Le président Trump envoie les forces de police fédérales dans les grandes villes américaines

Par Kevin Reed
22 juillet 2020

S’adressant à des journalistes dans le bureau ovale lundi, le président Trump a loué les enlèvements de manifestants par des agents fédéraux non identifiés à Portland, Oregon ; un «travail fantastique» selon lui. Il a juré d’envoyer des groupes de maintien de l’ordre similaires à New York, Chicago, Philadelphie, Detroit, Baltimore et Oakland.

En réponse à des questions sur des informations que la Maison-Blanche enverrait 175 troupes fédérales dans plusieurs villes, Trump a déclaré: «Eh bien, cela dépend de votre définition du mot “troupes”. Je veux dire, nous envoyons des forces de l’ordre».

Il a poursuivi en disant : «Je vais faire quelque chose, ça je peux vous le dire. Parce que nous n’allons pas laisser New York, Chicago, Philadelphie, Detroit, Baltimore et tout le reste – Oakland est un gâchis. Nous n’allons pas tolérer que cela se produise dans notre pays – toutes des villes dirigées par des Démocrates libéraux».

Parlant des policiers fédéraux à Portland, Trump a dit: «Ils sont là depuis trois jours. Ils ont vraiment fait un travail fantastique en peu de temps. Pas de problème. Ils attrapent beaucoup de gens et emprisonnent les meneurs.»

Sans présenter aucune preuve pour étayer ses affirmations, Trump a tenté de présenter les manifestants de Portland comme des criminels. «Les gens disent manifestants, ces gens sont des anarchistes, des gens qui détestent notre pays et nous n’allons pas permettre que cela continue et je vais vous dire. Le gouverneur, le maire, les sénateurs, ils ont peur de ces gens. C’est la raison pour laquelle ils veulent que nous les aidions. Ils ont peur. Je crois qu’ils ont peut-être même peur physiquement de ces gens, parce que ce qu’ils font est incroyable».

«Nous ne sommes pas juste allés là-bas. Ce n’est pas comme si ça avait commencé tout de suite. Nous avons attendu 51 jours. Nous avons dit: “Nous ne pouvons pas laisser cela se reproduire”. Mais ce sont des anarchistes».

Le Chicago Tribune a rapporté lundi que le Département de la sécurité intérieure (DHS) envoyait 150 agents à Chicago cette semaine. Selon des sources anonymes citées par l’article du Tribune, des agents des Enquêtes de sécurité intérieure (HSI), une unité de l’agence de contrôle de l’immigration ICE, ont été envoyés à Chicago pour aider les forces de l’ordre locales à lutter contre la criminalité. Ces sources n’ont pas précisé ce que ces agents feraient à Chicago.

CNN a également rapporté qu’un haut responsable des forces de l’ordre, qu’on n’a pas nommé, avait confirmé que des plans existaient pour déployer des agents fédéraux à Chicago jusqu’à la fin de l’été. «Les agents se concentreront sur les ventes illégales d’armes à feu et la violence armée, ainsi que sur les mandats d’arrêt en cours, entre autres cibles, selon l’une des sources. Les deux sources ont indiqué qu’une annonce pourrait être faite dans les prochains jours», a déclaré CNN.

Colleen Connell, directrice exécutive de l’ACLU de l’Illinois, a condamné les actions du gouvernement Trump: «Ne vous y trompez pas: les troupes fédérales de Trump ne seront pas une force constructive à Chicago. Comme nos collègues l’ont vu à Portland, les forces secrètes de Trump terroriseront les communautés et créeront le chaos. Il ne s’agit pas là d’ordre. C’est une attaque contre la population de ce pays et contre le Premier amendement [de la Constitution] qui protège spécifiquement les manifestations et la presse».

Le secrétaire d’État à la sécurité intérieure (DHS) par intérim, Chad Wolf, a été clair sur le fait que le président lui-même avait envoyé les agents fédéraux. Il a déclaré à Fox News: «Mettre la politique au-dessus de la sécurité publique n’aura pas juste un effet néfaste à court terme ici, mais aussi à long terme. Le président a été très clair – une fois de plus, dans ces grandes villes métropolitaines… si vous ne faites pas votre travail, à un moment donné, nous devrons prendre des mesures pour nous assurer que ces communautés soient en sécurité».

D’autres preuves de la violence exercée contre des manifestants pacifiques à Portland ont fait surface lundi. Un habitant de Portland de 53 ans, Christopher David, s’est fait attaquer par des agents fédéraux avec des matraques et un irritant chimique.

