A la veille de l'élection américaine

Trump soutient la campagne de violence contre Biden

Par Patrick Martin
3 novembre 2020

Dans un tweet samedi, puis dans des commentaires dimanche lors d’une série de meetings électoraux, le président Donald Trump a salué l’attaque montée par une caravane de ses partisans agitant des drapeaux contre un bus de campagne du Parti démocrate au Texas.

Capture d’écran d’une vidéo montrant des partisans de Trump suivant et entourant un bus de campagne de Biden et Harris (Crédit: Twitter/@ericcervini)

Vendredi, de nombreuses personnes ont enregistré l’incident, certaines dans le bus et d’autres accompagnant le bus en voiture. Il s’agissait d’une action concertée de dizaines de partisans de Trump conduisant des voitures et des camionnettes, qui ont encerclé le bus alors qu’il se déplaçait vers le nord sur l’autoroute 35 de San Antonio à Austin, puis ont délibérément ralenti le bus et tenté de l’arrêter.

Selon des témoins, certains des participants à ce qu’ils appelaient le «train Trump» ont brandi des armes au cours de leur action. Au moins une camionnette a heurté latéralement une voiture remplie de militants du Parti démocrate afin de se rapprocher du bus, causant des dommages évidents et mettant en danger toutes les personnes impliquées.

Samedi, Trump a tweeté une vidéo de l’attaque du bus, en ajoutant «J’AIME LE TEXAS».

Lors d’une apparition de campagne dans le comté de Macomb, Michigan, dimanche, Trump a fait l’éloge de cette action. «Avez-vous vu la façon dont nos gens, vous savez, protégeaient ce bus,» a-t-il dit, «parce qu’ils sont gentils.»

Trump a utilisé un langage de gangster similaire pour décrire les plans de ses partisans en Pennsylvanie, où il a averti le gouverneur démocrate Tom Wolf de ne pas se mettre en travers de son chemin. «Nous avons des gens très gentils», a-t-il dit. «Ils ne veulent rien faire avant l'élection. Des gens très gentils, très gentils».

Les partisans de Trump ont répondu au feu vert de la Maison-Blanche en organisant des caravanes de «trains Trump» dans plusieurs villes, bloquant ou ralentissant la circulation sur les autoroutes pendant des heures durant le week-end. Des actions de ce type ont été signalées sur le pont Mario Cuomo qui traverse l’Hudson, sur la Garden State Parkway dans le New Jersey, sur plusieurs autoroutes à Houston, au Texas, et à Louisville, dans le Kentucky, où des affrontements ont eu lieu entre des participants aux caravanes de droite et des manifestants de Black Lives Matter.

Le président du Parti républicain au Texas, Allen West, ancien officier militaire et membre du Congrès de Floride, a nié l’importance de l’incident, déclarant: «Il s’agit plutôt de fausses nouvelles et de propagande». Aux journalistes qui soulevaient la question il a déclaré: «Préparez-vous à perdre… arrêtez de m’embêter».

Il a continué avec une insulte ouvertement antisémite: «Peut-être que Soros peut tous vous faire un nouveau chèque en 2022.» Il s’agit d’une référence au milliardaire juif George Soros, un partisan bien connu du Parti démocrate, une cible centrale des théories du complot d’extrême droite telles que QAnon.

Selon les responsables du Parti démocrate, le bus, arborant une banderolle de Biden et Harris, faisait partie d’une campagne à travers le Texas qui a débuté mercredi à Amarillo, dans le nord-ouest du Texas, passant par l’Ouest du Texas, la côte du Golfe et la région frontalière, de Brownsville à Laredo. Ils revenaient par la I-35 allant de San Antonio à Austin.

Parmi les personnes qui se trouvaient dans le bus au moment de l’attaque figurait l’ancienne sénatrice d’État Wendy Davis, qui est dans une course serrée avec le député Chip Roy dans le 21e district du Congrès, qui s’étend à l’ouest de la I-35.

Des témoins oculaires ont déclaré que le groupe pro-Trump était stationné dans une longue file de 40 à 50 véhicules le long de l’autoroute. Ils se sont arrêtés sur le bord de la route et ont commencé à suivre le bus Biden-Harris, klaxonnant, criant et positionnant leurs véhicules autour du bus.

La tentative de blocage du bus Biden-Harris a duré environ 40 minutes et elle n’a pu être stoppée qu’après que la police ait finalement répondu à un appel au 911 des Démocrates à bord du bus.

Un responsable local du Parti républicain à San Marcos, au Texas, une des villes traversées par l’autoroute, a tweeté: «Nous avons envoyé le bus @JoeBiden @KamalaHarris hors de Hays! Les gens de votre espèce ne sont pas les bienvenus ici!»

La police du San Marcos a affirmé que l’accident entre le pick-up poursuiveur et le SUV blanc conduit par un membre du personnel de la campagne Biden-Harris était la faute des Démocrates. Elle a déclaré que «la victime semble être le pick-up noir» et poursuivi cyniquement en disant que le conducteur du pickup n’avait pas porté plainte.

La réponse du Parti démocrate du Texas a été d’annuler trois événements dans la région «par excès de prudence», une description plus exacte étant plutôt un excès de lâcheté politique. Une couardise soulignée plus encore par le titre grandiloquent de la tournée en bus démocrate: «Bataille pour l’âme de la nation».

La menace de la violence est une réponse délibérée du parti républicain à l’opposition populaire croissante à Trump, exprimée de façon particulièrement frappante au Texas, qui a vu un afflux massif d’électeurs aux urnes. Le nombre de personnes ayant déjà voté au Texas, par correspondance ou vote anticipé, est supérieur au nombre total des votes en 2016.

(Article paru d’abord en anglais le 2 novembre 2020)