L’Inde est désormais en deuxième position après les États-Unis pour le nombre de cas COVID-19, mais continue à développer la «réouverture».

Par Deepal Jayasekera
10 septembre 2020

Après avoir enregistré plus de 90.000 nouvelles infections lundi, l’Inde a dépassé le Brésil en tant que pays qui a le deuxième plus grand nombre de cas de COVID-19 dans le monde.

Malgré cette situation catastrophique, qui fait environ 1000 morts par jour, le Premier ministre indien Narendra Modi et son parti d’extrême droite, le Bharatiya Janata Party (BJP); ainsi que les différents gouvernements des États, poursuivent la réouverture de l’économie. Cela inclut les gouvernements des États dirigés ou soutenus par le Parti du Congrès (opposition); et divers partis régionaux et fondés sur des castes; ainsi que leurs collaborateurs staliniens au sein du CPM (Parti communiste indien, marxiste) et du CPI (Parti communiste indien).

Selon les chiffres publiés par le ministère indien de la Santé, le pays a enregistré un nouveau record mondial de nouvelles infections en une seule journée avec 90.802 lundi. Cela porte le total officiel de l’Inde à plus de 4,2 millions infectés. Depuis environ un mois, l’Inde enregistre le plus grand nombre de cas quotidiens dans le monde. Le nombre de décès est passé à 71.642.

Un médecin parle avec un patient positif au COVID-19 dans un centre d'isolement à Mumbai, en Inde. (AP Photo/Rajanish Kakade)

Le rythme de propagation du virus s’est considérablement accéléré au cours du dernier mois. Alors qu’environ 55.000 nouveaux cas par jour étaient enregistrés au cours de la première semaine d’août, l’Inde compte désormais une moyenne de plus de 80.000 nouveaux cas par jour. Le nombre total d’infections COVID-19 confirmées en Inde a doublé, passant de 2 millions à plus de 4 millions en un mois seulement. Il n’a fallu que 13 jours pour que le nombre d’infections augmente d’un million, passant de 3 millions le 22 août à 4 millions le 4 septembre.

Aussi horribles que soient ces chiffres, ils constituent une sous-estimation substantielle de la véritable ampleur de la crise. Pratiquement tous les experts s’accordent à dire qu’en raison d’un taux de dépistage misérablement bas, seule une fraction des infections au COVID-19 est identifiée. Certains ont même suggéré que l’Inde a déjà dépassé les États-Unis pour devenir le pays le plus touché au monde.

CBS News a interrogé Le Dr Ramanan Laxinarayan, chercheur en santé publique et directeur du «Center for Disease Dynamics, Economics and Policy» (CDDEP — Centre pour la dynamique, l’économie et la politique des maladies) basé à Washington. Il a déclaré: «Ce n’est qu’une question de temps avant que l’Inde ne dépasse (les) États-Unis. Nous parlons d’infections signalées, et étant donné le faible niveau des tests, c’est certainement possible que les infections réelles en Inde aient déjà dépassé celles des États-Unis». Il a ajouté que les tests de séroprévalence des échantillons de sang «indiquent qu’au moins 100 millions d’infections» ont eu lieu en Inde.

Les politiques impitoyables et criminelles du gouvernement Modi au centre et des différents gouvernements des États ont produit d’énormes souffrances sociales, en plus de la catastrophe sanitaire.

Le confinement national du coronavirus de Modi était mal conçu et mal préparé. On l’a mis en œuvre le 25 mars avec un préavis de moins de quatre heures. C’était un échec total. L’élite dirigeante indienne a refusé d’utiliser le temps gagné par le confinement pour mettre en place un système complet de tests de masse et de recherche des contacts. Ils n’ont même pas alloué des ressources supplémentaires au système de santé publique du pays, qui en manque chroniquement.

Moreover, the BJP government provided the tens of millions of impoverished workers who lost their jobs overnight due to the lockdown no more than famine-style relief programs, resulting in widespread destitution, homelessness and hunger. The lockdown and the government’s refusal to provide social support have produced an unprecedented economic collapse. In the quarter ending in June, India’s GDP declined by 23.9 percent, the largest recorded drop among major economies.

