Contre la chasse aux sorcières #MeToo des Démocrates contre le lieutenant-gouverneur de Virginie, Justin Fairfax

Par Barry Grey
14 février 2019

Le Parti démocrate mène une opération politique de type #MeToo contre le lieutenant-gouverneur de Virginie, Justin Fairfax. L’ensemble des dirigeants Démocrates de Virginie, la quasi-totalité des Démocrates qui se sont déjà annoncés, ou sur le point de l’être, candidats à la nomination présidentielle du parti en 2020, le Caucus noir du Congrès et les principaux Démocrates à la Chambre et au Sénat exigent que Fairfax quitte immédiatement son siège. Ils se basent tous sur des allégations non fondées d’agression sexuelle par deux femmes concernant des rencontres qui ont eu lieu, il y a 15 et 19 ans, respectivement. 

Fairfax, 39 ans, Démocrate et Afro-Américain, a été élu en novembre 2017 lors d’un vote qui a fait passer le pouvoir exécutif de Virginie des Républicains aux Démocrates. Le gouverneur Démocrate, Ralph Northam, fait face également à des demandes de démission de la part des principaux Démocrates. Ces exigences suivent la révélation d’une photo de deux personnes sur sa page de l’annuaire de la faculté de médecine en 1984, l’une en maquillage noir et l’autre en robe Ku Klux Klan, et son aveu ultérieur de s’être maquillé en noir lors d’un concours de danse la même année. Le deuxième dans la lignée de succession, si Northam et Fairfax démissionnent, le procureur général, Mark Herring, a lui aussi affaire à des demandes de démission suivant sa révélation la semaine dernière qu’il s’était maquillé en noir lorsqu’il était étudiant à l’Institut militaire de Virginie en 1980.

Depuis vendredi, lorsque la deuxième femme s’est présentée pour accuser Fairfax de viol, la campagne Démocrate est passée de Northam à Fairfax. Le lieutenant-gouverneur a nié énergiquement les allégations, insistant sur le fait que les rencontres avec les deux femmes étaient consensuelles.

Meredith Watson, la deuxième accusatrice qui a déclaré que Fairfax l’avait violée en 2000 lorsque les deux étaient étudiants à l’Université de Duke, n’a donné aucun détail. Ses avocats ont ensuite déclaré que selon elle également, un joueur de basket de Duke l’avait violée l’année précédente.

La première accusatrice, la professeure californienne Vanessa Tyson, 43 ans, affirme que Fairfax l’a forcée à avoir des relations sexuelles orales dans sa chambre d’hôtel lors de la Convention nationale du Parti démocrate à Boston en 2004. Dans une déclaration détaillée publiée mercredi dernier, elle dit que ce qui a commencé par un baiser consensuel s’est transformé en agression sexuelle. Aucune des accusatrices n’a signalé les crimes présumés à la police ou à d’autres autorités au moment où ils sont censés avoir été commis.

Aucun élément de preuve n’a été produit pour étayer l’une ou l’autre allégation. Encore une fois, il y a le refrain familier selon lequel la femme doit être crue, dans des conditions où, dans un cas, pratiquement aucune information n’a été présentée et dans le cas de Tyson, il y a de bonnes raisons d’aborder ses allégations avec un scepticisme extrême.

Tyson est une universitaire expérimentée, professeure agrégée de politique et d’études raciales et de genre au Scripps College en Californie. Elle est aussi un agent de longue date du Parti démocrate. Quand elle a rencontré Fairfax en 2004, elle avait quatre ans de plus que lui et travaillait pour la campagne de John Edwards.

Sur son site web, elle dit avoir «travaillé sur des campagnes politiques depuis son adolescence, dont trois campagnes présidentielles, deux campagnes sénatoriales et de nombreuses campagnes d’État et locales». Dans l’une de ses chroniques, elle dit qu’elle a travaillé pour des campagnes Démocrates en Californie du Sud «depuis l’âge de 12 ans», et que son premier emploi post-universitaire fut à l’équipe finances de la campagne sénatoriale de Barbara Boxer en 1998.

Elle est auteur d’un livre, «Twists of Fate: Multiracial Coalitions and Minority Representation in the US House of Representatives» (Les torsades du destin: coalitions multiraciales et représentation des minorités à la chambre des députés des États-Unis), publié par «Oxford University Press».

Ces dernières années, elle s’est tournée vers les questions d’abus sexuel et de féminisme. Elle suit actuellement un programme de bourses d’un an à l’Université de Stanford, un foyer universitaire de la politique #MeToo. Là, selon le Centre d’études avancées en sciences du comportement de l’Université Stanford, elle recherche sur «la politique et les politiques entourant la violence sexuelle contre les femmes et les enfants aux États-Unis».

Les médias ont à peine fait état d’une allégation de Fairfax, pertinente pour sa crédibilité. Il rapporte que quelque temps après leur rencontre à Boston, alors qu’il était à la faculté de droit, Tyson l’a contacté et a dit qu’elle voulait le présenter à sa mère.

