À l'approche de l’élection présidentielle américaine

Le New York Times intensifie sa campagne anti-Russie de désinformation

Par Joseph Kishore — candidat du SEP à la présidence
26 octobre 2020

Alors que dans les dernières semaines de la campagne électorale, le gouvernement Trump intensifie ses complots de coup d’État et son incitation à la violence fasciste, les services de renseignements américains, avec l’aide du New York Times, répandent de nouveau la propagande sans fondement que la Russie cherche à «s’ingérer» dans les élections et à «semer le chaos» aux États-Unis.

En l’espace de trois jours cette semaine, le Times — le principal journal politiquement aligné sur le Parti démocrate — a publié trois articles centrés sur le prétendu complot russe. Tous ont été co-rédigés par le sténographe le plus fiable du Times pour la CIA, David Sanger.

Le président Donald Trump et l’ancien vice-président Joe Biden, candidat démocrate à l’élection présidentielle, participent au dernier débat présidentiel à l’université de Belmont, le jeudi 22 octobre 2020, à Nashville, Tennessee (Chip Somodevilla/Pool via AP)

La dernière offensive de la campagne maccarthyste anti-russe du Times suit un schéma typique. Des affirmations et des revendications inquiétantes sont présentées comme la vérité, en dehors de tout fait concret. Tout est attribué à des «responsables des renseignements», généralement non nommés, soutenus par des déclarations de sociétés de sécurité étroitement liées à l’État.

Mardi, sous le titre de «À l’approche des élections, le gouvernement et les entreprises technologiques font pression sur la Russie (et Trump)» Sanger et Nicole Perlroth ont écrit un article sur une collaboration entre le Cyber Command américain et les géants de la technologie en vue de contrer «une campagne agressive contre un réseau russe soupçonné de tenir en otage les systèmes électoraux en novembre prochain».

Mercredi, cet article fut suivit d’un article co-écrit par Sanger et Julian Barnes, «L’Iran et la Russie cherchent à influencer les élections dans les derniers jours, avertissent les responsables américains». L’article rapportait une annonce le même jour du directeur du renseignement national John Ratcliff et du directeur du FBI Christopher Wray, que le Times avait fourni «la première preuve concrète que les deux pays interviennent pour tenter d’influencer l’élection présidentielle alors qu’elle entre dans ses deux dernières semaines».

Puis, jeudi, Sanger, Perlroth et Barnes ont uni leurs forces pour attirer l’attention sur la Russie dans un troisième article, «La Russie représente une plus grande menace électorale que l’Iran, selon de nombreux responsables américains». Repoussant les efforts du gouvernement Trump pour se concentrer sur l’Iran, le Times affirma que «de nombreux responsables des services de renseignement ont déclaré qu’ils restaient beaucoup plus préoccupés par la Russie. Ces derniers jours, celle-ci a piraté les réseaux informatiques nationaux et locaux utilisant des brèches qui pourraient permettre à Moscou d’accéder plus largement aux infrastructures de vote américaines».

Tous ces articles sont basés sur des fabrications grossières. L’article de jeudi, par exemple, rapporte en haletant que «les agences de renseignement américaines… ont rassemblé des détails sur ce qu’elles croient être les plans de la Russie pour interférer dans la course présidentielle». L’article ajoute: «des responsables du FBI et de la Sécurité intérieure» ont annoncé «que les pirates informatiques russes ont ciblé des dizaines de gouvernements régionaux et locaux et de réseaux d’aviation à partir de septembre».

En rapportant l’affirmation selon laquelle «la Russie» avait ciblé «des dizaines» de gouvernements locaux, le Times donne des liens avec des communiqués du FBI et de l’Agence de cybersécurité. Ces communiqués font état des activités d’un individu qui, selon lui, sans preuve, est parrainé par la Russie. Les détails techniques de l’article indiquent que les adresses IP utilisées dans le piratage présumé proviennent en fait de Turquie. L’article ne rapporte aucune tentative de relier l’activité à quiconque en Russie, et encore moins au gouvernement russe.

Quant aux allégations que la Russie tenterait de manipuler le vote, le Times note tout en bas de l’article que, même en supposant que tout ce qu’il rapporte est vrai: «des responsables disent que la capacité de la Russie à modifier les décomptes de votes à l’échelle nationale serait difficile, étant donné la disparité des élections américaines».

Il cite Christopher Kreps, le directeur de l’Agence de cybersécurité et de sécurité des infrastructures. Ce dernier reconnaît que les infractions supposées ont consisté à obtenir l’accès «dans quelques cas limités, à la juridiction électorale, à un réseau lié aux élections» qui n’a «rien à voir avec le vote et le comptage» des voix.