De plus, le gouvernement du BJP n’a fourni aux dizaines de millions de travailleurs appauvris qui ont perdu leur emploi du jour au lendemain en raison du confinement que des programmes d’aide misérables. Cela a entraîné un dénuement généralisé, des sans-abri et la famine. Le blocage et le refus du gouvernement de fournir une aide sociale ont provoqué un effondrement économique sans précédent. Au cours du trimestre qui s’est terminé en juin, le PIB de l’Inde a chuté de 23,9 pour cent, la plus forte baisse enregistrée parmi les grandes économies.

La classe dirigeante a ensuite exploité cette misère sociale pour remettre les travailleurs au travail, afin que l’extraction de profits par l’exploitation des ateliers clandestins puisse reprendre. Le gouvernement BJP a commencé à approuver la suppression des mesures de confinement dans des industries d’exportation et d’autres industries à la fin du mois d’avril. Cela a rapidement conduit à une recrudescence des infections.

Le virus s’est maintenant répandu dans tout le pays, s’installant dans les quartiers pauvres de nombreuses grandes villes et dans les zones rurales, où les établissements de soins de santé sont inexistants. Il a même atteint les îles Andaman et Nicobar, qui sont situées à plus de 1.000 kilomètres du continent.

L’augmentation du nombre de cas et de décès dus à la COVID-19 n’a causé aucun relâchement, ni même aucune pause dans la volonté du gouvernement Modi et de ses homologues dans les États de l’Inde de rouvrir l’économie. Plaçant les profits avant les vies humaines, ils poursuivent une politique d'«immunité collective» — une politique meurtrière dans laquelle les autorités laissent le virus se répandre jusqu’à ce qu’il ait infecté l’écrasante majorité de la population.

On a autorisé maintenant la plupart des entreprises à rouvrir. Les entreprises et les autorités ont largement abandonné l’éloignement social et les autres mesures préventives élémentaires. Ces mesures étaient toujours impossibles pour les dizaines de millions de pauvres des villes qui vivent à cinq ou plus dans une pièce et n’ont pas accès à des installations sanitaires adéquates. Les marchés des villes et des agglomérations du pays regorgent à nouveau de monde, ce qui augmente le risque d’une nouvelle accélération des infections.

Le même jour où l’Inde a établi un nouveau record mondial d’infections quotidiennes, Modi a lancé la quatrième phase de son programme de déconfinement. Lundi, les réseaux de métro ont repris dans la capitale nationale, Delhi, et dans plus de dix autres villes, mettant fin à cinq mois de fermeture. Avec un grand nombre de personnes entassées dans des métros mal ventilés, les infections et les décès vont certainement augmenter fortement.

La réouverture du métro de Delhi, le plus grand système de transport rapide du pays, est particulièrement imprudente compte tenu du volume de passagers et de la récente augmentation des cas de coronavirus dans la capitale. Avant sa fermeture forcée en mars, il transportait en moyenne 2,7 millions de passagers par jour dans des trains bondés. La ligne jaune, qui a été la première à être rouverte, relie le nord de Delhi à la ville satellite de Gurgaon, un centre industriel et informatique de l’État de Haryana, dans le nord de l’Inde. Il s’agit de la ligne la plus fréquentée, qui relie 37 gares et transporte environ 1,45 million de passagers par jour.

Autre exemple de l’indifférence de l’élite au pouvoir face à la menace que représente le virus mortel pour les travailleurs, l’Agence nationale de test (NTA), un organisme du gouvernement central, organise des examens d’entrée à l’université dans les principales villes du pays. On a ignoré les protestations des étudiants en colère, dont beaucoup doivent parcourir de longues distances pour participer.