Manifestement, Tyson a commencé à parler largement de son agression présumée par Fairfax seulement après son élection. Elle s’est rendue au Washington Post et à au moins un autre organe de presse en 2018 avec son article, mais le journal a refusé de le rapporter parce qu’il ne pouvait le corroborer.

Rien de ce qui a été présenté jusque là ne constitue un dossier factuel sérieux contre Fairfax. Pourtant, un membre Démocrate de la Chambre des députés s’est engagé à présenter des articles de destitution contre lui lundi. Il n’y a aucun fondement légitime à la destitution de Justin Fairfax. Aucune accusation criminelle n’a été portée. Il n’y a pas d’acte d’accusation et encore moins de procédure judiciaire.

Les avocats des deux accusatrices ont déclaré que leurs clientes étaient prêtes à témoigner lors d’audiences de destitution. Il s’agit là d’un montage pseudo-juridique. Ils savent que dans un tel processus, les politiciens auront peur d’offenser les chasseurs de sorcières professionnels dans les médias et le milieu Démocrate. Surtout, les deux accusatrices échapperont à un interrogatoire rigoureux qui aurait lieu dans un procès.

Dans sa deuxième année, le mouvement #MeToo a déjà mené à la purge et la mise sur liste noire de dizaines d’artistes, musiciens, acteurs, personnalités de la télévision et du cinéma, et autres. Plus récemment, Amazon Studios a refusé de distribuer le dernier film de Woody Allen, malgré que le cinéaste nie résolument les allégations d'abus sexuel de sa fille adoptive, et que des enquêtes du Département des services sociaux de New York et d'une équipe du Yale-New Haven Hospital Child Sexual Abuse Clinic, commandées par la police du Connecticut, ont montré que les allégations n’avaient aucun fondement crédible.

Il y a tout juste 14 mois, le Parti démocrate a créé un précédent en sacrifiant ses propres représentants élus pour promouvoir son programme de politique de l’identité en obligeant le sénateur du Minnesota, Al Franken, à démissionner. On l’accusait d’irrégularités sexuelles mineures. La destitution d’un sénateur considéré comme l’un des plus libéraux du caucus Démocrate, notamment pour ce qui est du droit à l’avortement, a déplacé l’équilibre politique des forces vers la droite.

Il y a un plan politique bien défini derrière la demande de démission de Fairfax. Ce n’est un secret pour personne que les Démocrates intensifient leur stratégie basée sur une forme de politique antidémocratique de l’identité. Plus tôt ce mois-ci, Stacey Abrams, qui a donné la réponse officielle des Démocrates au discours sur l’état de l’Union de Trump, a publié un article défendant l’accent mis par les Démocrates sur l’identité et leur répudiation de la «catégorie fourre-tout connue sous le nom de ‘classe ouvrière’».

Les origines de l’opération politique contre Fairfax soulignent son caractère de droite ; elle sort d’une provocation de dirigeants Républicains en Virginie et au plan national, contre le Parti démocrate de Virginie et date d’il y a 12 jours, lorsque le président Trump et le vice-président Pence, ont accusé Northam de soutenir l’«infanticide». La veille, Northam avait donné une interview où il défendait l’avortement au troisième trimestre dans certaines conditions étroites.

Le lendemain, Trump, dans son discours sur l’état de l’Union, a pour ainsi dire déclaré la guerre au droit à l’avortement, précisant que la question jouerait un rôle majeur dans sa campagne de réélection.

La fureur sur la question du maquillage noir et la campagne sexuelle contre Fairfax ont été déclenchées par des articles publiés par Big League Politics, un site web Républicain d’extrême droite dirigé par d’anciens journalistes du site fasciste Breitbart News.

Les allégations d’agression sexuelle qui se sont révélées fausses ont une longue et tragique histoire aux États-Unis. Une grande partie des hommes noirs lynchés en Amérique ont été assassinés sous prétexte qu’ils étaient coupables d’agression sexuelle. J. Edgar Hoover du FBI a perfectionné l’utilisation du sexe comme outil de chantage, de provocation et de destruction contre ses opposants politiques, en particulier à gauche. On ne peut que se demander ce qui serait arrivé à Martin Luther King Jr, que le FBI cherchait à discréditer par des révélations concernant sa vie privée, s’il avait vécu dans l’ actuelle ère #MeToo.

Telles sont les traditions sur lesquelles le Parti démocrate se fonde. Ce dernier épisode, quel qu’en soit le résultat immédiat, montre clairement que le Parti démocrate s’appuie de plus en plus sur la politique de l’identité et que, sur cette base, il va de plus en plus fortement à droite. Une chose est certaine, les Démocrates sont infiniment plus engagés dans la promotion de la politique de la race, du genre et de l’orientation sexuelle que dans la défense des droits démocratiques, y compris le droit à l’avortement.

Les travailleurs et les jeunes devraient s’opposer à ce dernier exemple de chasse aux sorcières #MeToo et de persécution politique en cours en Virginie.

(Article paru d’abord en anglais le 11 février 2019)