Le soutien à la lutte révolutionnaire en Algérie s’étend en France

Par nos reporters
19 mars 2019

Dimanche, des dizaines de milliers personnes à travers la France ont manifesté leur soutien aux luttes de millions de jeunes et de travailleurs pour faire chuter la dictature algérienne.

Alors que le gouvernement Macron est secoué par le mouvement des «gilets jaunes», des grèves d’enseignants contre l’austérité, et les manifestations de jeunes pour défendre le climat, le soutien au mouvement algérien continue à s’étendre à travers la France. Dimanche 10.000 personnes manifestaient Place de la République à Paris et 6.000 à Marseille. Plusieurs centaines ont manifesté à Lyon, Toulouse, Bordeaux, Strasbourg, et Nancy.

Place Stanislas, à Nancy, trois militants du groupe d’extrême-droite Génération identitaire ont troublé la manifestation, en déployant une banderole qui proclamait «Ici c’est Nancy, pas l’Algérie» et en brandissant des fumigènes. Ils ont été interpellés sous les applaudissements des manifestants.

A Paris, des reporters du WSWS ont interviewé des manifestants, qui ont souligné qu’il fallait revoir tout ce qui avait été fait en Algérie depuis l’indépendance en 1962 et développer la lutte révolutionnaire menée contre l’impérialisme à cette époque-là.

Ali, un travailleur venu de Lille, a expliqué: «Je suis pour rencontrer mes concitoyens algériens et dire le pouvoir dégage, système dégage. … En Algérie y a eu le coup d’État (de Houari Boumédiène en 1965), puis c’était des voyous à droite et à gauche. Beaucoup de gens vivent dans la misère, pour dire ce qui est. Il y avait dans l’époque de Boumédiène son ‘socialisme’ à la Mao ou à la Staline, là, mais on arrivait encore à s’en sortir. Là, maintenant, c’est fini. Les SDF que vous voyez là en France, maintenant c’est comme ça en Algérie, sinon pire.»

Ali a mis en évidence la nature internationale des luttes actuelles contre les élites capitalistes: «Je suis solidaire des ‘gilets jaunes’, parce qu’ils mènent exactement le même combat que nous.»

Il a aussi déclaré son opposition à la persécution des travailleurs migrants en Algérie même: «Nous avons par exemple des migrants sous-sahariens qui viennent, comme ici, et en plus ils les insultent, les ministres disent c’est eux qui rapportent le sida, le choléra parce qu’il y a eu une épidémie de choléra il y a quelques mois à Blida. Et on l’a mis sur le dos des migrants. C’est comme ici, le Front national met tout sur le dos des Arabes en général.»

Il a aussi souligné sa méfiance vis-à-vis de certaines forces politiques procapitalistes, plus ou moins proches du pouvoir, qui interviennent actuellement pour essayer de faire dérailler la lutte: «Il faut d’abord qu’on se mette d’accord dans le mouvement, parce qu’actuellement il y a de tout. Il y en a qui diront je suis socialiste, d’autres qui diront je suis capitaliste, d’autres qui diront je suis musulman. Mais moi je suis de gauche, je ne suis pas pour le capitalisme.»

Ali a souligné son soutien à l’organisation des ouvriers indépendamment des syndicats: «L’UGTA elle représente Abdelmadjid Sidi Saïd, le grand voleur, elle ne représente rien. Comment voulez-vous, c’est lui le patron du syndicat, il va à Marignane pour s’acheter une raffinerie? Nous, on veut virer tout, on recommence à zéro, on arrive en 1962. On est indépendants, mais on n’est pas libres. On veut l’indépendance et la liberté, la liberté d’expression, l’emploi bien sûr, déjà récupérer tout l’argent qu’il y a à l’étranger, et il y en a pas mal ici à Paris, en Suisse.»

Le WSWS a également interviewé un chercheur, Hosseïn Nirech, qui a dit: «Il y a obligation d’être là pour que le pouvoir, qui a toujours détourné l’indépendance, dégage totalement et qu’on ait une nouvelle République. … En Algérie, il y a eu une jonction entre l’oligarchie militaire et l’oligarchie économique. Dès lors, c’est devenu un régime militaro-financier. Maintenant le peuple algérien s’est soulevé, on le voit actuellement place de la République.»

Il a expliqué, «Le problème c’est qu’en 1962 en Algérie on avait des institutions coloniales, et que ces institutions coloniales ont été reproduites en copié-collé. Or les institutions coloniales ont broyé l’Algérie. … Les conditions sociales sont totalement dégradées. Il y a un chômage énorme, 35 pour cent de la jeunesse algérienne est au chômage, et 50 pour cent de la jeunesse diplômée. Toute la potentialité économique du pays a été détournée, l’argent du peuple a été détourné.»

Il a appelé à ce que les travailleurs et les jeunes en France et ailleurs «manifestent clairement et ouvertement leur soutien au peuple algérien.»

Finalement, le WSWS a interviewé Brahimi Ali, qui a souligné la faillite de toutes les organisations qui s’étaient données pour la gauche et le mouvement révolutionnaire en Algérie: «Le peuple algérien a obtenu l’indépendance, mais le peuple n’est pas encore libre, à cause de ces organisations soi-disant populaires de base comme l’UGTA, le Parti des travailleurs, le Front de libération nationale qui a soi-disant libéré le pays.»

Il a souligné la nécessité de la construction d’un nouveau mouvement dans la classe ouvrière et d‘une lutte pour le pouvoir: «Les peuples sont solidaires de l’Algérie, il y a les ‘gilets jaunes ‘ que je salue beaucoup, je porte avec fierté ce gilet, parce qu’il vient du bas, des opprimés, des damnés. Si le travailleur ne porte pas ce combat, ce travail de réflexion et de construction pour un avenir meilleur et pour s’éloigner des guerres, on n’y arrivera pas.»

Il a ajouté, «Ceux qui ont gouverné l’Algérie depuis 1962 l’ont empêchée de naître, elle va naître après la mère des batailles que le peuple porte.»