À l'approche des élections, Trump conspire pour répudier le vote populaire

Par Comité politique du Parti de l'égalité socialiste (États-Unis)
29 octobre 2020

À moins d’une semaine des élections américaines, le gouvernement Trump est engagé dans une conspiration pour rester au pouvoir même s’il perd le vote populaire.

Le passage en force de la nomination de la juge à la Cour suprême Amy Coney Barrett, qui a officiellement prêté serment mardi, est au cœur de cette stratégie. Pour superviser la cérémonie tenue à la Maison-Blanche, Trump avait choisi le juge Clarence Thomas, le seul juge encore à la Cour qui faisait partie de la majorité ayant statué sur l’affaire Bush contre Gore aux élections de 2000. Dans cette décision, la Cour avait décidé à 5 contre 4 d’arrêter un recomptage des votes en Floride et de remettre l’élection à Bush, qui avait perdu le vote populaire.

Le message ne pouvait pas être plus clair: Barrett doit assister le tribunal dans une opération similaire vingt ans plus tard. Pour souligner ce point, la Cour suprême a décidé le même jour que l’État « champ de bataille » du Wisconsin ne pouvait pas compter les bulletins de vote envoyés par la poste avant le jour du scrutin (le 3 novembre) mais reçus après. Cette décision, qui prive des dizaines ou des centaines de milliers d’habitants du Wisconsin du droit de vote, constitue une victoire majeure pour Trump et apporte un soutien politique essentiel à ses efforts pour contester les résultats de l’élection dans tout le pays.

Le président Donald J. Trump prononce un discours lors de la prestation de serment d’Amy Coney Barrett en tant que juge à la Cour suprême des États-Unis. (Crédit image: Joyce N. Boghosian/Flickr Maison-Blanche)

Dans un avis concordant avec la majorité, Brett Kavanaugh, une nomination de Trump, a répété l’affirmation sans fondement de celui-ci que le vote par correspondance était susceptible de fraude. Il a dit: «Les États veulent éviter le chaos et les soupçons d’irrégularités qui peuvent s’ensuivre. Cela sera le cas si des milliers de bulletins de vote par correspondance affluent après le jour du scrutin et risquent de fausser les résultats d’une élection». Autrement dit, les États veulent éviter le «chaos» causé par le comptage de tous les votes.

Kavanaugh a cité favorablement l’arrêt Bush contre Gore. Dans cette décision de 2000, la Cour avait explicitement déclaré que le jugement ne pouvait être utilisé comme précédent dans de futures décisions judiciaires. C’est la première fois qu’un juge cite cette décision depuis. En se référant à l’affaire, Kavanaugh a clairement indiqué ce que Trump prévoit de faire en 2020.

Trump veut utiliser une Cour suprême complétée pour rendre des décisions similaires dans d’autres États, invalidant les bulletins de vote par correspondance qui, selon lui, sans aucun fondement dans les faits, sont sujets à la fraude. Quelques heures après la publication de l’arrêt, Trump a déclaré sur Twitter: il y a «de gros problèmes et des divergences avec les bulletins de vote par correspondance dans tous les États-Unis. [On] doit avoir le total final le 3 novembre».

En fait, il n’y a aucune base constitutionnelle pour l’insistance de Trump à dire que l’élection doit être décidée le 3 novembre. Ce sont les 50 États qui comptabilisent les résultats des élections qui doivent choisir leurs électeurs avant la date limite «de protection » du 8 décembre, après le dépouillement de tous les votes. Trump sait que la majorité des bulletins de vote par correspondance qui arriveraient aux alentours ou après le 3 novembre seraient pour Biden, et il essaie de créer un prétexte pour les déclarer non valides.

Avec l’aide des tribunaux, Trump cherche à créer suffisamment de doutes sur le résultat pour permettre aux assemblées législatives des États contrôlés par les républicains dans les États «champ de bataille» cruciaux — comme le Michigan, la Pennsylvanie, la Caroline du Nord et le Wisconsin — de certifier les listes de grands électeurs favorables à Trump, quel que soit le vote populaire.

