Les Démocrates couvrent le coup d’État de Trump

Par Andre Damon
4 juin 2020

Suite à l’annonce par Trump qu’il allait déployer l’armée pour écraser les protestations contre la violence policière dans tout le pays, les Démocrates s’efforcent de couvrir et de minimiser le coup d’État illégal et inconstitutionnel du président.

Trump a rendu sa tentative d’établir une dictature présidentielle, basée sur l’armée et la police, opérationnelle par un déploiement militaire massif à Washington, D.C. qui se trouve sous son contrôle direct. Lundi, il a intensifié également la pression sur les États pour qu’ils répriment les manifestations après avoir lui-même menacé d’envoyer l’armée s’ils ne réagissaient pas assez agressivement.

Tard mardi soir, Trump a montré New York du doigt, écrivant sur Twitter «on ne permet pas aux gens les plus formidables de New York d’exercer leur MAGIE, mais quoi qu’il en soit, et avec l’élan qu’on a permis à la gauche radicale et à d’autres de prendre, ils auront besoin d’aide supplémentaire» – c’est-à-dire du déploiement de l’armée sous le contrôle du président.

Le président Donald Trump flanqué de la police antiémeute dans le parc Lafayette après que celui-ci ait été nettoyé au gaz lacrymogène pour son événement médiatique devant l’église Saint John, en face de la Maison Blanche, lundi 1er juin 2020. (AP Photo/Patrick Semansky)

Dans d’innombrables déclarations publiques, les députés, les gouverneurs et les maires démocrates qui ont commenté les actions de Trump ont ignoré le caractère fasciste et dictatorial de ses actions. Ils ont au contraire surtout fait des déclarations comme quoi Trump n’agissait pas «utilement» dans le contrôle des manifestations.

«Ne réagissons pas de manière excessive», a déclaré Lori Lightfoot, maire démocrate de Chicago, en qualifiant les déclarations de Trump de «fanfaronnades». Quand on a demandé à la gouverneur du Michigan Gretchen Whitmer si elle allait demander une intervention militaire, elle a répondu que cela ne serait nécessaire que «parce qu’il [le gouvernement Trump] a jeté beaucoup d’huile sur un feu qui brûlait déjà».

Contrairement à l’héroïsme des manifestants, qui sont descendus dans la rue par dizaines de milliers au mépris des menaces de Trump, les Démocrates ont réagi par une démonstration typique d’incompétence, de lâcheté et de complicité.

Le candidat démocrate à la présidence, Joe Biden, a prononcé mardi un discours de 30 minutes plein de phrases lugubres et moralisatrices. Il a dit souhaiter que Trump ait lu la Bible, car il «aurait pu apprendre quelque chose» et l’a critiqué pour avoir fomenté «la peur et la division».

Biden a effectivement assimilé les actions des manifestants à celles du président fasciste et au déchaînement policier qu’il a incité. «Il n’y a pas de place pour la violence», a déclaré Biden. «Il n’y a pas de place pour le pillage ou la destruction de biens, ni pour l’incendie des églises ou la destruction d’entreprises… Il n’est pas non plus acceptable que notre police, qui a juré de protéger et servir tout le monde, intensifie les tensions ou recoure à une violence excessive».

Biden a évité la question politique centrale, à savoir que le président se livre à des actions illégales et cherche à renverser la Constitution américaine.

La présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, et le leader de la majorité au Sénat, Charles Schumer, ont publié une déclaration superficielle de quatre paragraphes sur le discours de la Roseraie de Trump, qui n’incluait pas le mot «armée».

«À un moment où notre pays crie à l’unification, ce Président le déchire», ont-ils déclaré. «Nous en appelpns au Président, aux forces de l’ordre et à tous ceux qui ont la responsabilité de respecter la dignité et les droits de tous les Américains.»

