Alors que des millions de personnes votent contre lui, Trump pousse à la violence et à la suppression des votes

Par Patrick Martin
4 novembre 2020

Alors que la participation électorale dépasse les 100 millions aux États-Unis et que des dizaines de millions d’autres se sont rendu aux urnes hier, le président Donald Trump intensifie ses préparatifs pour défier la volonté populaire et rester au pouvoir. En retard dans les urnes, et ses dernières contestations judiciaires concernant le dépôt et le décompte des bulletins de vote ayant été rejetées par les tribunaux, Trump se tourne vers l’instigation ouverte de la violence.

Lundi soir, plus de 98 millions de personnes avaient voté. En 2016, lorsque Trump a remporté une courte victoire au Collège électoral contre Hillary Clinton malgré la perte du vote populaire, 138 millions de personnes avaient voté. Cette année, le taux de participation pourrait atteindre ou dépasser les 160 millions.

Si les sondages concernant ceux qui ont déjà voté sont exacts, il est probable que Trump sera en retard de 25 millions de voix sur l’ancien vice-président Joe Biden le jour du scrutin. Il aurait besoin de gagner le vote des gens qui viennent aux bureaux de vote le jour de l’élection par une marge écrasante, pour être réélu.

Rosy Chan, employée du département des élections de San Francisco, vérifie les bulletins endommagés dans un centre de vote de San Francisco, dimanche 1er novembre 2020. (AP Photo/Jeff Chiu)

Si la tendance des votes se poursuit — et si les votes sont comptés équitablement plutôt que supprimés — le résultat serait une déroute politique de Trump et des Républicains. Cela ne peut être compris que comme l’expression d’une colère populaire écrasante contre le gouvernement Trump, à la fois pour son refus scandaleux de lutter contre la pandémie de coronavirus qui a tué plus de 235.000 personnes en Amérique; et pour ses menaces croissantes contre les droits démocratiques.

Ces sentiments populaires ont été préfigurés par les protestations de masse qui ont éclaté à travers les États-Unis, dans pratiquement toutes les villes et localités, en réaction à l’assassinat de George Floyd par la police à Minneapolis en mai dernier. Ces sentiments semblent remonter à la surface dans une répudiation massive du gouvernement Trump et de ses politiques d’extrême droite.

La participation électorale représente en soi un premier changement de conscience politique parmi des millions de jeunes et de travailleurs. Quelques chiffres illustrent la démographie de l’élection:

En 2016, quelque 8,9 millions de personnes ont voté au Texas, longtemps dirigé par le parti républicain, et Trump l’a emporté de 800.000 voix. En 2020, plus de 9 millions de personnes ont déjà voté par anticipation ou par correspondance, et des millions d’autres sont attendues aux urnes mardi. Les plus fortes augmentations de la participation sont dans les grandes villes et on estime cet État désormais très disputé.

En 2016, 4,1 millions de personnes ont voté en Géorgie, un État traditionnellement Républicain que Trump a emporté facilement. Cette année, au moins 3,8 millions de personnes ont déjà voté, le taux de participation le plus élevé se situant dans la région métropolitaine d’Atlanta. L’État est considéré comme très serré.

En Caroline du Nord, le vote anticipé et le vote par correspondance combinés ont déjà dépassé le total de 4,5 millions de personnes qui avaient voté en 2016. Les villes de Raleigh, Durham et Charlotte enregistrent les taux de participation les plus élevés. Le vote des jeunes est nettement plus élevé qu’en 2016, lorsque Trump a remporté cet État avec une marge d’environ 3 pour cent.

Une étude de l’Université Tufts a révélé que 7 millions de jeunes ont déjà voté et que les jeunes représentaient un pourcentage plus élevé des électeurs dans 13 des 14 États «champs de bataille» par rapport à 2016. Les plus fortes augmentations de la participation des jeunes ont lieu dans une suite d’États du Sud: Virginie, Caroline du Nord, Géorgie, Floride et Texas.