La Cour suprême, se ralliant à la décision du gouvernement Modi, a rejeté un appel déposé au nom des étudiants le 17 août. La Cour a affirmé que le fait de ne pas organiser les examens mettrait la carrière des étudiants «en péril». Elle a ajouté: «La vie devrait avancer même en époque de COVID-19». Ceci est tout à fait conforme au mantra du gouvernement Modi et de ses homologues de l’État. Ils insistent tous sur le fait que les entreprises doivent rouvrir et que les travailleurs doivent travailler dans des conditions dangereuses. Prétendument afin que la vie puisse revenir à la «normale». Mais en réalité, c’est-à-dire que la classe dirigeante peut continuer à s’enrichir.

Comme leurs homologues du monde entier, le gouvernement Modi et l’élite capitaliste indienne dans son ensemble ont saisi l’occasion de la pandémie pour déplacer la politique bourgeoise vers la droite. Selon les propres termes de Modi, son gouvernement fait avancer un «saut quantique» dans les réformes économiques, c’est-à-dire des politiques pro-investisseurs pour attirer les capitaux mondiaux. Ces «réformes» comprennent une accélération des privatisations; des changements radicaux dans la législation du travail afin que les employeurs puissent embaucher et licencier des travailleurs à volonté; l’assouplissement des réglementations sur l’utilisation des terres pour le développement des entreprises; et des mesures d’austérité plus sévères.

Pour détourner la colère sociale croissante envers ses politiques dans une direction réactionnaire, Modi attise également un nationalisme indien belliqueux en intensifiant le conflit frontalier entre l’Inde et la Chine. En cela, l’impérialisme américain l’a encouragé. Les États-Unis considèrent l’Inde comme un partenaire crucial dans son offensive économique et militaro-stratégique contre Pékin.

Lundi, les tensions entre l’Inde et la Chine se sont encore aggravées lorsqu’on a tiré des coups de feu lors d’un différend entre les troupes indiennes et chinoises sur la question de savoir où se trouve la ligne de contrôle réelle (LAC), la frontière de facto entre les deux pays. Chaque partie a accusé l’autre d’avoir tiré le premier coup de feu. Bien que plusieurs dizaines de soldats indiens et chinois soient morts lors d’un affrontement à coups de bâtons et de couteaux sur une crête de l’Himalaya en juin, c’était la première fois en 45 ans que les deux parties ont échangé de tirs réels entre eux.

Le danger d’un conflit militaire entre les deux puissances nucléaires est devenu si aigu que même les médias indiens qui ont exhorté New Delhi à résister à l’«agression» chinoise s’alarment aujourd’hui. «Nous sommes sur le point d’entrer dans une dangereuse matrice d’escalade qui pourrait mener à une guerre totale», a déclaré un éditorial du «Times of India». «Si cela se produit, ce serait une catastrophe.»

En opposition aux politiques de droite du gouvernement Modi, un nombre croissant de travailleurs ont participé à des grèves et autres manifestations ces dernières semaines. La colère s’est surtout dirigée contre les privatisations prévues. Mais aussi, contre l’incapacité des autorités à fournir des équipements de protection individuelle adéquats aux travailleurs du secteur de la santé et aux autres travailleurs de première ligne pendant la pandémie.

On doit stopper la propagation implacable du coronavirus; on doit protéger les travailleurs des retombées économiques ruineuses de la pandémie; on doit s’opposer avec succès à l’alliance incendiaire de l’élite dirigeante indienne avec l’impérialisme américain; on doit stopper l’alimentation du conflit militaire. Le seul moyen: est que la classe ouvrière se constitue en force politique indépendante. Elle doit rallier les pauvres des zones rurales et les autres travailleurs derrière elle dans la lutte pour un gouvernement ouvrier et le socialisme.

Comme l’a expliqué le Comité international de la Quatrième Internationale dans sa déclaration, «Pour une action internationale de la classe ouvrière contre la pandémie de COVID-19!»:

«Le contrôle de la réponse à la pandémie doit être retiré des mains de la classe capitaliste. Une action de masse de la classe ouvrière, coordonnée à l’échelle internationale, est nécessaire pour maîtriser la pandémie et sauver des millions de vies, maintenant en danger. La lutte contre la pandémie n’est pas seulement une question médicale. C’est avant tout une question de lutte sociale et politique».

(Article paru d’abord en anglais le 9 septembre 2020)