Faisant comme Trump lorsqu’il s’est fait prendre en photo après son discours lundi, Pelosi a prononcé devant les caméras un discours de deux minutes mardi matin en tenant une bible dans la main. «Nous espérons que le président des États-Unis suivra l’exemple de tant de présidents avant lui, celui d’être un guérisseur en chef et non celui qui attise l’incendie», a-t-elle déclaré.

Il y a seulement quatre mois s’achevait la campagne de destitution des Démocrates dans une Chambre des représentants présidée par Pelosi. La Chambre avait approuvé une mise en accusation de Trump pour «crimes et délits graves» qui se concentrait sur un appel téléphonique de celui-ci avec le président ukrainien et sur des allégations qu’il aurait retenu l’aide militaire pour ce pays, en guerre contre la Russie. Trump fut finalement acquitté par un Sénat contrôlé par les Républicains.

Les Démocrates ont considéré que le coup de téléphone en Ukraine constituait la base d’une destitution du président, mais ils font le silence sur sa tentative de déploiement illégal de l’armée sur le sol américain contre des manifestation intérieures. Ni Pelosi ni aucun autre Démocrate n’a demandé une nouvelle convocation de la Chambre ou l’introduction d’une nouvelle motion pour destituer Trump.

L’exigence de Trump de «mettre fin» à l’opposition à son gouvernement par le déploiement de soldats en service actif est manifestement illégale. Comme l’a commenté le professeur de droit de Yale Bruce Ackerman, l’année dernière:

Depuis sa fondation, la tradition constitutionnelle américaine s’oppose profondément à l’utilisation par le président de l’armée pour faire respecter le droit national. Une disposition clé, ancrée dans un statut de 1878 et ajoutée à la loi en 1956, déclare que quiconque «utilise délibérément une partie de l’armée de terre ou de l’armée de l’air» pour faire appliquer une loi au niveau national «sera condamné à une amende à ce titre ou à une peine d’emprisonnement de deux ans au maximum» – sauf si «la Constitution ou une loi du Congrès l’autorise expressément».

Comme l’a noté à plusieurs reprises le WSWS, l’objectif des Démocrates dans leur opposition à Trump au cours des trois dernières années et demie a été de mener une «révolution de palais». Dès le début de son gouvernement, les Démocrates ont travaillé à supprimer et à faire dérailler une large opposition de masse aux politiques fascistes de Trump, en la canalisant derrière leur propre campagne anti-russe réactionnaire.

Aujourd’hui, alors qu’il existe un mouvement populaire de masse contre Trump, les Démocrates entreprennent l’effort futile d’apaiser la situation. Lorsqu’ils critiquent Trump pour «attiser l’incendie», ils manifestent leur crainte d’une massive éruption sociale dans la classe ouvrière.

Depuis trois ans et demi, les Démocrates collaborent avec Trump sur les éléments essentiels de la politique intérieure de l’oligarchie financière. Dans le contexte de l’expansion de la pandémie, ils ont approuvé à l’unanimité le renflouement de Wall Street à hauteur de plusieurs milliers de milliards de dollars et ils aident à présent à mettre en œuvre la campagne de retour au travail dont il est le fer de lance.

Le Parti démocrate n’apportera absolument rien de bon. C’est un parti de Wall Street et des agences militaires et de renseignement. Il est totalement hostile aux sentiments qui animent le mouvement de protestation massif et croissant contre la violence policière, et la colère sociale des travailleurs qui le motive.

La lutte contre le régime de Trump ne peut se mener qu’à travers une mobilisation politique indépendante de la classe ouvrière. Les travailleurs doivent se mobiliser en opposition aux Démocrates, aux Républicains et à l’ensemble de l’appareil politique de l’élite industrielle et financière. La lutte contre la violence policière et le passage de Trump à la dictature présidentielle doit aller de pair avec la lutte contre l’inégalité, l’exploitation et le système capitaliste.

(Article paru d’abord en anglais 3 juin 2020)