Le Parti de gauche allemand lance un appel à la coopération avec les chrétiens-démocrates et le Parti libérale-démocrate en Thuringe

Par Peter Schwarz
18 février 2020

L'élection du politicien du Parti libéral-démocrate (FDP) Thomas Kemmerich au poste de ministre-président en Thuringe avec le soutien de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) a révélé au monde que l'élite dirigeante allemande est à nouveau prête à collaborer avec les apologistes et fascistes nazis.

L'alliance des chrétiens-démocrates (CDU) et du FDP avec l'AfD n'est ni un accident ni une erreur. Elle a été soigneusement préparée et discutée. La montée de l'AfD est liée au virage de l'ensemble de la classe dirigeante vers la droite. De nombreux membres de l'AfD ont émergé de l'appareil d'État ou des partis établis qui ont systématiquement ouvert la voie aux extrémistes de droite.

Le Parti de gauche ne fait pas exception à ce virage à droite. Bien qu'il ait été la cible de l'AfD en Thuringe, le parti a répondu par des dérobades, en cachant la vérité, cherchant l'apaisement et tendant la main de la coopération à la CDU et au FDP. Le Parti de gauche veut à tout prix empêcher que l'indignation généralisée à propos de la promotion de l'AfD ne soit dirigée contre tous les partis établis et le système capitaliste. Le parti fait lui-même partie du complot qui a renforcé l'AfD. Cela a été rendu très clair par la présence de l'ancien ministre-président de la Thuringe, Bodo Ramelow, dans le talk-show ARD Meischberger mercredi dernier.

Ramelow était bien conscient que sa défaite était le résultat d'un plan élaboré en coulisses. Il a cité un certain nombre d'exemples pour étayer cela. La veille de son élection, Kemmerich avait annoncé que les ministres du SPD pourraient conserver leurs portefeuilles au sein de son gouvernement, indiquant ainsi son espoir de remporter l'élection avec les voix de l'AfD.

Ramelow a également rapporté que le «propagandiste en chef de la CDU, M. Dr. Hahn», un homme au passé extrémiste de droite, «avait documenté le scénario lors d'un débat public» le dimanche précédant le vote. Il a poursuivi: «La veille des élections, les députés de la CDU auraient rencontré des représentants de l'AfD dans un bar à Erfurt. Donc, aucun d'eux n'aurait vraiment pu être surpris; la seule personne qui a été surprise était moi-même.»

Néanmoins, Ramelow a fait la proposition de coopération étroite aux mêmes parties qui ont comploté avec l'AfD contre lui. Sa demande était «de nouvelles élections ordonnées», bien que l'accent ait été mis sur «ordonnées».

«Voilà ce que je propose à la CDU. Votez pour le gouvernement du Land (province) afin que nous soyons en mesure de prendre des décisions», a déclaré Ramelow. «Si je ne suis pas élu, nous aurons 150 jours de campagne électorale sans gouvernement du Land», a-t-il prévenu - apparemment le pire cauchemar de Ramelow.

Son intention est claire. Si de nouvelles élections avaient lieu immédiatement, comme une majorité de 63 pour cent l'avait demandé dans un récent sondage Infra, les résultats pour la CDU et le FDP seraient dévastateurs. Le FDP ne dépasserait plus la barre des 5 pour cent des voix requis pour la représentation parlementaire, tandis que la CDU, qui gouverna la province sans interruption entre 1991 et 2014, n'obtiendrait que 14 pour cent. En revanche, le Parti de gauche obtiendrait un résultat record de 40 pour cent des voix. L'AfD, le SPD et les Verts obtiendraient des résultats similaires à ceux des récentes élections.

Ramelow espère éviter un tel résultat grâce à des élections «ordonnées». Cela donnera à la CDU et au FDP le temps dont ils ont besoin pour se remettre en ordre de marche. Il a souligné à plusieurs reprises sa préoccupation face au déclin de ces partis lors de son apparition sur la chaîne télévisée ARD. Il est contraint de regarder «la CDU se déchirer comme l'un des grands partis populaires», s'est plaint Ramelow. Et c'est «l'état du SPD qui me préoccupe le plus». Il a ajouté qu'il croyait en la «nécessité de partis stables».

Interrogé sur son opinion sur la démission annoncée de la dirigeante de la CDU, Annegret Kramp-Karrenbauer, dont les interventions en Thuringe ont joué un rôle important dans la réalisation de la coalition avec l'AfD, il a répondu: «Cela me trouble. Je connais la collègue Kramp-Karrenbauer de la Sarre. Dans certains domaines, nous nous sommes battus ensemble pour améliorer des conditions.»

Il a également salué sa coopération étroite avec le chef de la CDU de Thuringe Mike Mohring, qui était bloqué par la direction du parti à Berlin. Ramelow a déclaré qu'il était en pourparlers continus avec Mohring depuis le 23 décembre, discutant de 22 projets différents avec le chef de la CDU dans le Land. Selon Ramelow, un accord entre les deux aurait permis à la CDU de l'élire ministre-président lors du troisième tour de scrutin à la tête d'un gouvernement minoritaire du Parti de gauche, le SPD et les Verts. Au lieu de cela, la CDU a voté en masse pour le candidat du plus petit parti, le FDP, qui a ensuite été élu avec les voix de l'AfD.

Ramelow a également protesté avec véhémence lorsque Sandra Meischberger l'a qualifié de «ministre-président socialiste». Il est évidemment prêt à tout pour prouver sa fiabilité à la classe dirigeante.

L'appel de Ramelow aux faveurs de la CDU et du FDP prouve que le Parti de gauche, malgré son nom, est un parti bourgeois de droite pour lequel la défense de «l'ordre» capitaliste passe avant tout, et qui ne craint rien de plus que la mobilisation politique indépendante de la classe ouvrière. Partout où le Parti de gauche est ou a été au gouvernement - à Berlin, Brandebourg, Thuringe et Mecklembourg-Poméranie - sa politique sociale, en matière de réfugiés et d'autres politiques intérieures n'ont pas été différentes de celles des autres partis bourgeois.

La position de Ramelow rappelle Hans Modrow, qui prépara le terrain pour la restauration capitaliste en Allemagne de l'Est en tant que dernier chef du gouvernement du Parti de l'unité socialiste (SED) stalinien, et dirige maintenant le conseil consultatif des anciens du Parti de gauche à l'âge de 90 ans. «J’estime que le chemin de l'unité était inévitablement nécessaire et dut être poursuivi de manière décisive», a-t-il écrit plus tard dans son autobiographie. «J'étais principalement soucieux d'assurer la gouvernabilité du pays et de prévenir le chaos.» Des millions de travailleurs ont payé un prix cher pour cela.

Les ouvertures de Ramelow envers la CDU et le FDP ne feront que renforcer l'AfD. Le seul moyen d'empêcher sa montée et le retour du fascisme et de la guerre passe par la mobilisation indépendante de la classe ouvrière basée sur une perspective socialiste.

(Article paru en anglais le 17 février 2020)