L’Organisation mondiale de la santé met en garde contre la résurgence «alarmante» de COVID-19 en Europe

Par Alex Lantier
19 septembre 2020

Jeudi, le directeur régional de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour l’Europe, le Dr Hans Kluge, a averti que l’Europe était confrontée à une résurgence catastrophique de COVID-19.

L’Europe a connu plus de 228.000 décès et cinq millions de cas de COVID-19, selon l’OMS, principalement lors d’une vague qui a culminé en mars. Cependant, comme l’avaient prévenu les scientifiques, l’arrêt prématuré des mesures de confinement produit une résurgence explosive du virus. Les hôpitaux de Madrid et du sud de la France commencent à se remplir. Les taux de mortalité augmentent. Mais, les gouvernements européens continuent à réduire la distanciation sociale et à imposer des politiques de retour à l’école et au travail qui favorisent la propagation du virus.

Un patient porté sur un brancard à Rome, en Italie (Photo: Alessandra Tarantino/AP)

S’exprimant lors d’une conférence de presse de l’OMS à Copenhague, Kluge a déclaré: «Les cas hebdomadaires ont maintenant dépassé ceux signalés lorsque la pandémie a atteint son premier pic en Europe en mars. La semaine dernière, le nombre de cas hebdomadaires dans la région a dépassé les 300.000 patients. Plus de la moitié des pays européens ont signalé une augmentation de plus de 10 pour cent des cas au cours des deux dernières semaines. Parmi ceux-ci, sept pays ont vu le nombre de nouveaux cas signalés plus que doubler au cours de la même période».

Kluge a parlé de «taux de transmission alarmants dans toute la région». Les chiffres d’hier ont donné une image sombre de la situation: L’Espagne a vu 11.291 nouveaux cas confirmés et 162 décès; la France, 10.593 cas et 50 décès – dépassant les plus grands totaux quotidiens d’infection ce printemps – et la Grande-Bretagne, 3.395 cas et 21 décès. La République tchèque a connu 2.136 nouveaux cas mercredi, ce qui représente un premier dépassement de 2.000 cas. Le nombre de cas quotidiens augmente en Allemagne (2.021), en Italie (1.585), aux Pays-Bas (1.753), en Roumanie (1.679) et en Belgique (1.153).

La dangereuse élimination de la distanciation sociale dans les écoles et sur les lieux de travail a un impact dévastateur. «Au printemps et au début de l’été, nous avons pu constater l’impact des mesures strictes de verrouillage. Nos efforts, nos sacrifices, ont porté leurs fruits. En juin, le nombre de cas a atteint un niveau record. Les chiffres de septembre devraient cependant nous réveiller tous», a déclaré Kluge, ajoutant: «Si on relâche la pression sur le virus, c’est normal de voir cette augmentation».

Les décès dus au COVID-19 suivent l’augmentation des cas avec plusieurs semaines de retard. Comme les décès augmentent déjà en Espagne, ce n’est qu’une question de temps avant que le nombre total de décès n’explose en Europe.

Les responsables de l’OMS ont également mis en garde contre les appels à réduire le temps pendant lequel les travailleurs sont légalement autorisés à s’isoler une fois exposés au virus. Jusqu’à 14 jours sont nécessaires pour qu’une personne infectée présente des symptômes. Toutefois, les responsables français réduisent les quarantaines à sept jours seulement et les responsables britanniques à dix jours seulement. L’Espagne peut réduire la quarantaine à sept ou dix jours. Cela garantirait que les patients contagieux reprennent leurs activités normales et propagent le virus avant de tomber finalement malades.

«Connaissant l’immense impact individuel et sociétal que peut avoir une réduction même minime de la durée de la quarantaine… j’encourage les pays de la région à suivre une procédure scientifique régulière en consultation avec leurs experts», a déclaré Kluge.

La responsable de l’OMS, Catherine Smallwood, a déclaré que l’OMS ne change pas la durée de quarantaine recommandée. Elle a indiqué que les propositions française et britannique n’ont aucun fondement scientifique: «Notre recommandation d’une quarantaine de 14 jours se base sur notre compréhension de la période d’incubation et de la transmission de la maladie. Nous ne la réviserions que sur la base d’un changement de notre compréhension de la science».

Kluge a déclaré qu’une action «rapide et résolue» est nécessaire pour empêcher une résurgence massive de COVID-19. En avertissant que «le virus a été impitoyable chaque fois que la partisanerie et la désinformation ont régné», il a déclaré: «La direction que prendra la pandémie est entre nos mains. Nous l’avons déjà combattue par le passé et nous pouvons la combattre à nouveau».

Le principal obstacle à l’adoption d’une politique rationnelle et scientifiquement fondée pour lutter contre la pandémie est l’hostilité consciente des gouvernements et de l’aristocratie financière de l’Europe. Tous se font l’écho des positions du président français et banquier d’affaires Emmanuel Macron. Ce dernier a exclu de nouveaux confinements le mois dernier, en déclarant à Paris Match: «Nous ne pouvons pas arrêter le pays tout entier».

