Les ‘groupes de travail’ Sanders-Biden et la débâcle de la «révolution politique» de Sanders

Par Genevieve Leigh
13 juillet 2020

En révélant les propositions du ‘groupe de travail conjoint’ Sanders-Biden pour la plate-forme 2020 du Parti démocrate, Sanders a enfoncé le dernier clou dans le cercueil de sa prétendue «révolution politique».

La première annonce de l’initiative de ce groupe de travail commun a eu lieu lorsque Sanders a donné son aval à Biden à la mi-avril. Les groupes de travail se composaient de membres dirigeants des campagnes de Sanders et de Biden, dont deux membres des démocrates-socialistes d’Amérique: Alexandria Ocasio-Cortez et Sara Nelson, présidente de l’Association des hôtesses et stewards (CWA). Cette initiative visait à promouvoir «l’unité du parti» avant les élections.

Le résultat de la collaboration entre Biden et Sanders n’est rien moins qu’une répudiation totale de tous les piliers centraux de la campagne de Sanders et cela au milieu de la plus grande catastrophe sociale et économique de l’histoire des États-Unis.

Le plan «Medicare pour tous» notamment [Medicare est l’assurance maladie minimale pour les retraités], une mesure phare de Sanders, est absente des propositions. Elle est remplacée par des appels à «rouvrir les marchés de la Loi sur les soins abordables» et à offrir une option publique. La baisse de l’âge d’éligibilité à Medicare, de 65 à 60 ans, est censé servir de feuille de vigne «progressiste» de Biden pour les soins de santé. Il y a quatre ans, la campagne d’Hillary Clinton avait demandé l’abaissement à 50 ans de l’âge d’éligibilité à Medicare.

Parmi les autres politiques emblématiques abandonnées de la campagne de Sanders, il y a la garantie d’emploi au niveau fédéral; son ‘Pacte vert’; la gratuité de l’inscription à l’université; et l’abolition de l’agence de contrôle des frontières ICE (Immigration and Customs Enforcement).

Au lieu de cela, les recommandations, non contraignantes, pour le programme du Parti démocrate consistent en platitudes sur une garantie d’«équité» pour tous les Américains et en réformes politiques mineures que le Parti démocrate n’a aucune intention d’appliquer.

La plate-forme du Parti démocrate n’a de toute façon aucune importance pratique. De nombreux jeunes et travailleurs se rappelleront que quand Sanders avait soutenu Hillary Clinton, il avait clamé qu’elle et le parti avaient adopté «la plate-forme la plus progressiste de l’histoire».

Sanders, qui s’avère être en temps réel la «pom-pom girl» la plus enthousiaste du Parti démocrate, sort une fois de plus ses «pom-poms» à l’approche des élections de 2020. Après l’annonce des dernières propositions, Sanders est allé jusqu’à prédire que Biden pourrait devenir le «président le plus progressiste» depuis Franklin D. Roosevelt.

Qui pense-t-il tromper? Biden a pendant près de 50 ans exécuté les diktats de la classe dirigeante. Il a soutenu la guerre en Irak et la fin des restrictions à la spéculation financière imposées par la Loi Glass-Steagall. Il a contribué à faire voter des lois menant à l’incarcération massive des couches les plus pauvres et les plus opprimées de la population. S’il est élu, un gouvernement Biden – avec la participation de nombreux acteurs de l’initiative «unité» – présidera à une intensification de l’austérité, à de nouvelles attaques des droits démocratiques et à une extension de la guerre et du militarisme.

La prosternation de Sanders devant la campagne Biden était tout à fait prévisible et conforme à la nature de sa campagne. Comme la réalité a démontré très clairement la nécessité du socialisme, Sanders lui, a réagi en allant encore plus vers la droite.

Les événements des quatre derniers mois en particulier méritent d’être passés en revue.

Le dernier acte de la campagne de Sanders a été son vote au Sénat, le 25 mars, en faveur des plus de deux mille milliards de dollars de la Loi CARES. Avant de donner son «oui», Sanders l’a saluée comme une bénédiction pour les travailleurs. En réalité, c’était un gaspillage de fonds publics en faveur de l’Amérique patronale permettant d’allouer six mille milliards de dollars au maintien à flot du marché boursier et de couvrir toute perte encourue par la grande entreprise.

Le 8 avril, alors que les cas de coronavirus atteignaient aux États-Unis leur premier pic et que les hôpitaux étaient débordés, Sanders a annoncé qu’il abandonnait la course, et il a eu sa discussion à plat-ventre avec Biden le 13 avril.

Sa capitulation devant Biden fut suivie d’une interview avec l’Associated Press où il calomnia comme «irresponsable» tous ceux de ses partisans qui ne faisaient pas campagne pour Biden. Un jour plus tôt, Biden avait adopté la campagne de «retour au travail» de Trump, alors que le nombre de morts du COVID-19 atteignait les 10.000 aux États-Unis.

