États-Unis : une analyse fait état de 54.000 «décès excédentaires», indiquant un nombre de 200.700 décès dus au virus

Par Kate Randall
13 août 2020

Plus de 165.000 Américains sont aujourd’hui morts du coronavirus, selon les données de l’université Johns Hopkins. Les États-Unis ont publié au début de ce mois la sinistre statistique de 5 millions de cas de COVID-19. Aussi horribles que soient ces chiffres, une nouvelle analyse montre que le nombre de décès dus au coronavirus est probablement largement sous-estimé.

Les données des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) analysées par le New York Times révèlent que 200.700 personnes sont mortes entre le 15 mars, date à laquelle la pandémie s’est installée, et le 25 juillet. Ce chiffre est supérieur de 54.000 au nombre de décès confirmés, en moyenne, pour la même période au cours des trois années précédentes. Les décès excédentaires dans l’analyse sont arrondis à la centaine la plus proche.

Le CDC définit ces 54.000 «décès excédentaires» comme «la différence entre le nombre de décès observés au cours de périodes spécifiques et le nombre de décès attendus au cours des mêmes périodes». L’analyse indique clairement que ces décès excédentaires sont l’œuvre du virus même ou des conditions déclenchées par le bouleversement résultant de la pandémie.

Le Times a examiné les chiffres du CDC pour les décès de toutes causes, en ajustant les registres de décès actuels pour tenir compte des retards de déclaration habituels. Cela permet d’établir des comparaisons qui ne dépendent pas de la disponibilité des tests COVID-19 dans un endroit donné ou de l’exactitude des rapports sur les causes de décès. Les épidémiologistes s’accordent généralement pour dire que l’évaluation de la surmortalité est le meilleur moyen d’évaluer l’impact de la pandémie.

On place un cercueil dans un corbillard le 18 avril 2020 à Dawson, en Géorgie (AP Photo/Brynn Anderson)

Les taux de mortalité supérieurs à la normale sont très répandus dans la grande majorité des États américains. Seuls l’Alaska, Hawaii, le Maine et la Virginie occidentale ont un nombre de décès qui semble similaire à celui des dernières années. Jusqu’au 25 juillet, l’analyse du Times montre qu’il y a eu environ 37 pour cent de surmortalité aux États-Unis par rapport au nombre officiel de décès dus aux coronavirus.

La ville de New York, épicentre précoce de l’épidémie, a connu l’augmentation la plus spectaculaire du nombre de décès. Au plus fort de l’épidémie, le nombre de décès y est passé à sept fois le nombre habituel. Au total, la ville de New York a enregistré 27.200 décès excédentaires au cours de la période analysée.

En plus de la ville de New York, quatre États ont enregistré des décès supérieurs d’au moins 10 pour cent au niveau normal. Le New Jersey a connu 18.000 décès de mai à juillet. L’État de New York, à l’exclusion de la ville de New York, a enregistré 14.200 décès excédentaires. Le Texas a enregistré 13.500 décès excédentaires; la Californie en a eu 13.400.

Alors que les États ayant les taux les plus élevés de surmortalité se trouvaient dans le nord-est et l'ouest, d'autres États de l'ouest ainsi que des États du sud ont commencé à afficher des chiffres plus élevés en juillet. Il s'agit notamment de la Floride, avec 9 700 décès excédentaires pendant la période d'étude, de l'Arizona, avec 6 100, et de la Caroline du Sud, avec 3 200.

L’analyse du Times montre que le bilan de la pandémie ne peut pas simplement être attribué au virus qui tue des personnes vulnérables, qui seraient mortes de toute façon. La plupart des décès excédentaires révélés par l’analyse peuvent être attribués au virus même mais il est également probable que les décès dus à d’autres causes aient également augmenté en raison de l’engorgement des hôpitaux par des patients atteints de COVID. Les personnes qui souffraient de maladies leur permettant de survivre n’ont pas cherché à se faire soigner par peur de contracter le virus. Parmi elles, les crises cardiaques et les accidents vasculaires cérébraux (AVC).

En outre, les personnes mortes chez elles ont vu leur cause de décès répertoriée comme étant une pneumonie ou d’autres maladies qui ont probablement été causées par le COVID-19.

L’absence d’un système de dépistage coordonné à l’échelle nationale, qui permettrait d’identifier les cas de coronavirus, a contribué à un sous-dénombrement des décès dus au virus. Alors que le nombre de décès augmente, les tests de dépistage des coronavirus chutent de manière significative. Selon le Projet de suivi COVID, le nombre moyen de tests quotidiens effectués aux États-Unis est passé de 809.200 dans la semaine finissant le 26 juillet à 712.112 la semaine dernière.

Comme l’a signalé le WSWS, il n’y a pas de tests systématiques pour les travailleurs. Il existe également un décalage dans les résultats des tests qui rend ceux-ci pratiquement inutiles pour la recherche des contacts.

L’élite dirigeante n’a que peu d’intérêt à identifier les cas de COVID. Elle se concentre plutôt sur le retour forcé des travailleurs au travail et le retour des enfants à l’école. Le déclin des tests fait partie de la politique de «négligence maligne» de la classe dirigeante.

L’analyse des données du CDC par le Times montre que les ravages causés par la pandémie de coronavirus sont encore plus dévastateurs que ne l’indiquent les chiffres officiels.

(Article paru d’abord en anglais le 12 août 2020)

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[12 août 2020]