Face aux manifestations, le gouvernement Trump déploie l’armée dans la capitale

Par Jacob Crosse
3 juin 2020

Lundi soir, le président Donald Trump a prononcé un discours fasciste depuis la Roseraie de la Maison-Blanche au cours duquel il a annoncé le déploiement de forces militaires dans la capitale et l’intensification de la répression policière dans le but de mettre fin aux manifestations contre le meurtre par la police de George Floyd il y a une semaine (voir: «Coup d’État à Washington: Trump déclare la guerre à la constitution»).

Les remarques de Trump faisait suite à une fuite audio d’une conférence téléphonique tenue plus tôt dans la journée de lundi. Y participaient Trump, le procureur général William Barr, le général Mark Milley, chef d’état-major des armées et les gouverneurs des États. Trump y a exposé les plans du gouvernement pour une occupation policière et militaire du pays à laquelle aucun des participants à la conférence ne s’est opposé.

Jurant qu’il n’y aurait pas de répétition de la situation de dimanche soir où Trump fut forcé d’éteindre les lumières de la Maison Blanche et de se retirer dans un «bunker sécurisé», il a ordonné le déploiement de la police militaire en service actif sur le terrain de la Maison Blanche. Neuf véhicules de transport de troupes M35, de deux tonnes et demie, transportant plus de 200 soldats, ont occupé le terrain vers 17 heures.

L’ordre de Trump fut accompagné d’une incitation à la violence policière contre la population. Alors qu’il prononçait son discours, 25 minutes avant que le couvre-feu de 19 heures ne prenne effet, la police montée, les transports de troupes et des centaines de policiers militaires en bottes noires portant des boucliers anti-émeutes ont tiré, sans avertissement, des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc sur une foule d’environ 1.000 manifestants pacifiques.

L’exigence de Trump que les gouverneurs et les maires déploient encore plus de force pour «dominer», arrêter, poursuivre et imposer de longues peines de prison aux manifestants était une attaque des droits démocratiques et une affirmation de gouvernement autoritaire sans précédent dans l’histoire des États-Unis.

Malgré ces menaces, les manifestations se sont poursuivies dans l’ensemble des États-Unis. Dans plus de 125 villes, des jeunes et des travailleurs de toutes les origines ont défié la violente répression policière, les couvre-feux, les nervis d’extrême-droite, les agressions par véhicules et les arrestations massives, et ont continué de demander justice pour les victimes de meurtres policiers. Lundi matin l’Associated Press rapportait que plus de 4.400 personnes avaient été arrêtées, probablement une très forte sous-estimation. Rien qu’à Chicago, le shérif du comté de Cook, Tom Dart, a estimé qu’on avait arrêté 2.000 personnes au cours du week-end. À Atlanta, quelque 200 personnes ont été arrêtées lundi soir.

La Garde nationale a été activée dans 21 États, soit plus de 17.000 soldats, sur un total possible de 350.000, déployés en ce moment pour aider à réprimer les «troubles civils». Dans un certain nombre d’États, dont le Kentucky et la Californie, on a changé le rôle des troupes de la Garde nationale, passant du simple soutien à la mobilisation aux côtés d’une police anti-émeute lourdement armée, pour attaquer directement les manifestants.

Le premier meurtre d’un manifestant par la police a été signalé tôt lundi matin à Louisville, dans le Kentucky où des milliers avaient défilé durant six jours, dénonçant le meurtre par la police de Breonna Taylor, technicienne médicale d’urgence âgée de 26 ans, en mars, ainsi que le meurtre de George Floyd, le 25 mai, à Minneapolis. Des informations officielles affirment que David McAtee fut tué d’une balle lorsque les forces de l’ordre avaient «riposté en ouvrant le feu». Les rapports ne disent pas si McAtee fut tué par la police ou par la Garde nationale.

McAtee, un restaurateur de 53 ans, a été décrit par sa mère, Odessa Riley, comme un «pilier de la communauté». Il ne portait pas d’arme. On l’a laissé dans la rue pendant 12 heures après avoir été abattu. Selon les membres de sa famille, McAtee est mort en protégeant sa nièce d’un barrage de tirs.

À Omaha, Nebraska, Don Kleine, le procureur du comté de Douglas, a annoncé lundi que l’État ne poursuivrait pas les charges contre le propriétaire de bar Jake Gardner qui avait tiré sur James Scurlock, 22 ans, et l’avait tué devant son bar dimanche soir.

