La fonte de la calotte glaciaire de l'Antarctique pourrait s'accélérer rapidement et entraîner une élévation catastrophique du niveau de la mer

Par Philip Guelpa
28 juillet 2020

Les effets d'un réchauffement climatique induit par l'homme, dû à l'accumulation de gaz à effet de serre dans l'atmosphère, s'accélèrent à travers le monde. Ils sont particulièrement évidents près des pôles, où le réchauffement progresse plus rapidement qu'aux basses latitudes, en raison de ce que l'on appelle l'amplification polaire, causée par la plus grande réflexion de l'énergie solaire par la neige et la glace de couleur plus claire que par la terre et l'eau plus foncées. À mesure que la neige et la glace fondent, le rapport entre la surface plus claire et la surface plus sombre se déplace vers cette dernière, créant une boucle de rétroaction positive, ce qui augmente encore le taux de fonte.

Au nord, la vague de chaleur dans l'Arctique sibérien a des conséquences dévastatrices pour les habitants de la région. Des éléments indiquent également que la fonte du pergélisol de la région libère de grandes quantités de méthane, un gaz à effet de serre encore plus puissant que le dioxyde de carbone, ce qui accélérera considérablement le réchauffement climatique.

Dans le sud, des recherches récentes révèlent que les énormes calottes glaciaires de l'Antarctique fondent à un rythme de plus en plus rapide, et cela devrait s'accélérer encore plus à l'avenir. L'afflux d'eau, auparavant séquestrée sous forme de glace, dans les océans du monde entier, qui en résultera, fera monter le niveau des mers de façon spectaculaire, ce qui pourrait entrainer des conséquences catastrophiques pour l'humanité.

Vulnérabilité à l'élévation du niveau de la mer aux États-Unis continentaux (Source: USGS)

Déjà, entre 2003 et 2019, une étude de la NASA a révélé que les calottes glaciaires de l'Antarctique et du Groenland réunies avaient perdu respectivement 118 gigatonnes (une gigatonne est un milliard de tonnes métriques) et 200 gigatonnes de glace par an. Ce total est suffisant pour remplir le lac Michigan et a provoqué une augmentation de près de 1,5 cm du niveau de la mer. À lui seul, le Groenland contient suffisamment de glace pour faire monter le niveau des mers jusqu'à 7 mètres. Si toute la glace de l'Antarctique devait fondre, cela ferait monter le niveau des mers d'environ 60 mètres supplémentaires. Si tous les glaciers et calottes glaciaires du monde devaient fondre, de vastes étendues de terre seraient inondées, provoquant des déplacements massifs de populations humaines et des perturbations économiques incalculables.

On estime actuellement que si les tendances actuelles de fonte se poursuivent, le niveau des mers pourrait s'élever d'environ 1 à 2,4 mètres d'ici la fin du siècle. Le danger ne réside pas seulement dans la quantité de terres qui seraient submergées, mais aussi dans la vitesse à laquelle cela se produirait.

Des recherches récentes menées par des scientifiques du Scott Polar Research Institute de l'université de Cambridge, à partir de données géologiques recueillies par des submersibles télécommandés, ont révélé qu'à la fin de la dernière période glaciaire (Pléistocène), il y a environ 12.000 ans, les calottes glaciaires de l'Antarctique se sont retirées (c'est-à-dire ont fondu) à un rythme pouvant atteindre 50 mètres par jour, soit 10 kilomètres par an. C'est environ 10 fois plus rapide que le taux maximum actuellement observé et dépasse largement les projections de fonte potentielle qui ont été faites précédemment.

Les chercheurs de Cambridge avertissent que si la température mondiale continue à augmenter, le taux beaucoup plus élevé de fonte du Pléistocène tardif pourrait être atteint à nouveau. Si cela devait se produire, ou même être approché, l'accélération conséquente du taux d'augmentation du niveau de la mer au niveau mondial serait vraiment catastrophique. Des centaines de millions de personnes pourraient être déplacées, dans une situation où il y aurait peu de temps pour effectuer les ajustements nécessaires dans les zones d'accueil, ce qui éclipserait largement les effets de la crise actuelle des réfugiés.

La recherche scientifique indique déjà que la concentration de dioxyde de carbone, gaz à effet de serre, dans l'atmosphère est à son niveau le plus élevé depuis 800.000 ans, avant le début de la première grande avancée glaciaire du Pléistocène. Cependant, une découverte récente, publiée dans GeoScienceWorld, suggère que la concentration actuelle de dioxyde de carbone dans l'atmosphère est non seulement plus élevée qu'à n'importe quel moment de l'histoire de l'humanité ou à n'importe quel moment des intervalles chauds (interglaciaires) du Pléistocène (allant de 2,58 millions d'années à 12.000 ans), mais aussi la plus élevée depuis au moins 23 millions d'années. Dans les deux cas, il est clair que la fonte des glaciers et de la calotte glaciaire du monde va se poursuivre et s'accélérer.

Le monde si la glace du Groenland et de l'Antarctique fondait. Source: Usager Reddit page_of_space

Dans l'ensemble, la fonte des glaces terrestres de toutes origines ajoute chaque année 750 gigatonnes d'eau aux océans du monde. Cela provoque à la fois une inondation lente et permanente des zones côtières et une inondation temporaire pendant les tempêtes et les cycles de marée (appelée «inondation des jours ensoleillés»). Ces effets sont déjà perceptibles dans de nombreuses régions du monde. Dans le sud-est des États-Unis, l'ensemble des côtes de l'Atlantique et du Golfe sont vulnérables à des degrés divers d'inondation. Un certain nombre de zones de la côte Pacifique sont également modérément à fortement vulnérables.

Une nouvelle étude de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) rapporte que les inondations à marée haute (plus d'un demi-mètre au-dessus de la marée haute normale) ont été multipliées par cinq dans certaines villes des côtes de l'Atlantique et du Golfe depuis 2000, causant des dommages aux bâtiments et aux infrastructures, tels que les réseaux d'aqueduc et d'égouts. D'ici 2030, la NOAA estime que le nombre de ces incidents pourrait doubler ou tripler. Dans l'ensemble, le niveau de la mer était environ 33 centimètres plus élevé en 2019 qu'en 1920.

Dans la seule ville de New York, qui compte 837 kilomètres de côtes, les dégâts des inondations annuelles dues à l'élévation potentielle du niveau de la mer s'élèveraient, selon certaines estimations, à 25 milliards de dollars. Jusqu'à présent, seul un nombre très limité de projets de protection contre les inondations, couvrant une fraction du littoral de la ville, ont même atteint le stade de la planification. Un événement, la tempête Sandy, survenu en 2012 et qui a provoqué l'inondation de vastes zones de faible élévation, a causé environ 19 milliards de dollars de dommages à la ville seule et 70 milliards de dollars au total.

Comme pour la pandémie de COVID-19, le changement climatique constitue une crise existentielle pour l'humanité qui ne peut être contrée que par un effort unifié, coordonné et scientifiquement dirigé, rassemblant toutes les ressources du monde. Seule la classe ouvrière a le pouvoir de contrer cette situation catastrophique. Les travailleurs, confrontés aux ravages du capitalisme, s'insurgent déjà contre les politiques homicidaires de la classe dominante. Ce qu'il faut, c'est que ce mouvement adopte un programme socialiste qui donnera la priorité à la santé, à la sécurité et au bien-être des gens plutôt qu'aux profits de l'élite dirigeante.

(Article paru en anglais le 27 juillet 2020)