Crise du COVID-19 en Espagne: la police attaque des métallurgistes en grève contre un ordre de « retour au travail »

Par Alejandro López et Alex Lantier
31 mars 2020

Vendredi, la police espagnole a agressé des métallurgistes au Pays Basque qui protestaient contre un ordre de retourner à des emplois dangereux et non-essentiels au milieu de la pandémie mortelle de COVID-19. L'Espagne est l'un des pays les plus touchés, avec 80 031 malades et 6 802 morts – plus de deux fois le total des décès en Chine – et a imposé des mesures d'isolement strictes à sa population. Mais les grandes entreprises continuent d'exiger de millions de travailleurs qu’ils aillent travailler inutilement pour continuer à produire des profits pour la classe dirigeante.

Dans ces conditions, le gouvernement de coalition du Parti socialiste espagnol (PSOE) et du parti petit-bourgeois Podemos a lâché la police pour agresser les travailleurs qui se battent pour défendre leur santé et leur vie contre le diktat des banques.

Vendredi, les travailleurs de Sidenor, une entreprise sidérurgique avec siège au Pays basque espagnol, ont fait grève après que les syndicats nationalistes basques eurent appelé à une manifestation « Haserre Gaude » ( en basque, ‘Nous sommes en colère’). L'appel disait viser à « garantir que la santé publique soit prioritaire face à la décision des employeurs et des gouvernements de donner la priorité aux intérêts économiques ». Les travailleurs avaient été appelés à un arrêt de travail à midi vendredi.

Des membres de l'Unité militaire d'urgence arrivent à la gare d'Abando, à Bilbao, dans le nord de l'Espagne, lundi 23 mars 2020. (AP Photo/Alvaro Barrientos)

Quand les travailleurs ont commencé la manifestation, l'Ertzaintza, la police régionale basque, est intervenue pour l'empêcher, puis la disperser. Les travailleurs ont crié à la police d’aller vérifier « les fausses mesures de santé et de sécurité qui existent dans l'entreprise » contre le COVID-19, au lieu de casser la manifestation.

Un travailleur qui manifestait a déclaré au quotidien basque Naiz: « Après la fin de l'intervention des médias, une patrouille de l'Ertzaintza s'est rendue auprès des membres du comité et leur a interdit d’effectuer la manifestation, même si elle se déroulait à l'intérieur de l'entreprise ».

Cette manifestation survient une semaine après la diffusion massive d'une video sur les réseaux sociaux, montrant un travailleur arrêté par la police et menacé d'amende pour s'être rendu au travail à vélo. La police y déclare que la pratique du vélo est illégale et viole l'état d'alarme, qui veut que chacun reste chez lui sauf s'il va au travail ou sort pour acheter des denrées essentielles, médicaments, nourriture. Le travailleur rétorque qu'il va travailler et qu'au lieu de lui infliger une amende, ils devraient aller à son usine et inspecter les conditions où on les force à travailler.

Pour protéger leur vie et imposer des mesures de santé publique appropriées, les travailleurs sont confrontés à une lutte politique contre le gouvernement PSOE-Podemos et d'autres similaires dans le monde entier. Pour faire avancer cette lutte contre la répression policière, les travailleurs ont besoin de leurs propres organisations: des comités d'action indépendants des syndicats et des partis politiques qui leurs sont alliés comme Podemos.

Ces comités peuvent se battre pour des revendications cruciales comme l'arrêt de la production non essentielle et le paiement intégral des salaires aux travailleurs inactifs, et pour assurer le bien-être des travailleurs malades ou contraints à la quarantaine.

A l’international, la classe ouvrière est devenue la principale force à lutter pour une réponse humaine et scientifique à la pandémie du COVID-19. Une première vague de grèves sauvages en Italie, qui a éclaté indépendamment des syndicats, a ébranlé le gouvernement italien, le forçant à appliquer l’appel des autorités sanitaires à des mesures de confinement de masse pour ralentir et arrêter la propagation du COVID-19.

Aux États-Unis, des travailleurs de l'automobile, des services sanitaires, des chantiers navals, des des transports en commun, des entrepôts alimentaires, de la production de viande et d'Amazon ont fermé des usines pour protester contre les conditions de travail dangereuses. Des grèves ont éclaté chez les postiers britanniques, les chauffeurs de bus et les travailleurs de l'automobile français et chez Fiat-Chrysler au Canada. En Espagne, des constructeurs comme Airbus, Mercedes-Benz, Michelin, Seat, Renault et Nissan n'ont fermé que lorsque les travailleurs ont débrayé.

La répression policière brutale déclenchée sous l'autorité des sociaux-démocrates espagnols et du parti de pseudo-gauche Podemos est un avertissement pour la classe ouvrière, en Espagne et à l’international. Elle est confrontée à une lutte acharnée face aux patrons mais aussi contre les partis de l'establishment politique capitaliste que l'élite dirigeante a, pendant des décennies, faussement présentés comme étant "de gauche".