Peu après, d’ex-hauts conseillers de la campagne Sanders ont exploité sa structure organisationnelle pour lancer un nouveau super Comité d’action politique «Future to Believe In» (un avenir auquel on peut croire) afin d’orienter des ressources vers l’élection de Biden.

Le 23 mai, alors que le nombre de morts du COVID-19 approchait les 100.000 et que la richesse des super-riches était en plein essor, l’équipe politique de Sanders lançait la menace à ses délégués qu’ils seraient démis de leurs fonctions s’ils critiquaient Biden ou d’autres dirigeants du Parti démocrate.

Deux jours plus tard, George Floyd était brutalement assassiné par la police, déclenchant des manifestations multiraciales et multiethniques massives contre la brutalité policière aux États-Unis et dans le monde. En réponse à ces manifestations, Trump tenta un coup d’État en mobilisant des troupes en service actif pour réprimer les manifestations et établir une dictature présidentielle.

En réponse à ces événements, Sanders a gardé le silence. Lorsqu’il a finalement dit quelque chose sur la situation, ce fut pour demander que les policiers reçoivent des augmentations de salaire.

Aujourd’hui, conséquence directe de la politique bipartite du gouvernement, la pandémie échappe à tout contrôle. Cette semaine, ont été annoncés plus de 375.000 nouveaux cas de coronavirus aux États-Unis, soit plus que le nombre des cas signalés en février, mars et la première semaine d’avril réunis. Des travailleurs font la queue pendant plus de cinq heures dans des États comme la Floride et l’Arizona juste pour recevoir un test. De nombreux États approchent de la capacité d’accueil des Unités de soins intensifs.

Plus de 1,3 million de personnes ont déposé une demande de chômage pour la première fois la semaine dernière. C’est la quinzième semaine consécutive où les nouvelles demandes de chômage dépassent le million et plus de six fois le nombre de personnes ayant déposé une demande la même semaine l’an dernier. En outre, la pression s’accroît pour que les écoles poursuivent une réouverture inconsidérée à l’automne et une résistance massive se prépare dans des sections clés de la classe ouvrière industrielle.

C’est dans ces conditions que Sanders a choisi de publier ses propositions dites «d’unité».

Les actes de Sanders montrent quelle est sa fonction politique : maintenir l’opposition sociale sous le contrôle du Parti démocrate. Comme l’a écrit la WSWS en février 2016: «Sanders ne vise pas à créer une “révolution”, comme il l’affirme dans ses discours de campagne, mais à l’empêcher».

D’innombrables groupes au sein et autour du Parti démocrate, notamment les Socialistes démocrates d’Amérique (DSA), ont passé les cinq dernières années à promouvoir des illusions dans la campagne de Sanders. Depuis la fin de celle-ci, le DSA a organisé des dizaines de réunions «téléphoniques» pour exhorter les travailleurs et les jeunes à ne pas quitter le Parti démocrate. «Finalement», expliquent-ils, «une telle rupture sera nécessaire, mais pas maintenant». Dans la campagne de Sanders, ils ont également révélé leur propre faillite.

Les travailleurs et les jeunes doivent tirer les leçons nécessaires de l’expérience Sanders. Il ne s’agit pas, au fond, de prouver la faillite de Sanders comme individu, mais plus fondamentalement, celle de la perspective politique dont il est un des représentants, celle du réformisme. Chaque pays capitaliste avancé a sa propre variété de Sanders. En Grande-Bretagne, on a eu le «Corbynisme», en Grèce l’expérience Syriza et en Espagne, celle avec Podemos.

L'attitude du SEP envers la campagne Sanders et ses semblables à l’international, est basée sur une analyse marxiste scientifique et historique qui ne part pas de ce que les tendances politiques ou les individus disent d'eux-mêmes, mais de leur histoire, de leur programme et des intérêts de classe qu'ils représentent.

La seule façon pour la classe ouvrière d’avancer est de se fonder sur une politique véritablement révolutionnaire – pas une soi-disant « révolution politique» pour promouvoir le Parti démocrate, mais une révolution socialiste pour renverser le capitalisme.

Le Parti de l’égalité socialiste mène sa propre campagne présidentielle pour élire Joseph Kishore et Norissa Santa Cruz à la présidence et à la vice-présidence des États-Unis. Nous menons notre campagne afin de faire connaître notre programme et notre perspective internationale au plus grand nombre possible de travailleurs et de jeunes, tant aux États-Unis que dans le monde. Nous appelons tous les travailleurs et les jeunes à se joindre à cette campagne et à soutenir ce combat.

(Article paru d’abord en anglais 11 juillet 2020)