Premières observations sur les présidentielles américaines

Par Patrick Martin
4 novembre 2020

Ce mercredi matin, le résultat des présidentielles américaines reste en suspens. Mais le seul fait que l’élection est si serrée constitue déjà une mise en cause dévastatrice du Parti démocrate et de son incapacité d’offrir une alternative progressiste à la politique fascisante de l’administration Trump.

Une mince victoire au Collège électoral est encore possible, soit pour le candidat démocrate Joe Biden ou le président républicain Donald Trump. Vu le délai dans le décompte du vote par correspondance, massif cet année à cause de la pandémie de Covid-19, les résultats au Wisconsin, au Michigan et en Pennsylvanie pourraient ne pas être connus avant la fin de la semaine.

Trump a gagné la Floride, la Géorgie, le Texas, et l’Ohio et a une mince avancée en Caroline du Nord – tous des états qu’il a remportés en 2016. Il n’a pas remporté le New Hampshire ou le Minnesota, qu’il avait presque gagnés en 2016, et perdrait vraisemblablement le Nevada, aussi.

Si Trump remportait de justesse une victoire au Collège électoral, il serait le 2e président américain de l’histoire à être réélu à une marge plus étroite que sa victoire initiale. Le 1er était Barack Obama.

Même si Biden gagne de justesse, ce ne sera pas l’écrasante victoire à laquelle on se serait attendu face à un président sortant après la mort de 235.000 Américains dans la pandémie de coronavirus, la pire crise économique depuis la Dépression des années 1930 et la mobilisation de forces fascistes pro-Trump pour tenter d’établir un régime autoritaire à Washington.

Tôt mercredi matin, Trump a déclaré victoire sur la base des résultats initiaux et ajouté qu’il compte stopper le décompte des voix. «De notre point de vue, on a déjà gagné», a-t-il déclaré à la Maison Blanche, avant d’ajouter: «Nous irons à la Cour suprême. On veut que le vote s’arrête.»

Avant l’élection, Trump avait à plusieurs reprises insisté que les résultats de l’élection devraient être connus le jour de l’élection, ce qui n’a aucune base légale ou constitutionnelle. Trump, qui ne peut aucunement crier victoire, continue ses conspirations politiques.

Le Parti démocrate a tout fait pour étouffer l’opposition populaire aux conspirations de Trump et à son attisement des mouvements fascisants avant l’élection. Ils ont sciemment minimisé les menaces de violence faites par Trump, même contre des gouverneurs démocrates comme Gretchen Whitmer au Michigan et Ralph Northam en Virginie.

Les démocrates n’ont pu regagner aucune section substantielle des travailleurs ruraux et périurbains qui ont voté Trump en 2016. Ils ont fondé leur campagne sur une politique petite-bourgeoise faisant appel aux classes moyennes aisées sur des bases raciales et de genre, sans avancer un programme économique face à la crise sociale déclenchée par la pandémie.

En 1932, les démocrates sous Franklin D. Roosevelt ont remporté une victoire écrasante en proposant une «Nouvelle donne» (New Deal) pour les travailleurs, face à la plus grande crise économique de l’histoire.

Mais les démocrates ont depuis longtemps rejeté toute réforme sociale ou appel aux intérêts de classe des travailleurs, préférant cultiver une base sociale aisée en favorisant l’envolée de la bourse et des appels à partager ces privilèges entre les races et les genres.

Leur opposition à Trump pendant son premier mandat s’est concentrée sur la politique extérieure; ils exigeaient une politique plus agressive envers la Russie et tentaient de mobiliser un soutien plus large au sein de l’armée et du renseignement. Ils ont délibérément tenté de canaliser et d’étouffer toute contestation sociale plus large des politiques de droite menées par Trump.

En 2020 comme en 2016, le Parti démocrate n’a su offrir aucun programme face à la crise sociale dont souffre la classe ouvrière dans de larges portions du pays, surtout dans des villes sinistrées des Appalaches et du Midwest, touchées par la désindustrialisation.

En Ohio, par exemple, Trump a pu remporter les contés de Trumbull et Mahoning, y compris les villes de Youngstown et Warren, dévastées d’abord par la sidérurgie, qui a fermé des usines à partir des années 1970 et plus récemment par General Motors (GM), qui a fermé sa vaste usine de Lordstown l’année dernière avec la collaboration du syndicat United Auto Workers.

Au Michigan, Trump devance Biden pour l’heure aux contés de Genesee – où la ville de Flint a subi l’horrible crise d’intoxication au plomb – de Saginaw, et de Bay. Ces trois contés étaient autrefois dominés par les usines GM, dont la plupart sont fermées à présent. Trump a aussi remporté le conté de Macomb, le centre de la production automobile dans la banlieue de Détroit.

Le résultat des législatives est aussi peu clair que celui du vote présidentiel.

On ne peut dire si les démocrates reprendront les trois ou quatre sièges nécessaires pour obtenir une majorité au Sénat. Ils ont capturé des sièges républicains au Colorado et en Arizona, mais perdu le siège du sortant Doug Jones en Alabama; le résultat des élections au Maine, en Caroline du Nord et au Montana reste incertain. Les républicains ont conservé des sièges en Caroline du Sud, en Géorgie, au Mississippi, au Kansas, en Iowa, au Texas et au Kentucky contre des démocrates bien financés.

Le Parti démocrate maintient sa majorité dans la Chambre des représentants mais a connu plusieurs défaites. Dans deux sièges en Floride, de nouvelles représentantes ont perdu face à des républicains d’origine cubaine qui menaient des campagnes violemment anticommunistes. Les démocrates ont remporté deux sièges en Caroline du Nord après un redécoupage des circonscriptions.

Il est entièrement possible que la configuration actuelle à Washington – Trump à la Maison Blanche, Mitch McConnell en dirigeant de la majorité au Sénat, et Nancy Pelosi en présidente de la Chambre – perdure en 2021, malgré les convulsions sociales, économiques et politiques de 2020. Ceci souligne que les structures politiques des États-Unis sont insensibles à la pression des masses et incapables de réagir à la plus profonde crise sociale depuis la Dépression des années 1930.

Si la conclusion des présidentielles est encore incertaine, le cours de la campagne a donné raison à la perspective du Parti de l’égalité socialiste, qui dans sa propre campagne a rejeté tous les efforts de subordonner la classe ouvrière au Parti démocrate et à la campagne de Biden.

Quelle que soit l’évolution des événements dans les jours à venir, la lutte des classes peut et doit se développer. Il faut armer les travailleurs d’un programme socialiste contre les deux grands partis bourgeois et le système capitaliste.