La grève chez General Motors: Lutte des classes contre la politique réactionnaire de la division raciale

Par Joseph Kishore
19 septembre 2019

Une énorme lutte a lieu aux États-Unis, au cœur du capitalisme mondial. Plus de 46.000 travailleurs de l’automobile sont engagés dans une grève contre General Motors, l’une des plus puissantes sociétés industrielles au monde. Après des décennies de répression, la lutte des classes réapparaît et ses conséquences se feront sentir dans le monde entier.

Les immenses traditions de lutte de classe en Amérique remontent à la surface, exprimées dans les déclarations des travailleurs de l’automobile: opposition aux entreprises, désir d’unité, hostilité envers la société existante. À cela s’ajoute la haine universelle du syndicat «les Travailleurs unis de l’automobile» (UAW, United Auto Workers) qui est vu pour ce qu’il est: comme un pion corrompu de la direction de l’entreprise.

C’est dans ces moments-là que les travailleurs commencent à trouver leur voix. Sur les lignes de piquetage, des travailleurs de races, de genres et d’ethnies différents sont unis par une conception commune de l’exploitation qu’ils vivent tous et leur détermination à lutter pour leur avenir et celui de leurs enfants. Les messages de solidarité du Mexique, du Brésil et de l’Allemagne, exprimant l’unité internationale de la classe ouvrière encouragent les travailleurs.

Tout ce qui se passe contredit le récit réactionnaire qui a proclamé la mort de la classe ouvrière et la fin de la lutte des classes, prétendument remplacée par des conflits axés sur la race, le genre et l’orientation sexuelle. Non seulement la classe ouvrière existe, mais la lutte des classes est, comme l’a souligné Marx, le moteur de l’histoire du monde.

Des grévistes de GM

Ce fait terrifie la classe dirigeante, qui réagit en faisant tout ce qui est en son pouvoir pour fomenter les divisions raciales et ethniques.

Il y a tout juste un mois, le New York Times a publié une édition spéciale de 100 pages dans e son magazine de dimanche sur «Le projet 1619». Ce projet présente une falsification de l’histoire américaine obsédée par la race. Le conflit entre les «noirs» et les «blancs» est au centre de la société américaine, a écrit la chroniqueuse du Times, Nikole Hannah-Jones, et «le racisme anti-noir est dans l’ADN même de ce pays». Cette conception est activement promue par le biais d’une campagne agressive dans les médias et sur les campus à travers le pays.

Comme le WSWS l’a écrit dans sa déclaration qui analyse le projet de 1619, le Times fait le silence sur l’histoire et le développement de la classe ouvrière américaine. «Bref, la lutte de classe n’existe pas», écrit le WSWS, et «c’est pour cela qu’une véritable histoire de la population afro-américaine et des événements qui ont formé une population d’esclaves libérés comme partie cruciale de la classe ouvrière n’existent pas».

Entièrement ignorée dans le récit du Times est la façon dont la classe dirigeante avait consciemment et délibérément promu les divisions raciales pour saper la conscience de classe dans les décennies qui ont suivi la guerre civile. Parmi les exemples les plus marquants de cette forme pernicieuse de guerre idéologique, citons le racisme et l’antisémitisme promus par Ford et les autres constructeurs automobiles dans les années 1920 et 1930. La formation des syndicats industriels, dirigés à l’époque par des travailleurs socialistes, avait neutralisé le poison craché par les constructeurs.

Au cours des quarante dernières années, la promotion des divisions raciales est devenue un élément central de la politique de pseudo-gauche. C’est une attaque réactionnaire et soutenue contre le socialisme enracinée dans les intérêts des couches privilégiées de la classe moyenne supérieure.

Le récit historique raciste sert des objectifs politiques contemporains: diviser les travailleurs, bloquer et détourner le développement de la conscience de classe. Dans un essai antérieur publié par Hannah-Jones, en juillet 2016, le chroniqueur du Times, en réagissant à des incidents de violence policière, a fait référence au: «vaste fossé qui sépare les expériences vécues collectivement par les Américains blancs et celles des Américains noirs», qui «peut rendre impossible une véritable empathie».

Où voit-on ce «vaste fossé» parmi les grévistes de GM? Qu’ils soient noirs ou blancs, ils ont la même expérience de la baisse des salaires, des attaques contre l’emploi, de la destruction des soins de santé. Et ce n’est pas seulement vrai pour les travailleurs de l’automobile aux États-Unis, mais pour les travailleurs de tous les secteurs et du monde entier.

Au cours de l’année écoulée, des grèves d’enseignants ont éclaté en Virginie occidentale, au Kentucky, en Oklahoma et en Arizona: des États condamnés comme bastions du racisme par le Parti démocrate et la pseudo-gauche. Le mois dernier, la grève la plus importante de l’histoire récente dans le sud des États-Unis a impliqué des travailleurs noirs et blancs chez AT&T dans une lutte commune. Les manifestations de masse se sont étendues de Porto Rico et de la France à l’Algérie, à Hong Kong et au Soudan.

On doit souligner qu’un clivage racial n’existe pas non plus parmi les fonctionnaires inculpés de l’UAW. Parmi ces derniers figurent des cadres noirs et blancs qui ont démontré leur capacité commune de voler les travailleurs et d’accepter des pots-de-vin des entreprises. Cela fait partie d’une croissance énorme de l’inégalité sociale au sein des populations minoritaires. Une petite minorité parmi eux occupe des postes de pouvoir et de privilège dans les universités, l’État, les salles de conseil des entreprises et l’appareil syndical.

Quiconque se présente aux piquets de grève pour parler de «privilège blanc» – ou, d’ailleurs, de privilège masculin et du patriarcat – devrait être considéré comme un provocateur de l’entreprise engagé pour tenter de diviser les travailleurs. Les organisations qui entourent le Parti démocrate ont largement ignoré la lutte des travailleurs de l’automobile. Mais, dans la mesure où ils interviennent, ce sera pour tenter de renforcer l’UAW et d’injecter la politique de race et de genre.

La lutte pour unifier la classe ouvrière aux États-Unis à travers toutes les lignes raciales, ethniques et de genre fait partie de la lutte pour unir les travailleurs à travers le monde sur la base de leurs intérêts de classe communs. La politique raciste et identitaire qui est la spécialité du Parti démocrate est le pendant du chauvinisme anti-immigré promu par l’administration Trump – et facilité par les démocrates – qui vise à dresser les travailleurs des États-Unis contre leurs frères et sœurs de classe en Amérique latine et en Asie.

La grève chez GM est une étape d’une tendance beaucoup plus large. La croissance de la lutte des classes est un processus objectif qui mine profondément tous les efforts visant à diviser la classe ouvrière en fonction de la nation, de la race, de l’appartenance ethnique, de la langue ou du genre. Au fur et à mesure que la lutte de classe se développe et revêt un caractère ouvertement anticapitaliste et socialiste, la nature et le rôle de la politique d’identité raciale et des organisations qui la promeuvent seront révélés plus clairement encore.

(Article paru en anglais le 18 septembre 2019)