COVID-19 : taux record des nouvelles infections dans le monde

Par Patrick Martin
2 juin 2020

En juin, la pandémie mondiale de COVID-19 en est à son cinquième mois. L’Organisation mondiale de la santé avait déclaré le coronavirus crise de santé publique de portée internationale le 30 janvier

Au cours du week-end, ce désastre sanitaire et économique a continué de s’aggraver. Les nouvelles infections atteignent des niveaux records dans le monde ; selon WorldoMeter, les 29 et 30 mai, elles se montaient à environ 125.000 par jour.

Le Brésil a franchi le jalon sinistre de 500.000 cas, deuxième derrière les États-Unis ; il approche les 30.000 décès. Sur les 125.000 nouveaux cas dans le monde, c’est le Brésil qui a été touché le plus, avec plus de 30.000 cas ; les États-Unis sont en deuxième position, avec près de 25.000 cas. Les autres pays ayant contribué à cette augmentation sont la Russie, l’Inde, le Pérou, le Chili et le Mexique, avec un total combiné de plus de 30.000 cas. Ces sept pays ont été à l’origine des trois quarts des 4.100 décès enregistrés le 30 mai.

Dayra Montalbo, 12, center, cries, next to her sister Valeria, 18, and his brother Carlos, 16, during the burial of their father Carlos Montalbo, 45, who died from COVID-19 complications, at the Nueva Esperanza cemetery on the outskirts of Lima, Peru, Thursday, May 28, 2020. (AP Photo/Rodrigo Abd)

Officiellement, le premier décès américain dû au COVID-19 est survenu le 28 février dans la région de Seattle, dans l’État de Washington. Au cours des 93 jours écoulés depuis, plus de 106.000 personnes sont mortes du coronavirus aux États-Unis ; le nombre de personnes infectées est passé d’une poignée à plus de 1,8 million. Des chiffres qui sous-estiment probablement massivement l’impact réel de la pandémie.

Les États-Unis, le pays le plus riche du monde, dotés de vastes ressources médicales et scientifiques, ont perdu beaucoup plus de leur population du au coronavirus que tout autre pays, en raison de la cupidité, de l’insensibilité et de l’incompétence pure et simple de leur élite dirigeante. Aux yeux des travailleurs, aux États-Unis comme dans le monde, c’est une flétrissure politique et sociale dont le capitalisme américain ne se remettra jamais.

Voilà deux semaines que l’industrie automobile et les autres grands employeurs américains ont entièrement repris leurs activités dans leurs usines, entrepôts et bureaux. Ces installations vont probablement devenir de nouveaux foyers de la pandémie à l’instar des usines de viande qui n’ont jamais été fermées et dont le taux d’infection dépasse pour certaines largement 50 pour cent de leurs salariés.

Les Centres pour le contrôle des maladies (CDC) prévoient qu’entre 10.000 et 30.000 Américains de plus mourront du coronavirus dans les trois prochaines semaines, une estimation qui ne tient pas compte de l’accélération probable de la propagation dans les communautés, due à la réouverture à grande échelle des usines et autres lieux de travail, des magasins, des églises et d’autres centres potentiels de transmission du virus.

Des informations inquiétantes, tant anecdotiques que statistiques, font état d’une recrudescence de la pandémie dans les États ayant commencé à rouvrir ou n’ayant jamais imposé de confinement. Selon le site covidexitstrategy.org, qui utilise des estimations assez prudentes basées sur les directives du CDC, 22 États, principalement dans le Sud et les montagnes de l’Ouest, affichent des niveaux croissants de COVID-19.

La moyenne «mobile» des nouvelles infections [qui prend toujours en compte les 14 jours les plus récents] est en hausse de 60 pour cent en Alabama, de 40 pour cent en Arkansas, de 15 pour cent en Floride, de 38 pour cent en Caroline du Sud, de 40 pour cent en Caroline du Nord, de 38 pour cent au Missouri. Elle atteint le chiffre stupéfiant de 139 pour cent en Virginie occidentale (plus du double en deux semaines par rapport à un niveau précédemment bas).

Plusieurs de ces États ont été le théâtre de violations notoires de la distance sociale le mois dernier, notamment lors d’une fête dans une piscine en Arkansas, à laquelle ont participé des dizaines de personnes, et le site du lac des Ozarks dans le sud du Missouri, où des milliers de personnes se sont rassemblées le week-end du Memorial Day. De nouveaux cas de COVID-19 ont été signalés en relation avec ces deux événements.

