifier et relativiser les crimes des nazis.

En France, Macron a récemment salué le maréchal Philippe Pétain, chef du régime fasciste de Vichy qui a collaboré à l'occupation nazie, comme un «grand soldat».

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(Article paru d’abord en anglais le 8 février 2019)