Trump tient une réunion à huis clos avec des soldats des forces spéciales

Par Patrick Martin
31 octobre 2020

Le président Donald Trump a tenu une réunion à huis clos jeudi avec des soldats des forces spéciales à Fort Bragg, en Caroline du Nord. La réunion, qui a reçu l’étiquette anodine de «Rencontre avec des soldats» sur le calendrier officiel de la Maison-Blanche, était une séance privée avec l’équipe d’assassins qui a perpétré le meurtre du leader de l’État islamique Abu Bakr al-Baghdadi en 2019.

Selon le programme officiel de la visite à Fort Bragg, Trump et son épouse Melania devaient présenter une médaille militaire au groupe et visiter un mémorial des forces spéciales sur le terrain de l’immense base. Mais c’est très peu probable que Trump consacre un temps précieux, cinq jours avant une élection où il est à la traîne dans les sondages, à un événement purement cérémonial.

Le président Donald Trump prenant la parole depuis la pelouse sud de la Maison-Blanche au quatrième jour de la Convention nationale républicaine, le jeudi 27 août 2020, à Washington. (AP Photo/Alex Brandon)

L’importance que Trump attache à cette réunion est soulignée par le fait qu’elle a eu lieu malgré des conditions météorologiques dangereuses qui ont contraint sa campagne à annuler un rassemblement en plein air prévu deux heures plus tard dans la ville voisine de Fayetteville. La région a été frappée par des rafales atteignant 80 km/h et associées au système météorologique qui était autrefois l’ouragan Zeta.

On n’a communiqué aucun autre détail sur les personnes rencontrées par Trump et sur les discussions qui ont eu lieu. Mais le Fort Bragg est une installation militaire massive qui comprend à la fois le Commandement des opérations des forces spéciales américaines, quartier général des tueurs les mieux entraînés de l’armée américaine, et la 82e division aéroportée, l’une des plus importantes forces de déploiement rapide de l’armée américaine.

Toute tentative de Trump de défier les résultats de l’élection générerait certainement des protestations de masse dans l’ensemble des États-Unis. Trump aurait bien pu profiter de la visite au Fort Bragg pour discuter des réponses armées potentielles à une telle explosion politique, et pour évaluer le niveau de son soutien au sein des unités militaires qui y sont cantonnées, et parmi leurs commandants.

Lorsque Trump a fait sa première tentative de coup d’État présidentiel le 1er juin, lorsqu’il a menacé d’invoquer la loi sur l’insurrection (Insurrection Act) contre les manifestations de masse provoquées par l’assassinat de George Floyd par la police, il a convoqué des troupes de deux endroits – le Fort Bragg et le Fort Drum, à New York – dans la région de Washington D.C. Bien que ces forces ne soient jamais entrées dans la capitale, elles se trouvaient cantonnées à proximité pendant près d’une semaine.

Trump s’est rendu en Caroline du Nord depuis la région de Tampa, en Floride, où se trouve un autre quartier général militaire important, le Commandement central américain. Cet organisme contrôle toutes les activités militaires américaines au Moyen-Orient et en Asie centrale, y compris la guerre en Afghanistan, les opérations navales et aériennes dirigées contre l’Iran, les opérations aériennes et terrestres en Irak et en Syrie, et la guerre par drones et missiles au Yémen.

À Tampa, Trump a pris la parole à un rassemblement électoral où il a livré ses habituelles divagations incohérentes et délirantes. Il a invectivé le parti démocrate et son candidat présidentiel Joe Biden et a menacé la Chine de représailles pour le coronavirus – ses partisans se mettant alors à scander «Faites-leur payer».

Mais la principale cible de Trump était le socialisme, qu’il présentait comme une menace imminente. «Mardi, votre vote va sauver notre pays», a-t-il déclaré à la foule. «C’est l’élection la plus importante que nous ayons jamais eue. Nous allons vaincre les marxistes, les socialistes, les émeutiers, les brûleurs de drapeaux, les extrémistes de gauche. Nous allons vaincre les anarchistes».

