Washington approuve un important programme d’armement pour Taïwan

Par Ben McGrath
11 juillet 2019

Le Pentagone a annoncé que le Département d’État américain avait approuvé lundi une vente d’armes de plus de 2,2 milliards de dollars à Taiwan. L’accord comportant deux volets, d’autres ventes suivront probablement. C’est l’un des plus importants entre Washington et Taipei et sert à développer les préparatifs américains de guerre avec la Chine.

La première partie de l’accord, estimée à 2 milliards de dollars, comprend 108 chars Abrams M1A2T, des mitrailleuses et des véhicules lourds de transport. La deuxième comprend 250 missiles Stinger du bloc I-92, estimés à 223,56 millions de dollars. Taïwan a confirmé le 6 juin avoir présenté une demande pour ces armes. Le ministère taïwanais de la Défense avait aussi déclaré qu’il voulait acheter 1.240 missiles TOW et 409 missiles antichars Javelin, ce qui porterait la valeur de l’opération à 2,6 milliards de dollars.

«Taïwan va accélérer les investissements en matière de défense et continuer à renforcer ses liens sécuritaires avec les États-Unis et les pays ayant des idées similaires», a déclaré le porte-parole de la présidence taïwanaise Chang Tun-han après l’approbation de l’accord.

L’Agence de Coopération pour la Défense et la Sécurité (DSCA) du Département de la Défense a également notifié l’accord au Congrès, les législateurs américains pouvant soulever des objections dans les 30 jours. Aucun n’est susceptible de le faire, ce qui indique un large soutien des cercles dirigeants américains à la militarisation accrue de la région Asie-Pacifique et aux préparatifs d’une guerre avec la Chine.

En mars, la présidente taïwanaise Tsai Ing-wen, avait déclaré que son gouvernement espérait obtenir des États-Unis des chars et des avions de combat, sans donner de détails. Un article de Bloomberg citant des sources à la Maison-Blanche indique que les conseillers de Trump avaient exhorté Taipei à soumettre une demande pour 66 avions de chasse F-16. « Nous continuerons à renforcer nos capacités d’autodéfense (et nous continuerons) à contribuer à la paix régionale», a déclaré Tsai.

Les déclarations de Tsai montrent clairement que Taïwan est bien alignée derrière les États-Unis et qu’elle est prête à aller en guerre contre la Chine continentale tout en présentant Pékin comme l’agresseur.

Le ministère chinois des Affaires étrangères a souligné cet aspect en dénonçant l’accord et a appelé Washington à «l’annuler immédiatement». Le porte-parole du ministère, Geng Shuang, a déclaré que l’accord «s’immisce gravement dans les affaires intérieures de la Chine et porte atteinte à sa souveraineté et à ses intérêts en matière de sécurité».

Les États-Unis tentent de compenser leur déclin économique relatif en encerclant militairement la Chine et en forçant Pékin à accepter un accord commercial qui le subordonne aux intérêts américains. Depuis l’arrivée au pouvoir de Trump, son administration a fortement accru la pression sur Pékin. Le Wall Street Journal écrivait en juin, selon des sources de la Maison-Blanche, que Trump voyait « l’intérêt d’utiliser Taiwan comme monnaie d’échange dans ses discussions (commerciales) avec la Chine».

Critiquant la vente proposée comme insuffisante, un magazine militaire en ligne a fait des commentaires révélateurs sur les plans militaires américains actuels pour l’île. Le magazine déclarait que l’armement «serait bien si Taïwan se préparait à une guerre terrestre, mais que le vrai conflit, si la Chine envahit, serait en mer et dans les airs. Taïwan devrait se concentrer sur l’acquisition des méthodes les plus rentables pour arrêter une force d’invasion chinoise avant qu’elle n’atterrisse.»

En réalité, les États-Unis se préparent non pas à une guerre défensive, mais à une attaque agressive de la Chine continentale qui se trouve à faible distance, de l’autre côté du détroit de Taïwan. En raison de sa situation stratégique, Taïwan deviendrait une base d’opérations dans toute guerre américaine contre la Chine. Dans les années 1950, le général américain Douglas MacArthur avait qualifié Taïwan de porte avion insubmersible – un atout clé dans tout conflit avec la Chine.

Washington a essayé de cacher ce fait. La DSCA a affirmé que cette dernière vente d’armes ne modifierait pas l’équilibre militaire dans la région. Même si c’était vrai, cette vente s’inscrit dans le cadre d’un renforcement militaire plus large parmi les alliés américains dans la région.

Ce dernier accord avec Taïwan est le quatrième accord militaire important conclu sous le gouvernement Trump. En juin 2017, Washington avait vendu pour 1,42 milliard de dollars de missiles et de torpilles à Taïwan et en septembre 2018 pour 330 millions de dollars de pièces de rechange pour les avions de chasse. En avril de cette année, Washington et Taipei ont conclu un accord pour 500 millions de dollars portant sur la formation de pilotes.

Lors d’une visite au Japon en mai, Trump avait confirmé son intention de vendre 105 avions de combat furtifs F-35 à Tokyo. Washington avait également l’intention de vendre 70 F-35 à l’Australie et 40 à la Corée du Sud. Zhou Chenming, un analyste de Pékin, avait alors déclaré: «Cela ne peut que bouleverser l’équilibre des forces dans la région Asie-Pacifique, étant donné la grande quantité d’avions de combat commandés par le Japon».

Cette augmentation des ventes fait partie du programme de Trump depuis son arrivée au pouvoir. Toutefois, elles sont maintenant codifiées dans la loi Initiative de Réassurance de l’Asie, signée par lui à la fin de l’année dernière. Celle-ci appelle à l’augmentation des transferts d’armes militaires à Taïwan et d’autres pays et à des visites officielles de haut niveau entre Washington et Taipei. La Loi sur les voyages à Taïwan, également signée l’an dernier, ratifie elle aussi les contacts de haut niveau entre les deux pays.

En conséquence, Pékin s’inquiète de plus en plus de ce que Washington viole effectivement sa politique d’une seule Chine, qui déclare que Taiwan fait partie de la Chine. Tout récemment, le ministère américain de la Défense a de manière provocante qualifié Taïwan de «pays» dans son «Rapport sur la stratégie inde-pacifique» du 1er juin. Depuis le «Consensus de 1992», Pékin et Taipei se sont mis d’accord sur la politique d’une seule Chine, tout en acceptant des interprétations divergentes sur qui est le dirigeant légitime de la Chine.

L’alimentation de tensions avec Pékin est une intensification par l’Administration Trump du «pivot vers l’Asie» de l’administration Obama. Washington a attisé les tensions au sujet de différends territoriaux de longue date en mer de Chine méridionale et orientale. Il a provoqué Pékin en envoyant des navires de guerre dans la région y compris de plus en plus dans le détroit de Taïwan. Pékin a déclaré à plusieurs reprises qu’il recourrait à la force militaire si Taïwan déclarait son indépendance ou si les États-Unis ou leurs alliés franchissaient d’autres ‘lignes rouges’ militaires, comme par exemple, l’arrivée d’un navire de guerre américain dans un port taïwanais.

Ces agissements irresponsables des États-Unis risquent d’entraîner une guerre catastrophique dans la région Asie-Pacifique, engageant deux puissances dotées de l’arme nucléaire.

(Article paru d’abord en anglais le 10 juillet 2019)