Kleine a déclaré que Gardner, un Marine déployé à deux reprises et partisan véhément de Trump, avait agi en «légitime défense» et craignait pour sa vie. Les preuves vidéo montrent que le père de Gardner avait bousculé un manifestant, qui l’avait poussé à son tour. La vidéo montre Gardner confrontant Scurlock qui était avec deux amis au moment de la bagarre.

Dimanche, le gouverneur du Minnesota, Tim Walz, a annoncé que le procureur général de l’État Keith Ellison dirigerait les poursuites contre Derek Chauvin, le policier licencié montré sur vidéo appuyant son genou sur le cou de George Floyd pendant près de neuf minutes, ignorant les cris de sa victime qui lui disait avant de mourir qu’elle ne pouvait pas respirer. Après un délai de plusieurs jours, Chauvin avait été inculpé d’homicide involontaire et de meurtre au troisième degré, des chefs d’accusation entraînant des peines beaucoup moins lourdes que le meurtre au premier ou au deuxième degré.

Aucun des trois collègues de Chauvin qui l’ont aidé à immobiliser Floyd au sol et à éloigner les passants en colère alors qu’on l’asphyxiait, n’a même été inculpé. Lundi, le chef de la police de Minneapolis, Medaria Arradondo, a suggéré que les trois hommes pourraient être inculpés, disant à CNN que «M. Floyd est mort entre nos mains et je considère donc cela comme de la complicité».

Le politicien démocrate Al Sharpton a salué la nomination d’Ellison pour superviser les poursuites comme une victoire pour les manifestants et un signe que «justice» serait rendue. Sharpton cherche à reprendre le rôle qu’il a joué dans les meurtres par la police de Michael Brown et Freddie Gray: répandre des illusions dans le Parti démocrate afin de contenir et de dissiper les protestations contre les violences policières. Malgré les cris de «victoire» de Sharpton dans ces deux affaires, aucun des flics tueurs n’a été condamné et le gouvernement Obama avait refusé de porter plainte pour atteinte aux droits civils fédéraux.

Ellison, un Démocrate supposé «progressiste» et partisan de Bernie Sanders, est apparu dans les interviews télévisés du dimanche pour participer à la dénonciation d’«agitateurs extérieurs». Il a soutenu aussi le déploiement de la Garde nationale et l’imposition du couvre-feux à Minneapolis et St. Paul. Lundi, il a tempéré fortement les espoirs d’une justice rapide pour Floyd, disant à CNN qu’il n’allait pas se « précipiter pour porter un jugement».

Les manifestations ont continué à Minneapolis malgré la répression policière brutale et la prolongation du couvre-feu nocturne qui a commencé à 22 heures lundi soir. Selon le gouverneur Tim Walz, un démocrate, 476 manifestants avaient été arrêtés depuis vendredi.

Walz s’est montré effusif lors de la conférence téléphonique avec Trump lundi matin, le remerciant de ses «conseils stratégiques» et demandant instamment le déploiement complet de la Garde nationale pour réprimer les manifestations pacifiques.

À New York, les protestations de masse contre les brutalités policières se sont poursuivies malgré la menace constante du COVID-19 qui a fait près de 16.500 victimes dans la ville. Les manifestants étaient prêts à défier un couvre-feu nouvellement imposé à 23 heures, alors que des milliers de jeunes de toutes origines étaient encore dans la rue au moment d’écrire ces lignes. La police de New York a arrêté plus d’un millier de personnes.

Malgré des marches pour la plupart pacifiques dans le sud de la Californie lundi, des troupes de la Garde nationale ont été déployées à Los Angeles. Au moment d’écrire ces lignes, la police avait arrêté au moins 50 personnes dans cette ville pour «pillage» présumé.

Malgré la participation de larges secteurs de la population et la nature pacifique des manifestations qui ont eu lieu dans chaque capitale de chaque État du pays, les gouverneurs et les maires des deux partis ont continué de propager le mythe selon lequel des «agitateurs extérieurs», des Antifas et des «anarchistes» auraient «détourné» le mouvement de protestation. Ces affirmations sans fondement sont amplifiées pour tenter de casser les protestations contre la violence d’État, justifier davantage de violence policière à grande échelle et mettre en œuvre des mesures anticonstitutionnelles pour criminaliser l’opposition à la politique du gouvernement.

(Article paru d’abord en anglais 2 juin 2020)