La pandémie s’intensifie mais la Maison Blanche poursuit sa campagne de retour au travail

Par Kate Randall et Andre Damon
15 juin 2020

Il est maintenant incontestable que la campagne menée par la Maison Blanche et les grandes entreprises pour rouvrir prématurément les entreprises a entraîné une augmentation des infections de COVID-19 dans l’ensemble des États-Unis.

Entre le 6 et le 9 juin, le nombre moyen de nouveaux cas a augmenté de 36 pour cent aux États-Unis, comme l’indique une statistique d’un rapport fuité des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC). La journée de vendredi a connu avec 27.221 cas le plus grand nombre de nouveaux cas depuis le 21 mai. Au niveau mondial, les nouveaux cas ont atteint le nouveau record de plus de 140.000 cas.

Vingt et un États ont signalé une augmentation du nombre de nouveaux cas la semaine dernière, notamment en Arizona, en Floride, au Texas, dans l’Utah, en Caroline du Nord et en Californie. Les hôpitaux de l’Arizona ont déjà presque atteint leur pleine capacité.

Avec les taux de mortalité quotidiens actuels, qui tournent autour de 1.000 par jour, le pays comptera plus de 200.000 décès dus au coronavirus d’ici la fin de l’été.

Mais l’augmentation du nombre de cas entraînera inévitablement une augmentation du nombre de décès.Si la réaction tardive de la Maison Blanche à la pandémie a déjà entraîné, selon une étude, la perte de plus de 50.000 vies, le retour prématuré au travail et l’abandon de tous les efforts pour contenir la maladie entraîneront des dizaines voire des centaines de milliers de morts supplémentaires.

Malgré la montée désastreuse de la maladie dans tout le pays et à l’international, la Maison Blanche, les gouverneurs et les chefs d’entreprise insistent pour dire qu’il n’y aura pas de retour aux mesures d’urgence pour contenir la maladie.

Les États-Unis «ne peuvent pas fermer l’économie à nouveau», a déclaré jeudi le secrétaire au Trésor, Mnuchin, faisant écho à la déclaration du président Donald Trump le mois dernier selon laquelle «que ce soit une braise ou une flamme… nous ne fermons pas notre pays».

Le gouverneur de l’Arizona, Doug Ducey, un républicain, a déclaré qu’un second verrouillage d’urgence n’était «pas en discussion». Le gouverneur de Californie Gavin Newsom, un démocrate, a promis de poursuivre la réouverture de l’économie, même si « nous anticipons une augmentation du nombre total de cas positifs.»

La semaine dernière, le Texas a enregistré trois jours consécutifs de nombres record de patients hospitalisés avec le COVID-19. Vendredi, les restaurants y ont reçu l’autorisation d’agrandir leurs salles pour atteindre presque leur pleine capacité. Le gouverneur Greg Abbott a clairement indiqué qu’il n’avait pas l’intention de remettre des restrictions en place.

Vendredi, le ministère de la Santé de Floride a signalé un nombre record de 1.902 nouveaux cas de coronavirus. Malgré ces chiffres, le gouverneur, Ron DeSantis, a dévoilé un plan pour redémarrer les écoles publiques à «pleine capacité» à l’automne.

Ces déclarations sont reprises par la presse. Dans un éditorial publié vendredi, le Wall Street Journal a déclaré, sans détours: «D’autres infections sont inévitables avec la réouverture des États», mais il n’existait «aucune alternative à l’ouverture».

Niant l’évidence, le directeur du Conseil économique national (NEC), Larry Kudlow, a insisté vendredi pour dire que «la crise n’existe pas. La deuxième vague non plus». Venant de l’homme qui a déclaré en février que les États-Unis avaient «contenu» la pandémie «de manière assez proche de l’étanchéité», de telles déclarations n’ont aucun sens.

Les déclarations de Kudlow et Mnuchin n’ont qu’un seul but: rassurer Wall Street que, quoi qu’il arrive, la campagne de retour au travail ne sera pas perturbée et les travailleurs seront forcés de travailler sinon il leur fallait s’attendre à être licenciés.

Depuis le début de la pandémie, les intérêts de Wall Street ont dicté toutes les actions entreprises par la classe dirigeante. Après n’avoir pris aucune mesure pour protéger la vie de la population, le gouvernement Trump, avec le soutien de l’ensemble de l’establishment politique, a mis en place pour les riches le plus grand plan de sauvetage gouvernemental de l’histoire.

On a renfloué les entreprises et les banques à hauteur de milliers de milliards de dollars, et la Réserve fédérale a clairement indiqué que le robinet de l’argent resterait ouvert indéfiniment.

L’injection de liquidités dans le marché boursier nécessite une extraction toujours plus importante de plus-value de la classe ouvrière. Une fois le renflouement assuré, toutes les mesures visant à contenir la propagation du virus, des fermetures aux mesures obligatoires de distanciation sociale, ont simplement été abandonnées comme des entraves à la réalisation de profits.

La campagne visant à imposer une reprise de la production a fait que des lieux de travail comme les installations de conditionnement de la viande, les usines de transformation des aliments et autres unités de fabrication sont devenus des foyers de propagation. Cela poussera les travailleurs dans une collision avec des entreprises déterminées à reprendre la production.

Mais l’opposition des travailleurs à ces conditions dangereuses s’accroît rapidement dans tout le pays. Des centaines de travailleurs du secteur de l’emballage de la viande à Logan, dans l’Utah, ont manifesté mercredi après-midi pour demander la fermeture de leur usine où plus de 20 pour cent de la main-d’œuvre a testé positif au COVID-19. Mardi matin, les travailleurs du nettoyage de Philadelphie ont manifesté devant l’hôtel de ville pour exiger des équipements de protection, l’accès à des tests réguliers et des primes de risque.

L’impact de la campagne de retour au travail s’ajoutera à l’énorme crise sociale produite par le chômage de masse et l’austérité, la classe dirigeante cherchant à utiliser cette crise pour restructurer les relations de classe et accroître l’exploitation.

C’est une résistance organisée de la classe ouvrière qui doit contrer la politique de la classe dirigeante. Cela nécessite la formation de comités de sécurité indépendants sur chaque lieu de travail pour superviser et appliquer les mesures nécessaires à la protection de la santé et de la vie des travailleurs.

Le développement de telles organisations doit être lié à la mobilisation de l’ensemble de la classe ouvrière contre l’administration Trump. Comme l’a écrit le WSWS le 25 mai, «C’est pour cette raison que la lutte contre la pandémie doit être menée non seulement sur le front médical, mais aussi sur le front politique. La lutte contre le COVID-19 est inséparable de la lutte la plus large possible contre les politiques criminelles du gouvernement Trump et de ses facilitateurs du Parti démocrate».

Les conséquences de ces politiques criminelles se manifestent aujourd'hui dans tout le pays.

Au cours des deux dernières semaines, des centaines de milliers de personnes ont manifesté pour protester contre le meurtre brutal de George Floyd par la police. Le gouvernement Trump est responsable de la mort de dizaines de milliers de personnes et sera responsable de la mort de centaines de milliers d’autres. Comme pour la lutte contre la violence policière, la lutte contre la pandémie est en même temps un combat de toute la classe ouvrière contre l’oligarchie financière et le système de profit capitaliste.

(Article paru d’abord en anglais 13 juin 2020)