L'explosion de nouveaux cas de COVID dans l'hémisphère nord alimentera des troubles civils massifs

Par Benjamin Mateus
2 novembre 2020

Mercredi, le monde a enregistré plus de 507.000 cas de COVID-19 en 24 heures, portant le total mondial à 45 millions de cas. Au moment d'écrire ces lignes, il y a 485.418 nouveaux cas de COVID-19, et il reste encore plusieurs heures avant la réinitialisation du tableau de bord de Worldometer, ce qui implique que demain [vendredi], ce record sera pulvérisé.

Il y a seulement six jours, il y avait 400.000 nouveaux cas quotidiens, et 22 jours depuis que les nouveaux cas quotidiens dépassaient 300.000. L'Europe a connu une multiplication par plus de dix depuis les creux de l'été et représente désormais près de la moitié de tous les cas mondiaux, alors que le nombre de cas dans l'hémisphère sud semble reculer. Pendant ce temps, la moyenne sur sept jours aux États-Unis a atteint plus de 75.000 nouveaux cas par jour, une augmentation spectaculaire en quelques semaines seulement.

Dr Anthony Fauci en juin 2020 (AP Photo/Alex Brandon)

Comme prévu, les décès ont commencé à suivre cette poussée massive. Mercredi, à nouveau, il y a eu plus de 7000 morts dans le monde. Depuis le début du mois d'octobre, la moyenne mobile à sept jours a augmenté régulièrement d'un son niveau initial de 4993 à son haut niveau actuel de 6095 décès par jour.

La dernière fois qu'une telle moyenne de décès a été observée, c'était en avril, lorsque le monde a été témoin de la calamité de la pandémie de COVID qui ravageait les systèmes de santé dans de nombreux pays du monde entier alors que pays après pays fermaient des écoles et des entreprises non essentielles et mettaient en œuvre des confinements pour maîtriser un tant soit peu l’épidémie. Le Dow Jones chuta de plus de 10.000 points en quelques semaines depuis son niveau de 29.000 en février, motivant le président Trump à faire écho au slogan de Thomas Friedman, «le remède ne doit pas être pire que la maladie», inaugurant ainsi la politique de réouverture de l'économie, quel que soit le coût en santé et en vies humaines.

Tous les dirigeants mondiaux, personnalités politiques de premier plan, agences gouvernementales, ainsi que le secteur financier crucial, avaient été informés au début de la pandémie que le virus était très contagieux et virulent et que l'importance de sa voie de transmission aéroportée était claire. Cela rend les dirigeants du Parti démocrate au Congrès complices de cette trahison massive de la population.

Au lieu de suivre les conseils des épidémiologistes et des responsables de la santé publique pour formuler une réponse internationale pour protéger la vie et les moyens de subsistance de la population mondiale, la pandémie a été utilisée pour enrichir davantage l'oligarchie financière et ses défenseurs politiques.

Les systèmes de santé ont été laissés pour compte alors que les hôpitaux et les morgues se remplissaient de morts. Les travailleurs de la santé sont tombés malades et ont payé de leur vie les soins aux malades et aux infirmes. L'ensemble du projet de développement de produits thérapeutiques et matériels pour lutter contre la pandémie a été politisé et financiarisé.

À la lumière de ces expériences récentes, l'affirmation de Trump selon laquelle «avoir mis fin à la pandémie de COVID-19» était l'une de ses réalisations importantes ne doit pas être considérée uniquement comme une simple provocation et un mépris éhonté pour la sécurité de la population. Comme ses précédents commentaires – «cela disparaîtra tout simplement», «comme un miracle, il disparaîtra» ou «nous avons passé le cap» – les mensonges cruels de Trump signifient qu'en dépit de la crise sanitaire massive, il n'y aura pas d’autre confinement. Il tente essentiellement d'assurer aux marchés que la pandémie n'aura plus d'impact sur leurs intérêts financiers.

À cet égard, les commentaires du chef de cabinet de la Maison-Blanche la semaine dernière pendant l’émission «State of the Union»deCNN ont ouvertement corroboré ce fait qu'il n'y avait aucune intention de maîtriser la pandémie.

La crise sanitaire engendre par la pandémie est sur une trajectoire catastrophique qui constitue une menace grave pour la classe ouvrière. Le Dr Anthony Fauci, directeur de l'Institut national des allergies et des maladies infectieuses ainsi que membre du groupe de travail sur les coronavirus de la Maison-Blanche, a mis en avant une perspective plus sombre, déclarant: «Malheureusement, nous sommes actuellement au milieu d’un événement qui fera date, dont on fera référence dans l’histoire, je pense, comme étant le plus grave de toutes les épidémies au cours des cent dernières années. Et nous ne sommes pas encore sortis de l’auberge, loin de là.»

Le nombre d'États ayant enregistré un nombre record de cas s’accroit et les informations de nombreuses régions du monde indiquent que les systèmes de santé atteignent ou dépassent leur capacité. Selon l'Organisation mondiale de la santé, une stratégie d'atténuation sans maîtriser la pandémie est la catastrophe assurée.

Pour dire les choses sans détour, il n’existe pas de vaccin approuvé à l’heure actuelle, et il faudra encore plusieurs mois pour administrer des centaines de millions de doses lorsque l’un d’entre eux s’avérera efficace et sûr. Les affirmations de Trump selon lesquelles un vaccin est «imminent» ne sont qu'un mensonge de plus, en vue de l'élection. Il n'y a pas d'autre thérapeutique prouvée efficace en dehors de l'oxygène, de la dexaméthasone et des soins de soutien par les systèmes de santé.

Même le remdesivir, récemment approuvé par la FDA (agence américaine de produits alimentaires et médicamenteux), n'a pas réussi à réduire la mortalité ou le besoin d'un respirateur, ou à réduire la nécessité d'hospitalisation, selon les résultats des essais. Les seules mesures fiables sont celles liées à la santé publique: maintenir la distanciation sociale en combinaison avec des tests robustes et la recherche des contacts. Les tests n'ont que deux objectifs: diagnostiquer avec précision une personne pour la traiter et aider à retrouver les contacts. Pourtant, ces stratégies globales ont été totalement abandonnées, pour ne pas dire qu’elles aient été vraiment appliquées.

Au cours d'une table ronde de l'Université de Melbourne, Fauci a déclaré qu'il espérait qu'un vaccin serait disponible dans les prochains mois, mais a averti qu'une «partie substantielle de la population» ne verrait pas de vaccin avant la fin de l'année prochaine. «Je pense que ce sera plus facile vers la fin de 2021, et peut-être même dans l'année suivante, avant de connaître un semblant de normalité», a-t-il déclaré. Cinq sociétés dans les phases finales de leurs essais n'auront pas de données avant décembre.

Selon l'analyste médical de CNN, le Dr Jonathan Reiner, professeur de médecine à l'Université George Washington, «Si nous continuons notre comportement actuel, au moment où nous commencerons à descendre de l'autre côté de la courbe, un demi-million de personnes seront mortes.»

Dans tous les États américains, les déficits budgétaires s’élèvent à 434 milliards de dollars, selon le Wall Street Journal, une somme supérieure au budget total de l'éducation publique au primaire et second degré en 2019. Sous la pression de la pandémie, les coupes budgétaires touchant tous les aspects des fonctions de l'État, notamment l'éducation, ainsi que le chômage partiel imposé aux employés de l'État qui comprennent les enseignants, les pompiers et autres travailleurs d'urgence, et les réductions de leur salaire, de leur retraite et de leurs avantages sociaux, l'impact politique sera d'alimenter les troubles civils.

(Article paru en anglais le 30 octobre 2020)