En février, on a vu l’effondrement du système médical italien sous le poids de la pandémie de COVID-19. Début mars, la situation a déclenché une vague de grèves spontanées dans les entreprises italiennes de l’automobile, de l’acier et des machines-outils. Cette vague de grèves s’est étendue à toute l’Europe. C’est seulement à ce moment-là qu’on a adopté les mesures de confinement de ce printemps.

Mais les banques et les responsables européens se sont concentrés ce printemps sur l’organisation d’un transfert massif de richesses vers les super-riches. La zone euro a adopté 1,25 mille milliards d’euros d’«assouplissement quantitatif» (QE) pour les banques et 500 milliards d’euros pour le sauvetage des entreprises de l’Union européenne (UE). Londres a adopté 635 milliards de livres sterling de QE et au moins 110 milliards de livres sterling pour le sauvetage des entreprises. Par la suite, ils se sont concentrés sur le retour forcé des enfants à l’école afin que leurs parents puissent retourner au travail pour produire des profits qui viendront soutenir les énormes quantités de capitaux remis aux banques.

Ces sauvetages bénéficient du soutien enthousiaste des syndicats. La Confédération allemande des syndicats (DGB) et la Confédération générale du travail (CGT) française ont signé une déclaration commune qui approuve explicitement le plan de sauvetage de l’UE négocié principalement entre Berlin et Paris. Les bureaucraties syndicales se trouvent complices de la réponse politiquement criminelle de l’UE à la pandémie, et y jouent un rôle de premier plan.

Seule l’intervention indépendante de la classe ouvrière peut imposer la politique de confinement nécessaire pour stopper la montée de la pandémie et éviter de nouvelles pertes catastrophiques de vies humaines. Pour cela, cependant, les travailleurs doivent s’organiser indépendamment des bureaucraties syndicales et de leurs alliés politiques, qui sont complices de la politique meurtrière de la classe capitaliste.

En Espagne, actuellement l’épicentre européen de la pandémie, les responsables de la santé exigent de toute urgence des mesures de confinement. À Madrid, la région la plus touchée, le Dr Miguel Sanchez a déclaré à l’ABC que les salles d’urgence sont une fois de plus au bord de l’effondrement. Avec 24,4 pour cent de tests positifs au COVID-19, le Dr César Carballo a déclaré à Telemadrid: «Il est déjà trop tard… boucler les quartiers ne suffit plus, on doit confiner tout Madrid».

Des sondages organisés par l’État ont révélé que 56,8 pour cent des Espagnols ne font pas confiance à la réponse de l’État, tandis que 58,3 pour cent souhaitent des mesures d’isolement «plus strictes».

Le ministère espagnol de la Santé a cependant déclaré que les autorités régionales sont désormais les seules à définir la politique à suivre. La première ministre régionale de droite de Madrid, Isabel Ayuso, a même refusé des «mesures sélectives de confinement» dans les quartiers les plus touchés. Ayuso, qui a déclaré croire que «pratiquement tous les enfants, d’une manière ou d’une autre, se trouveront infectés» par le COVID-19, a plutôt lancé des appels de type fasciste, en attribuant la propagation du virus au «mode de vie de nos immigrants».

En France, les hôpitaux des régions de Marseille et de Bordeaux commencent à déborder de patients sévèrement atteints de COVID-19. Le ministre de la Santé, Olivier Véran, a annoncé hier que la France maintiendrait sa politique de quarantaine non scientifique de sept jours malgré les avertissements de l’OMS. Il a fait cette annonce après que le premier ministre, Jean Castex, ait de nouveau insisté sur le fait qu’on n’aura pas de «politique de quarantaine totale». Il a dit que son gouvernement souhaite que la France «vive avec le virus».

Le gouvernement français a intensifié les déploiements de l’armée dans les grandes villes au début du confinement au printemps. La colère de la classe ouvrière terrifie le gouvernement et il prépare sans doute la répression des manifestations de masse. Le Dr Mathias Wargon, responsable des soins d’urgence à l’hôpital Delafontaine de Saint-Denis, près de Paris, a déclaré: «Je remarque une reprise en main [du ministère] de l’intérieur par rapport à [celui de] la santé. Ce n’est plus la [ministère de la] Santé qui a la main, mais les préfets et les élus».

Frédéric Dabi, enquêteur de l’IFOP, a déclaré au Monde que «l’opinion publique est fatiguée et inquiète… Dans ce climat éruptif et insaisissable, le gouvernement veille à ce que la Cocotte-minute n’explose pas».

Pour que les travailleurs et les étudiants puissent se protéger contre la pandémie, il faut créer des comités de sécurité indépendants sur les lieux de travail et dans les écoles, en Europe et ailleurs. Ces comités peuvent préparer une grève générale contre les politiques de rentrée scolaire et de poursuite d’activités économiques non essentielles, et pour le droit à rester chez soi dans des conditions décentes. Cela nécessite avant tout une lutte politique pour la réorganisation socialiste de la société et l’abolition de l’ordre social capitaliste qui est la cause profonde de la réponse désastreuse à la pandémie.