Trump appelle les troupes américaines à faire la «guerre» aux cartels de la drogue au Mexique

Par Eric London
7 novembre 2019

Mardi, Donald Trump a brandi la menace qu’il allait déployer des soldats américains au Mexique à la suite d'une attaque liée à un gang qui a fait neuf morts parmi les citoyens mexicains et américains dans l'État de Chihuahua au nord du Mexique. Six enfants d'une famille mormone ont été pris dans une embuscade et tués lundi dans ce qui était manifestement une erreur d'identité.

«C'est le moment pour le Mexique, avec l'aide des États-Unis, de faire la guerre aux cartels de la drogue et de les éradiquer. Nous n'attendons qu'un appel de votre nouveau président !» a tweeté Trump, en référence au président mexicain Andrés Manuel López Obrador (AMLO).

Les menaces de Trump ne sont pas creuses. Il y a environ 5.000 soldats à la frontière entre les États-Unis et le Mexique, et Trump invoque constamment le spectre de la violence des gangs pour justifier ses attaques fascistes contre les immigrants. «Les cartels sont devenus si grands et puissants qu'il faut parfois une armée pour vaincre une armée», a-t-il ajouté.

Les commentaires de Trump provoqueront la colère d'une population mexicaine profondément hostile à l'impérialisme américain et aux attaques racistes de Trump. Trump a qualifié les Mexicains de «violeurs» et de «criminels» et a intensifié les attaques contre les travailleurs immigrés aux États-Unis. De 1846 à 1848, les États-Unis ont envahi le Mexique sous un faux prétexte et lui ont volé la moitié de son territoire.

Des policiers tiennent un poste de contrôle à Janos, dans l'État de Chihuahua, au nord du Mexique, le mardi 5 novembre 2019. Des membres du cartel de la drogue ont tendu une embuscade à trois véhicules le long d'une route de terre, tuant six enfants et trois femmes, tous des citoyens américains vivant dans le nord du Mexique, lors d'une attaque horrible qui a criblé de balles et carbonisé un véhicule, ont déclaré mardi les autorités. (AP Photo/Christian Chavez)

AMLO a répondu aux menaces de Trump lors d'une conférence de presse mardi, en s’inclinant devant le président américain: «Je vais m'entretenir avec le président Trump pour le remercier de son soutien», a-t-il déclaré, ajoutant que son gouvernement verrait «si, dans un esprit de coopération, il existe une possibilité que nous puissions compter sur l'aide [des États-Unis] au cas où elle serait nécessaire». AMLO a déclaré qu'il ne demanderait pas le déploiement de troupes américaines sur le sol mexicain.

Un membre de la famille des femmes et des enfants assassinés a tweeté que si Trump voulait «aider», il devrait s'efforcer de réduire la consommation de drogues aux États-Unis et d'«empêcher l’entrée systématique de fusils d’assaut au Mexique à cause de l'ATF [US Bureau of Alcohol, Tobacco, Firearms and Explosives] et des failles dans la loi sur les armes à feu».

Les menaces de Trump visent non seulement à promouvoir le militarisme à la frontière sud des États-Unis, mais aussi à enflammer une crise émergente au plus haut niveau de l'État mexicain. La semaine dernière, l'influent général à la retraite Carlos Gaytán Ochoa a prononcé un discours devant un auditoire de chefs militaires, dont le secrétaire à la Défense nationale, affirmant que les militaires avaient été «offensés en tant que soldats» par la présidence de AMLO.

Le discours largement rapporté était un ballon d'essai pour un coup d'État militaire.

«Nous sommes inquiets pour le Mexique d'aujourd'hui», a déclaré Gaytán. Tout en critiquant AMLO pour l'échec humiliant des forces de sécurité qui n’ont pas réussi à arrêter Ovidio Guzman, fils du chef du cartel incarcéré Joaquin «El Chapo» Guzman, lors d'un raid à Culiacan, Sonora, le mois dernier, Gaytán a clairement indiqué que la véritable préoccupation des militaires est qu’AMLO ne prend pas les mesures nécessaires pour réprimer une vague d'opposition sociale dans la classe ouvrière.

«Nous vivons actuellement dans une société politiquement polarisée parce que l'idéologie dominante, venant de la supposée gauche, provoque depuis des années une grande frustration», a-t-il dit.

Les commentaires de Gaytán interviennent au milieu d'une série d'explosions sociales en Amérique latine, notamment au Chili et en Équateur, où des millions de personnes sont descendues dans la rue pour s'opposer à l'austérité et aux inégalités sociales.

La motivation derrière Gaytán et ses partisans a été exprimée dans une chronique du Washington Post du 23 octobre intitulée «La violence au Chili comporte un message troublant pour le monde». «Si cela peut arriver à Santiago, cela peut arriver n'importe où. C'est le message désagréable que le reste du monde devrait tirer de l'effondrement soudain de l'ordre civil au Chili, et c'est malheureusement exact.»