Pour étayer ses actions en justice, Trump cherche à inciter l’extrême droite et la violence fasciste avant, pendant et après le jour du scrutin. Il concentre ses derniers meetings électoraux sur les États clés « champ de bataille » où les partisans de Trump ont organisé des complots visant des gouverneurs en place.

Moins de trois semaines après la révélation d’un complot qui visait à kidnapper et à tuer la gouverneure du Michigan, Gretchen Whitmer, Trump a organisé mardi un meeting électoral dans la capitale de cet État, à Lansing. En parlant du complot qui visait à tuer Whitmer, Trump a déclaré que celle-ci avait « un problème», avant d’ajouter «je veux dire, nous allons voir si c’est un problème, n’est-ce pas? Les gens ont le droit de dire que c’était peut-être un problème, peut-être pas.»

Il compte également sur le soutien de la police pour aider les organisations fascistes à intimider les électeurs le jour du scrutin. Dans le Michigan, de nombreux shérifs locaux ont déclaré qu’ils n’appliqueraient pas les ordonnances de l’État, qui interdisent les armes à feu dans les bureaux de vote.

Mardi, le juge Christopher Murray de la Cour des réclamations du Michigan, nommé par l’ex- gouverneur Républicain John Engler, a émis une injonction préliminaire qui a effectivement mis fin à l’ordonnance de la secrétaire d’État Jocelyn Benson interdisant le port d’armes à feu en public. Les députés Républicains de l’État ont salué cette décision et dénoncé les «actes excessifs» du gouvernement Whitmer.

Lors de son rassemblement en Pennsylvanie lundi, Trump s’est insurgé contre le gouverneur Démocrate, Tom Wolf, le menaçant en disant : «nous vous surveillons». Il s’est vanté du soutien de la police dans tout le pays: «Tout ce que nous pouvons dire, c’est que les forces de l’ordre surveillent le Nevada, elles surveillent Philadelphie et la Pennsylvanie parce qu’il y a eu beaucoup de choses étranges… Nous surveillons la Caroline du Nord, nous surveillons le Michigan.»

Trump a une stratégie pour voler l’élection mais les Démocrates n’en ont aucune pour s’y opposer. En effet, ils font tout ce qu’ils peuvent pour dissimuler la menace qui pèse sur le droit démocratique le plus fondamental, le droit de vote.

Lors de son propre meeting électoral mardi, le candidat démocrate Joe Biden n’a mentionné ni le coup d’État électoral, ni le complot visant à kidnapper et assassiner Whitmer et d’autres gouverneurs, ni la confirmation de Barrett, ni la décision de la Cour suprême pour le Wisconsin, ni aucun autre élément lié à la menace qui pèse sur les droits démocratiques lors de l’élection. Au débat électoral final de la semaine dernière, les complots de Trump et ses menaces de rester au pouvoir malgré tout n’ont même pas été mentionnées.

Si les Républicains ont pu faire adopter l’investiture de Barrett en quelques semaines seulement, dans les circonstances politiques les plus difficiles ce fut grâce à la décision prise dès le début par les Démocrates de ne prendre aucune mesure pour bloquer l’investiture. Ils auraient pu fermer le gouvernement ou utiliser les nombreux règlements de procédure du Sénat pour empêcher une audition finale avant les élections.

Si les Démocrates n’ont pas pu empêcher l’installation de Barrett, qui peut croire qu’ils pourront défendre le résultat d’une élection qu’ils remportent?

Les Démocrates, un parti de Wall Street et de l’armée, sont terrifiés par tout ce qui pourrait déclencher des troubles de masse, qui risqueraient de se développer en mouvement non seulement contre Trump, mais contre l’ensemble du système capitaliste.