La pandémie du COVID-19 révèle que Podemos défend les profits capitalistes, exige que les travailleurs risquent leur vie dans des emplois non essentiels pour alimenter les fortunes des super-riches et est impitoyablement hostile à la classe ouvrière.

Non seulement Podemos, mais aussi les bureaucraties syndicales corrompues s'opposent aux travailleurs. Le syndicat stalinien Commissions ouvrières (CC.OO) et l'Union générale du travail (UGT) pro-PSOE maintiennent un silence assourdissant sur l'agression policière contre les travailleurs de Sidenor. Au lieu de cela, ils s'activent en collaboration avec les grandes entreprises, le PSOE et Podemos pour imposer des licenciements massifs (plans d'ajustement temporaire de la main-d'œuvre ou ERTE), qui permettent aux entreprises de suspendre les contrats de travail pour « des raisons économiques, techniques, organisationnelles ou de production ou pour cause de force majeure ».

Des centaines de milliers de travailleurs ont été touchés par les ERTE, et des milliers d'autres le seront dans les semaines à venir. Les salariés touchés par un ERTE peuvent accéder aux allocations de chômage, mais uniquement sous certaines conditions strictes, notamment avoir payé des cotisations de sécurité sociale pendant plus de 360 jours.

Samedi, peu après l'affrontement à Sidenor et après que les autorités sanitaires espagnoles eurent annoncé que vendredi avait vu un nouveau record de 832 morts en une seule journée, le gouvernement a ordonné à tous ceux qui occupaient des emplois non essentiels de rester chez eux jusqu'au 9 avril, appelant à des mesures « extraordinairement sévères ». « Cette mesure réduira encore plus les déplacements des personnes [mais] elle réduira le risque de contagion et nous permettra de débloquer les unités de soins intensifs », a déclaré Sánchez.

Un virage à 180° après que Sánchez, suivant la même politique du « retrour au travail » que Donald Trump, ait rejeté les appels croissants des travailleurs et une lettre ouverte de 70 scientifiques éminents, à mettre en place un confinement total dans les régions les plus touchées. La semaine dernière, Sánchez se moquait de telles mesures, déclarant, « quand ils disent qu’il faudrait accroître les mesures d'enfermement total, qu’est-ce qu’ils veulent dire? Que les gens ne peuvent pas sortir acheter du pain? Que celui qui a un enfant autiste ne peut pas l'emmener se promener? »

Des millions de travailleurs ont été contraints à se rendre à un travail non essentiel dans des bus, des métros et des trains bondés, puis de travailler dans des conditions insalubres sur le lieu de travail, ce qui a propagé le coronavirus et a probablement coûté des milliers de vies supplémentaires.

Le vice-premier ministre et chef de file de Podemos Pablo Iglesias, qui a fait profil bas pendant la pandémie, est intervenu dimanche pour soutenir l'annonce de Sánchez. Sur Twitter, il a cité l'article 128 de la Constitution espagnole qui dit que « Toutes les richesses du pays, sous leurs diverses formes et quel qu'en soit le propriétaire, sont subordonnées à l'intérêt général ».

Iglesias a joint une vidéo de la ministre du Travail et membre de Podemos Yolanda Díaz, déclarant lors de sa conférence de presse de dimanche que le gouvernement donnerait la priorité à l'intérêt national « sur les intérêts privés » et qu'il n'accepterait « aucune pression d'aucune sorte afin de modifier le confinement ». Elle a promis qu'après la pandémie, il y aurait « plus de droits pour les travailleurs, un tissu productif plus solide et sans aucun doute plus de soins pour notre peuple ».

Iglesias prend-il les gens pour des imbéciles? Le gouvernement PSOE-Podemos n'est pas un ami des travailleurs, mais dirige un État policier impitoyable qui applique le diktat des banques.

Il s'est engagé à « mobiliser jusqu'à 200 milliards d'euros » pour renflouer les banques et les grandes entreprises, tout en réservant 17 pitoyables milliards d'euros pour les allocations chômage. L'ordonnance d'enfermement saluée par Iglesias prévoit que les travailleurs confinés devront « rattraper les heures de travail perdues » en perdant des jours de vacances et des week-ends ou en allongeant leur temps de travail. Si le confinement ne restait en vigueur que jusqu'au 9 avril, cela obligerait des millions de travailleurs en Espagne à travailler au moins 80 heures supplémentaires non payées.

La lutte pour les revendications légitimes et essentielles, de santé et économiques, de la classe ouvrière, la conduira inévitablement à une confrontation directe avec Podemos et le PSOE, et vers une lutte pour le pouvoir et la mise en œuvre d’une politique socialiste.

(Article paru en anglais le 30 mars 2020)