Le monde a atteint la triste marque d'un million de morts dus à COVID-19

Par Benjamin Mateus
29 septembre 2020

Selon le tableau de bord du Worldometer pour le coronavirus, le nombre de décès dus à la COVID-19 a dépassé le million dans le monde dimanche matin, heure de l’Est des États-Unis. Le tableau de bord de Johns Hopkins, plus souvent cité dans les médias américains, avançait hier le chiffre de plus de 999 273 et selon toute vraisemblance, le million de mort sera atteint aujourd’hui.

Cette tragédie massive est une mise en accusation des classes dominantes qui ont permis à une telle misère de s’abattre sur les populations ouvrières, qui ont le plus souffert de cette pandémie.

Un travailleur de la santé pousse le corps d’un homme mort de COVID-19 à l’endroit où sa famille attendra qu’un funérarium l’emmène, devant l’hôpital général de La Paz, en Bolivie, le jeudi 23 juillet 2020. (AP Photo/Juan Karita)

Les États-Unis, avec 209.361 morts, sont en tête de toutes les nations dans cette horrible catégorie. Le Brésil occupe la deuxième place avec 141.503 morts, suivi de l’Inde, avec 95.162 morts, et du Mexique, avec 76.243 morts.

Les dirigeants autoritaires droitiers des trois premiers pays, Donald Trump, Jair Bolsonaro et Narendra Modi et le démagogue populiste «de gauche» du quatrième, Andrés Manuel López Obrador, ont tous adopté des politiques identiques consistant à laisser l’infection se propager dans la population sans réelle résistance. Ces quatre cavaliers de la mort représentent la moitié du total mondial.

Le Mexique a toujours enregistré une moyenne de près de 500 décès par jour et, selon tous les experts, les chiffres officiels sont nettement sous-estimés. Au début de ce mois, le gouvernement a honteusement annoncé qu’il était à court de certificats de décès. Au 1er août, le nombre officiel de décès était de 69.095, bien que le gouvernement eût annoncé auparavant 122.765 décès excédentaires.

Graphique des décès mensuels dans le monde. Crédit: wsws.org

Comme le montre la figure 1, le nombre de décès quotidiens dans le monde est resté pratiquement stable depuis le pic atteint en avril. La colonne de septembre marquée en jaune est une projection selon laquelle les quatre derniers jours verront, en moyenne, environ 5.300 décès par jour en utilisant la dernière estimation moyenne sur sept jours. Au dire de tous, la réponse et les mesures limitées employées tout au long de la pandémie n’ont fait que stabiliser l’impact du virus dans le monde. Toutefois, à l’approche de l’hiver dans l’hémisphère nord, beaucoup plus peuplé, le nombre de cas et de décès devrait recommencer à augmenter.

COVID-19 a tué officiellement un million de personnes. Mais à ce chiffre, il faut ajouter les centaines de milliers de personnes mortes dont la cause du décès a été qualifiée d’inconnue par les médecins légistes ou les autorités sanitaires ; ou bien qualifiée d’insuffisance cardiopulmonaire ou organique dissimulant aux membres de la famille et au public le véritable impact de la pandémie.

: Décès excédentaires aux États-Unis. Crédit: Notre monde en données (Our World in Data)

Selon The Economist, entre mars et août, les données sur la mortalité toutes causes confondues pour l’Europe occidentale, certains pays d’Amérique latine, les États-Unis, la Russie et l’Afrique du Sud font état de 900.000 décès excédentaires. Cependant, seuls 580.000 décès se trouvent attribués à COVID-19. Cela suggère que le nombre réel de décès dus à COVID-19 est 55 pour cent plus élevé que les chiffres maintenus par Worldometer et Johns Hopkins, basés sur les chiffres officiels.

The Economist fait également remarquer que le nombre de décès aux États-Unis pourrait être sous-estimé de 30 pour cent, ce qui rapprocherait le chiffre réel de 300.000. Selon ses estimations, le nombre réel de décès dus à la pandémie dans le monde pourrait être plus proche de deux millions.

Certains de ces décès excédentaires sont un sous-produit de l’impact social de la pandémie plutôt que du virus lui-même. La crise sociale qui entoure les mesures de confinement et les difficultés financières a conduit les gens à éviter de consulter un médecin par crainte légitime de contracter le coronavirus.

Tom Inglesby, directeur du Centre de sécurité sanitaire de l’Université Johns Hopkins, a déclaré au Wall Street Journal: «Pendant une longue période, on a constaté une baisse assez spectaculaire des visites aux urgences, des dépistages chirurgicaux non urgents, des choses que les Américains font tout le temps pour se maintenir en bonne santé».