Comme d’habitude lors des rassemblements de Trump, ses partisans se sont rassemblés et ne portaient pas de masques. On rapporte régulièrement des cas de personnes infectées par le coronavirus après avoir participé aux rassemblements de la campagne de Trump, qui ont eu lieu dans certains des États les plus touchés, tels que le Wisconsin, le Nebraska et l’Iowa. Trump organise une série d’événements de type «super-contaminateur», comme les a qualifiés le Dr Anthony Fauci la semaine dernière, dans le Michigan, le Wisconsin, le Minnesota, la Pennsylvanie et la Caroline du Nord dans les jours qui précèdent l’élection.

Le Financial Times a rapporté jeudi qu'il y avait une corrélation empirique directe entre la hausse des infections au coronavirus et la baisse de Trump dans les sondages. Le journal a déclaré que son analyse montrait que dans les États pivots où les cas de COVID-19 avaient augmenté de plus de 7 pour cent la semaine dernière, Trump était en retard de 4,3 points de pourcentage en moyenne. Dans les États où les cas de COVID-19 ont augmenté de 6 pour cent ou moins, il n'est qu'à 1,4 point de pourcentage.

La campagne de Trump a subi deux revers juridiques mercredi, la Cour suprême des États-Unis ayant refusé d’intervenir en Pennsylvanie et en Caroline du Nord contre les décisions des tribunaux des États permettant aux responsables électoraux de prolonger la période d’acceptation des bulletins de vote par correspondance, à condition que la date de leur envoi postal était le 3 novembre ou plus tôt.

En Caroline du Nord, par une marge de 5 contre 3, la Cour a maintenu une décision du tribunal de l’État qui permettait au comité électoral de l’État – qui est contrôlé par le gouverneur démocrate – de repousser la date d’acceptation des bulletins de vote par correspondance du 6 au 12 novembre. C’est l’Assemblée législative de l’État, contrôlée par les républicains, qui avait fixé la date du 6 novembre.

En Pennsylvanie, la cour a rejeté à l’unanimité un appel des républicains pour qu’elle empêche le gouvernement de l’État d’accepter les bulletins de vote par correspondance reçus du 4 au 6 novembre, mais dont la date d’envoi postal était le 3 novembre ou plus tôt. La cour n’a pas rendu de décision finale sur la question de savoir si ces bulletins pouvaient être comptés, et trois membres – Samuel Alito, Clarence Thomas et Neil Gorsuch – ont déclaré qu’ils pourraient soutenir l’annulation de ces bulletins, mais qu’il était trop tard pour émettre un tel ordre avant le jour du scrutin.

Il s’agit des trois mêmes juges qui étaient minoritaires dans la décision de la Caroline du Nord.

Les décisions rendues dans les deux cas différaient de la décision du tribunal dans une affaire similaire au Wisconsin, où les juges ont annulé à 5 contre 3 une ordonnance du tribunal fédéral de district qui prolongeait le délai d’acceptation des bulletins de vote par correspondance. Les deux juges qui ont changé de position, Brett Kavanaugh et John Roberts, auraient invoqué le fait qu’en Caroline du Nord et en Pennsylvanie, ce sont les tribunaux d’État et non les tribunaux fédéraux qui avaient pris la décision, et que les tribunaux d’État avaient droit à une certaine latitude dans l’interprétation des lois électorales des États.

Il est à noter que les trois juges nommés par Trump ont pris trois positions différentes sur les recours. Gorsuch s’est rangé du côté des républicains, Kavanaugh, du moins dans ce cas, du côté des démocrates, tandis que la juge nouvellement confirmée Amy Coney Barrett n’a pas participé à la décision, disant qu’elle n’avait pas eu le temps d’examiner les documents juridiques pertinents.