L’augmentation la plus rapide dans le Midwest a été celle du Wisconsin. Là encore, cette situation est associée à l’effondrement de la distanciation sociale. La Cour suprême de l’État avait annulé les décrets de confinement du gouverneur, ce qui avait donné lieu à des scènes largement médiatisées de foules nombreuses dans les bars et restaurants. La Cour avait rendu sa décision le 13 mai. Un peu plus de deux semaines plus tard, les cas de COVID-19 ont augmenté de 47 pour cent dans cet État.

Selon un rapport, les lits des unités de soins intensifs (USI) se remplissent à Minneapolis-St. Paul, à Omaha, au Nebraska et dans l’État de Rhode Island, signe d’une crise imminente. Leavitt Partners, dirigé par Mike Leavitt, ancien secrétaire d’État à la Santé et aux Services sociaux, a prévu que les comtés de Hennepin et Ramsey, où se trouvent respectivement Minneapolis et Saint Paul, manqueront de dizaines de lits d’USI dans les trois prochaines semaines. Le comté de Ramsey pourrait également manquer de lits d’hôpitaux en général. Le Minnesota a connu mercredi dernier sa plus forte augmentation en un jour du nombre d’hospitalisations en USI liée aux coronavirus, soit plus 260 lits.

Ce même jour où les protestations se multipliaient à Minneapolis à propos du meurtre par la police de George Floyd, le gouverneur du Minnesota, Tim Walz, a signé un décret autorisant la réouverture des salons de coiffure, des bars et des restaurants. Jan Malcolm, commissaire d’État à la santé, a déclaré que l’État n’atteindrait pas son niveau maximal d’infection avant la fin juin ou le mois de juillet.

Le Washington Post écrivait dimanche: «Deux à quatre semaines après que de nombreux États ont commencé à lever les restrictions sur les restaurants, les bars et les grands rassemblements, les cas augmentent dans des zones qui avaient auparavant évité le pire de l’impact du virus. L’Arizona, le Mississippi, la Caroline du Sud, l’Utah et le Wisconsin ont tous établi vendredi des records de nouveaux cas signalés… Dans de nombreuses régions, les grands rassemblements sont mis en cause comme foyers de fortes flambées de l’épidémie».

Certains des États les plus touchés auparavant ont commencé à voir leur moyenne mobile de 14 jours diminuer comme celui de New York, le New Jersey, le Massachusetts et le Michigan. Ce sont toutefois des baisses par rapport à d’effrayants sommets. Même avec cette «amélioration», ces États représentent toujours la moitié du nombre total de décès aux États-Unis et au moins un quart des nouveaux décès.

En Californie, où le gouverneur démocrate Gavin Newsom a commencé à assouplir systématiquement le verrouillage, des foyers ont commencé à se développer en dehors de Los Angeles où se trouvait jusqu’à présent le centre de l’infection. Dans le comté d’Alameda, qui comprend la ville d’Oakland, les nouveaux cas ont fait un bond de 30 pour cent la semaine dernière ; on y a recensé 107 nouveaux cas jeudi, le plus grand nombre en un seul jour depuis le début de la pandémie.

Dans la pratique, chaque gouverneur d’état, Démocrate ou Républicain, mène la même politique que le gouvernement Trump et les gouvernements bourgeois du monde entier: forcer des millions de travailleurs à reprendre le travail afin de relancer le processus de profit et d’accumulation de richesses pour la classe capitaliste. En encourageant en même temps délibérément la rupture de la distanciation sociale afin que l’infection se propage le plus possible.

La politique d’«immunité collective» n’a absolument aucun sens scientifique ou sanitaire. C’est une étiquette qui dissimule une politique sociale dont le but délibéré est de se débarrasser du plus grand nombre possible des gens les plus vulnérables : les personnes âgées, les malades, les immunodéficients, tous ceux qui ne produisent pas de plus-value et de profit pour l’aristocratie financière.

Comme ont insisté pour le dire le «World Socialist Web Site» et le Parti de l’égalité socialiste, lutter contre la pandémie nécessite la mobilisation indépendante de la classe ouvrière et un programme socialiste irrémédiablement opposé aux intérêts économiques de la classe capitaliste et du système capitaliste tout entier. Ce sont des millions de vies qui sont en jeu. Elles ne peuvent être défendues qu’à travers une lutte ouverte pour mettre fin à la dictature financière des entreprises sur la politique sociale et pour redéployer les ressources économiques sur la base des besoins sociaux.

(Article paru d’abord en anglais 1er juin 2020)