Les réouvertures massives dans le monde entier ont accéléré la pandémie de coronavirus

Par Bryan Dyne
6 juin 2020

Les réouvertures économiques massives en Amérique, en Europe et en Asie qui ont débuté en mai ont ouvert la voie à une propagation massive de la pandémie de coronavirus au niveau international. Selon les données du Worldometer, le nombre moyen de nouveaux cas s’élève à plus de 115.000 depuis le 27 mai, un chiffre en constante augmentation depuis le 12 mai.

L’accélération de la propagation se reflète également dans le nombre de nouveaux décès chaque jour. À partir du mois d’avril, le nombre de nouveaux décès a commencé à diminuer, en raison de l’éloignement physique pris par des centaines de millions de travailleurs, d’ouvriers et de jeunes dans le monde entier. Cependant, le taux de nouveaux décès s’est maintenant stabilisé à une moyenne de 3.770, car ces personnes se sont fait contraindre petit à petit de retourner au travail, et le taux de mortalité est sur le point d’exploser à la suite des centaines de milliers de nouvelles infections.

Au moment d’écrire ces lignes, 6,7 millions de cas ont été confirmés officiellement et plus de 390.000 décès causés par le COVID-19 dans le monde. Une pluralité de cas se trouve aux États-Unis et au Brésil, qui totalisent respectivement 1,9 million et 610.000 cas, ainsi que 110.000 et 33.000 décès.

Des agents de santé de Médecins sans frontières se rendent dans un camp de squatters pour y effectuer des examens médicaux et éviter la propagation du COVID-19 à Sao Bernardo do Campo, dans la région de Sao Paulo, au Brésil, le mercredi 3 juin 2020. (AP Photo/Andre Penner)

Les gouvernements des deux pays ont également renvoyé les travailleurs dans des usines et des établissements, sous menace de congédiement. Au Brésil, on a rouvert les usines de conditionnement de la viande le 20 mai, tandis que la production automobile a repris la semaine précédente. Des centaines de travailleurs de ces installations se sont déjà fait infecter, ce qui a entraîné la propagation de la maladie dans leurs foyers et leurs communautés. Malgré cela, le président Jair Bolsonaro a décidé de procéder à la réouverture complète du pays, sous la supervision des maires locaux et des gouverneurs régionaux.

Aux États-Unis, les usines ont commencé à ouvrir encore plus tôt. Certains États, dont l’Oklahoma, le Dakota du Nord et le Nebraska, n’ont jamais subi de confinement, tandis que des États comme la Géorgie ont commencé à rouvrir la dernière semaine d’avril. Certaines industries, comme l’automobile, ont attendu la deuxième ou la troisième semaine de mai pour reprendre complètement la fabrication de leurs produits. Toutefois, on a fermé les usines seulement à la suite de grèves sauvages qui ont éclaté début avril. Les travailleurs ont débrayé après que des rapports aient fait état d’infections dans les usines automobiles.

La propagation se fait dans tous les états. Des États tels que New York, le New Jersey, le Nouveau-Mexique et le Connecticut font tous état d’une diminution du nombre de nouveaux cas quotidiens depuis les 14 derniers jours. Cependant, près de la moitié des États enregistrent une augmentation des nouveaux cas, en particulier dans les zones où la pandémie n’a pas initialement infecté de larges couches de la population. La Floride, par exemple, a connu hier son plus grand nombre de nouveaux cas jusqu’à présent, portant le nombre total de cas à plus de 60.000. Le nombre de décès dans cet État s’élève à plus de 2.600.

Le Mexique est également devenu un nouveau point chaud pour les foyers de la pandémie. Il est désormais à égalité avec les États-Unis et le Brésil pour le nombre de nouveaux décès chaque jour, et est le quatorzième pays à dépasser les 100.000 cas et le septième à dépasser les 10.000 décès. Des centaines d’entre eux ont été causées par la réouverture prématurée des ateliers de misère des maquiladoras du pays. Les entreprises automobiles et autres fabricants américains utilisent ces ateliers pour produire des pièces bon marché.