Le Times renforce ses affirmations en citant des déclarations de FireEye, qualifié simplement de «société de sécurité ayant suivi l’incursion du groupe russe dans les systèmes régionaux et locaux». Le PDG de la société, Kevin Mandia, est un ancien agent spécial du Bureau des enquêtes spéciales de l’Armée de l’air et ancien entrepreneur du géant de l’industrie militaire Lockheed. En 2018, FireEye a joué un rôle central dans la décision de Facebook, Twitter et d’autres plate-formes de réseaux sociaux de censurer et de fermer des pages et des comptes principalement de gauche sur la base d’allégations de «comportement inauthentique coordonné».

Le Times cite John Hultquist, directeur de l’analyse de la menace chez FireEye, qui déclare qu’il était «raisonnable de supposer [par qui?] que toute tentative d’atteinte au système électoral pouvait viser à » créer l’incertitude quant aux résultats des élections. La biographie d’Hultquist sur le site web de la société indique qu’il a «précédemment participé à des opérations anti-insurrectionnelles dans l’armée américaine».

L’intensification de l’opération «ingérence russe» du New York Timeset de la CIA sert plusieurs objectifs politiques interdépendants.

Tout d’abord, une bataille permanente existe au sein de l’État sur la direction de la politique étrangère. L’article du Times jeudi visait à contrer les efforts du gouvernement Trump pour se concentrer sur l’Iran aux dépens de la Russie. Au cours des quatre dernières années, l’opposition à Trump au sein de l’État était axée sur la préoccupation de fractions de l’appareil militaire et de renseignement, au nom desquelles parlent les Démocrates, que Trump manque d’agressivité à l’égard de la Russie.

Le Times cite Nancy Pelosi disant :«La Russie est le méchant ici» et «d’après ce que nous avons vu dans le domaine public, l’Iran est un mauvais acteur, mais en aucun cas équivalent.»

Lors du débat présidentiel de jeudi soir, Biden s’est emparé d’une question de la modératrice Kristen Welker sur des informations que «la Russie et l’Iran s’efforcent tous deux d’influencer cette élection», attaquant Trump pour son manque de fermeté envers la Russie. «Ils paieront un prix si je suis élu», a-t-il menacé. «Ils interfèrent avec la souveraineté américaine. Et à ma connaissance, je ne pense pas que le président ait dit quoi que ce soit à Poutine à ce sujet.»

Deuxièmement, cela fait partie de la dissimulation officielle de la conspiration très réelle et continue du gouvernement Trump pour alimenter la violence fasciste et rester au pouvoir quel que soit le résultat du vote.

Alors que le Times écrit hystériquement sur des allégations fabriquées de toutes pièces d’ingérence russe, il a entièrement abandonné sa couverture du coup d’État planifié par des milices fascistes, encouragées par la Maison-Blanche, ayant des liens avec des sections de la police et dont l’objectif était d’enlever et d’assassiner les gouverneurs Démocrates du Michigan et de Virginie. Si Biden et Trump ont échangé des accusations d’être dans la poche la Russie ou de la Chine, ils n’ont pas dit un mot sur ces complots ou sur les efforts de Trump pour établir une dictature présidentielle.

La croissance de l’opposition populaire au gouvernement Trump terrifie les Démocrates, parti de Wall Street et de l’armée ; une opposition qui se développera en lutte plus large contre la classe dominante et le système capitaliste. Ainsi, alors que Trump appelle ses partisans à surveiller les bureaux de vote armes en main, c’est prétendument, comme le dit le Times, la Russie qui est responsable de «saper la confiance des Américains dans l’élection» et «d’exacerber les disputes autour des résultats».

Enfin, la campagne anti-Russie des Démocrates et du renseignement a toujours été liée à l’exigence de renforcer la censure de l’Internet et de criminaliser l’opposition domestique. La montée de la colère de masse aux États-Unis doit ainsi être attribuée non pas aux inégalités sociales sans précédent, ni à la série interminable de meurtres policiers et surtout pas à la politique criminelle de la classe dirigeante envers la pandémie, qui a entraîné la mort de près de 230.000 Américains, mais aux efforts de la Russie pour «semer le mécontentement».

Même alors qu’il dissimule le complot de Trump pour monter un coup d’État dans les dernières semaines des élections, le Parti démocrate est engagé dans des discussions en coulisses avec des sections de l’État et du Parti républicain sur ce qu’il faut faire si Trump tente de rester au pouvoir même s’il perd. Si les Démocrates arrivent au pouvoir l’année prochaine, ce sera sur la base d’un engagement à intensifier la guerre à l’étranger et l’attaque des droits démocratiques aux États-Unis et à renforcer le pouvoir de l’appareil militaire et de renseignement.

(Article paru d’abord en anglais le 24 octobre 2020)