Les estimations hebdomadaires des décès dus aux crises cardiaques, à la maladie d’Alzheimer et à la démence, au diabète et aux accidents vasculaires cérébraux ont été constamment supérieures à la base de référence de mars à août. Selon les données de l’Université de Boston, de la Fondation Robert Wood Johnson et de l’Université de Pennsylvanie, 20 pour cent des décès excédentaires étaient liés à d’autres facteurs que COVID-19, les communautés pauvres étant les plus touchées.

Mettant en perspective l’ampleur de cette tragédie évitable, les Centres américains pour le Contrôle des maladies ont enregistré 2.813.503 décès en 2017. Le nombre «normal» de décès en 2020 a du être à peu près similaire. Cela signifie que le COVID-19 a déjà entraîné une augmentation de près de 10 pour cent des décès aux États-Unis cette année, alors qu’il reste encore plusieurs mois jusqu’à la fin de l’année.

Campement de sans-abri à Buenos Aires. Crédit: Ronaldo Schemidt.

Le million de décès dus à COVID-19 dans le monde est supérieur aux 690.000 personnes qui ont succombé à des maladies liées au sida en 2019, selon les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé. En 2016, le paludisme, qui touchait 216 millions de personnes, a causé 445.000 décès. En 2018, la tuberculose a tué 1,5 million de personnes.

L’impact économique de la pandémie frappe plus durement les plus pauvres ; la fermeture des écoles entraîne un recul des acquis scolaires, l’arrêt de programmes de vaccination essentiels et un accès réduit aux soins de santé et aux produits pharmaceutiques. Cela signifie que l’impact de la pandémie continuera à se faire sentir dans le monde entier pendant de nombreuses années après qu’elle ait décru ou qu’un vaccin ait été trouvé.

La Banque mondiale prévoit que le nombre de personnes pauvres vivant avec moins de deux dollars par jour passera de 70 à 100 millions cette année. En juillet, Oxfam a écrit dans un communiqué que d’ici la fin de l’année, 12.000 personnes par jour pourraient mourir de la faim liée au COVID-19. Cela est supérieur au nombre de personnes qui meurent actuellement de la maladie même.

Oxfam a écrit: «La pandémie est la goutte d’eau qui fait déborder le vase pour des millions de personnes déjà aux prises avec les conséquences des conflits, du changement climatique, des inégalités et d’un système alimentaire en panne qui a appauvri des millions de producteurs et de travailleurs. Pendant ce temps, ceux qui sont au sommet continuent de faire des bénéfices. Huit des plus grandes entreprises alimentaires et de boissons ont versé plus de 18 milliards de dollars à leurs actionnaires depuis janvier, alors même que la pandémie se propageait dans le monde».

En 2019, plus de 821 millions de personnes étaient classées en insécurité alimentaire, dont environ 149 millions souffrant de «faim à un niveau de crise ou pire». Le Programme alimentaire mondial estime que ce nombre passera à 270 millions d’ici la fin de l’année, soit une augmentation de 82 pour cent.

La question cruciale qui demeure est de savoir dans quelle mesure le monde a acquis une immunité suffisante pour que la majorité de la population se trouve protégée contre la transmission du virus. Une étude transversale publiée vendredi dans le Lancet sur la prévalence des anticorps SARS-CoV-2 dans un large échantillon national de patients sous dialyse, a constaté que moins de dix pour cent de la population adulte américaine a été exposée au virus et avait développé une réponse immunitaire.

Une estimation sur 279 enquêtes sérologiques menées dans 19 pays a révélé qu’environ 500 à 730 millions de personnes dans le monde, soit 6,4 à 9,3 pour cent du total, avaient été infectées.

Le développement de vaccins contre le SRAS-CoV-2 et l’accès à ces mesures potentiellement vitales sont également essentiels dans cette équation mondiale. Si les essais de vaccins se sont menés de manière éthique et appropriée, les données nécessaires ne seront pas disponibles avant le printemps ou l’été de l’année prochaine. En outre, il est fort probable que la fabrication et la distribution des vaccins servira d’instrument politique pour imposer des accords commerciaux déséquilibrés et des pièges financiers.

La mort de ce million de personnes ou plus montre clairement que les oligarques financiers et le mode de production capitaliste ont abdiqué toute responsabilité pour leur réponse criminelle à la pandémie. En tout état de cause, la pandémie a la capacité de sévir encore longtemps et seule la classe ouvrière a un intérêt vital à l’arrêter immédiatement. Elle seule a la capacité d’empêcher ces nouvelles pertes de vies humaines.

(Article paru d’abord en anglais le 28 septembre 2020)