Dans une interview accordée à Politico le week-end dernier, Elissa Slotkin, une députée Démocrate et ancienne agent de la CIA, a clairement indiqué que dans les coulisses, les hauts responsables du Parti démocrate discutent activement de ce qui se passera si Trump refuse de quitter ses fonctions. Elissa Slotkin, a noté Politico, «s’inquiète du fait que l’Amérique pourrait se diriger vers une crise civile et constitutionnelle». En effet, elle «ne peut penser à rien d’autre ces jours-ci».

Mais plutôt que d’alerter le public sur le danger d’un coup d’État de la part de Trump, l’appel des Démocrates s’adresse aux dirigeants des agences militaires et de renseignement. Pour rester au pouvoir, a déclaré Slotkin, Trump «aurait besoin du soutien de son cabinet, en particulier du procureur général, du secrétaire à la Défense, du chef d’état-major des armées et du chef du Département de la sécurité intérieure». Les Démocrates, a-t-elle dit, ont écrit des lettres à «ces personnages… pour les amener à réfléchir à leurs propres lignes rouges, à ce qu’ils seront prêts à faire et à ne pas faire si, en effet, le président refuse d’accepter une défaite».

Tout cela se déroule dans les conditions de la pandémie de coronavirus, qui entre dans une nouvelle phase. Le nombre de décès, qui a déjà dépassé les 230.000, augmente. Les nouveaux cas atteignent des niveaux records.

Les complots de Trump sont indissociables de la politique d’«immunité collective» de la classe dirigeante, qui entraînera une augmentation massive des infections et des décès dus au coronavirus. Dans tous ses discours, Trump mêle l’incitation à la violence fasciste à des dénégations de plus en plus provocantes du danger de la pandémie et à des demandes de mettre fin à toutes les restrictions à sa propagation.

Le programme de Trump n’a aucun soutien populaire. Il s’agit d’un programme de mort et de dévastation sociale. La classe ouvrière éprouve une colère sociale immense et croissante à l’égard de toute la politique des élites dirigeantes en réponse à la pandémie. Toute tentative de Trump de rester au pouvoir dans ces conditions entraînera des protestations et des convulsions sociales de masse.

La lâcheté des Démocrates en réponse aux conspirations de Trump provient de leur propre opposition à toute politique visant à empêcher la propagation de la pandémie ou une crise sociale comme on n’en a pas vu depuis les années 1930. A part parler de masques, les Démocrates n’ont rien à proposer, car ils rejettent toute mesure qui menace les intérêts de la grande entreprise et de l’élite financière.

Le Socialist Equality Party (Parti de l’égalité socialiste), sa campagne électorale et ses candidats –Joseph Kishore à la présidence et Norissa Santa Cruz à la vice-présidence – mettent en garde les travailleurs: compter sur le Parti démocrate pour défendre les droits démocratiques n’est rien moins que suicidaire. Il ne défendra rien, pas même sa propre victoire électorale.

Une véritable lutte contre le complot de Trump ne peut être développée qu’en opposition aux Démocrates et à l’ensemble de la classe dirigeante.

La lutte contre les conspirations de Trump doit être liée à un programme socialiste en réponse à la catastrophe qui s'étend, basé sur les intérêts des travailleurs et non ceux de la classe dirigeante. Cela inclut l'arrêt de la production non essentielle et des écoles à mesure que la pandémie s'étend. Tous les travailleurs touchés, y compris les dizaines de millions de chômeurs, doivent recevoir un revenu complet, payé par une redistribution massive des richesses.

Ce n’est que sur la base d’un programme socialiste qu’un mouvement sérieux peut être développé pour défendre le droit démocratique le plus fondamental, le droit de vote.

Le dimanche 1er novembre à 13 heures Estdes États-Unis (18 h en France), le Socialist Equality Party organise (en anglais) une réunion électorale en ligne, « The Breakdown of American Democracy and the Fight for Socialism » («A la veille d’une élection de guerre civile: l’effondrement de la démocratie américaine et la lutte pour le socialisme»), afin d’examiner la conspiration de Trump et comment la combattre.

(Article paru d’abord en anglais le 28 octobre 2020)