De même, en Inde, de larges pans de l’industrie ont reçu l’ordre de reprendre la production à la mi-mai, en particulier les entreprises de pièces détachées et de voitures. Même à cette époque, le nombre de cas dans le pays continuait d’augmenter, en grande partie à cause du confinement aléatoire mis en place par le gouvernement Modi en avril. Ce dernier a piégé des millions de travailleurs migrants dans les bidonvilles déjà surpeuplés et insalubres de Mumbai, Delhi, Bangalore, Hyderabad et d’autres villes. Les actions du gouvernement Modi ont fait monter en flèche le nombre de cas et de décès officiels en Inde. Ils s’élèvent actuellement à 226.000 et 6.309, respectivement, et augmentent de manière exponentielle.

Les épidémies dans ces pays et dans bien d’autres soulignent les avertissements que l’Organisation mondiale de la santé a lancés à plusieurs reprises. Elle a mis en garde contre la réouverture sans la mise en place d’un système de tests de masse, de recherche des contacts et d’isolement. Sans un tel système, on ne peut pas lutter efficacement contre le coronavirus. Hans Kluge, le directeur européen de l’OMS a récemment déclaré: «Une deuxième vague peut être évitée. Mais un nombre croissant de nations lèvent toutes les restrictions sans prendre des précautions et ainsi une menace certaine existe de réapparition de l’infection de COVID-19. Si ces épidémies ne sont pas isolées, une deuxième vague pourrait se produire et elle pourrait être très destructrice».

Même cette déclaration est en retard sur son temps. La première vague de la pandémie, en termes mondiaux, n’a jamais vraiment diminué et fait maintenant des ravages dans certaines des régions les plus pauvres du monde. L’Asie du Sud, ainsi que l’Afrique, se sont fait dévaster non seulement par le coronavirus, mais aussi par de puissants typhons et des essaims massifs de criquets pèlerins.

Kluge a également noté: «Nous n’avons toujours ni de vaccin ni de remède pour le COVID-19». Anthony Fauci, le directeur de l’Institut national des allergies et des maladies infectieuses aux États-Unis, a publié des déclarations similaires, mercredi. Il a averti que, bien que cela soit possible qu’un vaccin soit disponible l’année prochaine, rien ne prouve qu’une immunité puisse durer.

Lors d’un entretien avec le rédacteur en chef du «Journal of the American Medical Association» (JAMA), Howard Bauchner, Fauci a expliqué la question d’immunité. Il a dit: «Si, vous analysez l’histoire des coronavirus. Par exemple: les coronavirus communs qui causent le rhume. Vous allez trouver les rapports dans la littérature qui notent que la durabilité de l’immunité protectrice va de trois à six mois à presque toujours moins d’un an». Fauci a commenté: «Ce n’est pas beaucoup de durabilité et de protection».

Les réouvertures ont également lieu parallèlement aux protestations de masse aux États-Unis et dans le monde entier contre le meurtre par la police de George Floyd et les mesures dictatoriales prises par le président Donald Trump. Alors que de nombreux manifestants portent des masques pour tenter de se protéger de la maladie, les grandes foules, qui chantent et se tiennent la main, sont idéales pour que la contagion se propage rapidement. George Floyd lui-même était infecté lorsqu’il a été tué, comme l’a montré son autopsie.

Les manifestations deviennent également un prétexte pour fermer des sites de test en Californie, en Floride, dans l’Illinois, en Pennsylvanie et ailleurs. Le dépistage de la maladie est une étape cruciale pour contenir les épidémies et c’est le seul moyen de savoir objectivement jusqu’où la pandémie s’est étendue.

Une diminution des tests permet également de réduire artificiellement le nombre de cas, ce qui peut à son tour être utilisé pour justifier de nouvelles réouvertures. Dans un cas pratiquement ignoré par les médias nationaux, le travailleur qui a développé la base de données sur les coronavirus en Floride s’est fait licencier le mois dernier pour avoir refusé de manipuler les données afin de faire croire que l’État avait atteint le seuil de sécurité pour rouvrir. Comme les tests deviennent moins courants, alors cela devient plus facile de présenter de fausses données comme légitimes.

(Article paru en anglais le 5 juin 2020)