La controverse entourant le discours du général Gaytán a suscité un vaste débat dans les médias institutionnels sur la probabilité et la pertinence d'un coup d'État. Le 3 novembre, El Universal a publié une déclaration du comité de rédaction intitulée «Mexique: Un coup d'État est impossible», qui ne serait pas parue si cette affirmation était vraie. Des articles d'opinion faisant l'éloge de l'armée ont paru dans la presse conservatrice.

Samedi, AMLO a tweeté que le Mexique «ne permettrait pas un autre coup d'État», faisant référence au coup d'État de 1913 soutenu par les États-Unis contre Francisco Madero, qui avait porté le général de droite Victoriano Huerta au pouvoir pendant la révolution mexicaine. Madero avait ensuite été assassiné avec le soutien des États-Unis.

Faisant tacitement référence au discours de Gaytán, AMLO a tweeté: «Ici, il n'y a pas la moindre opportunité pour les Huerta, les Franco, les Hitler ou les Pinochet. Aujourd'hui, ce n'est pas un terrain fertile pour le génocide ni pour les crapules qui le préconisent.»

Il a ajouté que la comparaison avec 1913 était limitée parce que, contrairement à Madero, qui n'avait pas de «base sociale qui le protège et le soutient», son gouvernement «jouit du soutien d'une majorité libre, consciente et juste qui aime la légalité et la paix et ne permettra pas un autre coup d’État».

Bien que ses propos reconnaissent la menace réelle d'un coup d'État, les efforts d'AMLO pour minimiser la gravité de la menace soulignent le danger extrême auquel la classe ouvrière mexicaine est confrontée.

Lors d'une conférence de presse cette semaine, AMLO a déclaré que Gaytán était protégé par la «liberté d'expression» et a qualifié les militaires de «peuple en uniforme». C'est exactement l'expression utilisée par le président chilien assassiné Salvador Allende dans les semaines qui ont précédé le coup d'État militaire du 11 septembre 1973. Allende et le gouvernement d'«Unité populaire» ont cherché à minimiser le danger d'un coup d'État militaire afin de calmer l'opposition sociale et de démobiliser les luttes de masse de la classe ouvrière chilienne.

Il subsiste des divisions au sein des classes dirigeantes mexicaine et américaine sur la question de savoir si le gouvernement d'AMLO représente un obstacle aux intérêts des oligarchies dirigeantes américaine et mexicaine ou un instrument nécessaire pour dissiper l'opposition sociale.

Dans sa chronique du 23 octobre, le Washington Post disait que l'explosion sociale au Chili avait éclaté en partie parce que «le Chili n’a pas de mouvement populiste ou de fin politicien caudillo populiste. Une telle figure aurait peut-être pu utiliser la colère du public à ses propres fins, mais elle aurait aussi eu une meilleure chance de la contrôler. Par exemple, le président populiste de gauche du Mexique, Andrés Manuel López Obrador, a souvent mené des manifestations publiques, mais a réussi à persuader ses partisans de ne pas recourir à la violence.

«Au Chili, où la politique conventionnelle manque d'un parti ou d'une personnalité pour canaliser leurs doléances, les manifestants ont eu recours au vandalisme autodestructeur. En d'autres termes, alors que les populistes charismatiques d'Amérique latine ont tendance à rendre les dirigeants occidentaux nerveux, le Chili montre qu'ils peuvent jouer un rôle vital.»

Pour faire face au danger de l'intervention impérialiste et de la dictature militaire, la classe ouvrière mexicaine doit tirer les leçons du XXe siècle.

La catastrophe chilienne de 1973 montre que la classe ouvrière doit activer son immense pouvoir social en se mobilisant indépendamment de toutes les factions de la classe dirigeante mexicaine – y compris AMLO, les syndicats et le Mouvement pour la régénération nationale (Morena) – et lutter pour le socialisme. De l'Allemagne et des États-Unis au Chili et au Mexique, la classe dirigeante du monde se tourne à nouveau vers la dictature pour se préparer à la montée croissante de l'opposition sociale au capitalisme.

Compter sur AMLO et la classe dirigeante mexicaine pour protéger la classe ouvrière de l'invasion et de la dictature militaire serait un désastre. Au lieu de cela, la classe ouvrière mexicaine a de puissants alliés à travers les Amériques, y compris aux États-Unis. La lutte contre la dictature et l'impérialisme américain nécessite la mobilisation d'un mouvement de la classe ouvrière à travers tout le continent pour la construction des États socialistes unis des Amériques.

(Article paru en anglais le 6 novembre 2019)