David, diplômé de l’Académie navale américaine et ancien membre du corps du génie civil de la marine, a déclaré au Washington Post qu’il s’était rendu dans le centre-ville de Portland samedi soir pour demander aux policiers: «Pourquoi ne respectez-vous pas votre serment?» et «Pourquoi ne respectez-vous pas votre serment à la Constitution?» David a fini à l’hôpital avec deux os de la main fracturés.

Comme le «World Socialist Web Site» l’a expliqué ici, hier, Trump a profité des manifestations en cours à Portland, une ville et un État contrôlés par le Parti démocrate, pour tester des méthodes de répression policière et attaquer la Constitution. L’utilisation de forces fédérales dans les grandes villes américaines – dans certains cas à la demande d’associations de policiers en contradiction avec la politique des responsables élus – est à la fois une violation des droits constitutionnels des manifestants et une usurpation de l’autorité des municipalités et des gouvernements des États.

Les résultats des sondages de Trump pour sa réélection s’effondrant en raison de la crise économique, sociale et sanitaire catastrophique à laquelle font face des millions de gens du à la pandémie, Trump prend des mesures d’extrême droite pour tenter de dynamiser sa base fasciste, en particulier dans la police et les forces paramilitaires fédérales comme celles de l’ICE.

L’envoi de forces de police fédérales – opérant à partir de véhicules banalisés et qui «attrapent beaucoup de gens et mettent les meneurs en prison» – dans les grandes villes américaines est une nouvelle étape sans précédent vers une dictature présidentielle aux États-Unis. Il est très significatif qu’une des sources anonymes du DHS ait dit au Chicago Tribune que les agents de l’HSI, une unité spéciale de l’Immigration et du contrôle douanier (ICE), vouée à la lutte contre les organisations criminelles, ne seront pas impliqués dans les affaires d’immigration à Chicago.

Comme on pouvait s’y attendre, aucun des dirigeants Démocrates ayant réagi à l’annonce de Trump ne l’a considérée comme une menace pour les droits démocratiques fondamentaux.

La maire Démocrate de Chicago, Lori Lightfoot, a critiqué Trump pour avoir dit «beaucoup de choses désobligeantes sur la ville de Chicago. Il aime nous utiliser comme un “punch bag” politique». Puis, acceptant essentiellement la raison frauduleuse donnée par Trump pour envoyer des agents de la HSI à Chicago, il a déclaré: «Mais si le président était vraiment déterminé à nous aider à faire face à notre violence, il ferait certaines choses faciles à faire».

Dans le Michigan, la gouverneure Gretchen Whitmer a qualifié l’envoi de la police fédérale à Detroit de problème racial. «Très franchement, le président ne sait pas la moindre chose sur Detroit. Si c’était le cas, il saurait que depuis près de deux mois maintenant, les habitants de Detroit se rassemblent pour protester pacifiquement contre le racisme et la discrimination systémiques auquels les Noirs américains sont confrontés chaque jour», a-t-elle déclaré.

Rashida Tlaib, une députée au Congrès du Parti démocrate, dont la circonscription se trouve dans l’ouest de Detroit, a déclaré sur Twitter: «Ils devront d’abord m’arrêter moi, s’ils pensent qu’ils vont mettre illégalement la main sur mes habitants».

Le maire Démocrate de Philadelphie, Jim Kenney, a déclaré que le plan de Trump était «erroné à de nombreux égards», ajoutant: «Envoyer des agents fédéraux pour surveiller des villes américaines qui n’ont pas demandé une telle aide ne peut qu’entraver le travail des gouvernements locaux et exacerber des tensions déjà extrêmes dans ces villes. Et cibler des villes dirigées par des maires Démocrates est clairement une politisation des ressources fédérales qui devrait scandaliser tous les contribuables».

Comme lors de la tentative de coup d’État militaire de Trump en juin – qui n’a déraillé que parce que les hauts responsables du Pentagone estimaient qu’elle n’était ni suffisamment préparée ni déjà nécessaire – les Démocrates craignent l’émergence d’un mouvement révolutionnaire de masse de la classe ouvrière bien plus que les visées autoritaires de la Maison-Blanche.

Seule la classe ouvrière, s’appuyant sur sa propre organisation politique indépendante et armée d’un programme socialiste révolutionnaire visant à mettre fin au capitalisme dans le monde, peut défendre les droits démocratiques et stopper une descente de la société américaine dans la dictature et la guerre mondiale.

(Article paru d’abord en anglais 21 juillet 2020)