Si le Parti démocrate et Biden arrivent au pouvoir à la suite de l’élection, ils seront les bénéficiaires totalement immérités d’une répudiation populaire de Trump et de ses politiques fascistes qui comprennent ses efforts en cours pour organiser un coup d’État politique contre l’élection elle-même. Biden n’a proposé aucun programme pour répondre aux besoins des travailleurs et, comme Trump, il défend les intérêts de la grande entreprise américaine et de son appareil militaire et de renseignement.

La réaction de Trump et des Républicains à ce flot d’électeurs venus aux urnes a été d’intensifier les actions en justice pour retarder le décompte des bulletins par correspondance. Ainsi, Trump pourrait émettre une fausse déclaration de victoire sur la base d’un vote en personne uniquement, ou bien pour supprimer totalement les votes anticipés, comme le voulait une action en justice intentée à Houston, au Texas.

Le procès du Texas contestait la validité de 127.000 votes exprimés par des habitants du comté de Harris (Houston) qui avaient utilisé un système de « vote au volant » offert par le comté en raison de la crainte du coronavirus. Les bulletins de vote constituaient plus de 10 pour cent de l’ensemble des votes anticipés exprimés dans le comté de Harris, qui est fortement Démocrate.

Les arguments juridiques avancés par les Républicains — trois candidats et un militant de longue date du parti — étaient ouvertement antidémocratiques. Ils ont affirmé qu’il était illégal et inconstitutionnel pour le gouvernement local d’offrir aux citoyens des moyens plus sûrs de voter pendant la pandémie. Ils ont exigé que les tribunaux jettent les bulletins de vote à la veille de l’élection, privant ainsi 127.000 personnes de leur droit de vote. Ils ont cité la célèbre décision de la Cour suprême de 2000 dans l’affaire Bush contre Gore comme précédent pour l’intervention fédérale dans un litige électoral au niveau des États.

Après que la Cour suprême du Texas, dont les différents gouverneurs Républicains ont nommé tous les juges, a rejeté la demande, les plaignants se sont tournés vers un tribunal fédéral. Un juge Républicain d’ultra-droite, Andrew Hanen, nommé par George W. Bush, a décidé que les plaignants n’avaient pas qualité pour agir et ne pouvaient pas prouver qu’ils avaient subi un préjudice du fait des personnes ayant voté. Il a également fait remarquer que le processus de «drive-in» avait été annoncé pendant l’été. Mais que la plainte n’était arrivée dans sa salle d’audience que la veille des élections. Il a ajouté que le remède demandé, la suppression des votes, était beaucoup trop drastique.

La campagne Trump a perdu une deuxième affaire importante dans un État «champ de bataille» lorsqu’un juge du Nevada a rejeté sa requête. Cette dernière visait à arrêter le comptage des bulletins par correspondance dans le comté de Clark, Nevada, qui comprend Las Vegas. Le but de l’arrêt était d’attendre que soit examinée la procédure exacte à suivre pour le stockage, l’ouverture et le comptage des bulletins de vote. L’objectif transparent de ce procès était de ralentir le décompte des bulletins de vote par correspondance, censé favoriser Biden et les Démocrates. Cela devait permettre à Trump de revendiquer la «victoire» au Nevada sur la base des votes en personne uniquement. Le comté de Clark représente les deux tiers des votes exprimés lors des élections du Nevada.

Plus Trump voit les électeurs aller voter et moins il a de succès devant les tribunaux, plus il encourage ses partisans fascistes à se livrer à l’intimidation et à la violence pure et simple, dans le but de bloquer un décompte honnête des voix et la déclaration d’un vainqueur. L’objectif est de permettre aux assemblées législatives des États contrôlés par les Républicains d’intervenir dans les États clés et de sélectionner une liste d’électeurs favorables à Trump, quel que soit le vote populaire dans l’État. Trump envisage sans doute aussi d’utiliser l’armée américaine pour réprimer les protestations contre sa tentative de voler les élections.

S’exprimant lundi à Scranton, en Pennsylvanie, Trump a condamné la prolongation par le gouvernement de l’État de la date limite de réception des bulletins de vote par correspondance. Les bulletins comptés après le jour de l’élection doivent porter le cachet de la poste du 3 novembre au plus tard. «Ils ont créé une situation très dangereuse, et je veux dire dangereuse, physiquement dangereuse, et ils l’ont rendue très, très mauvaise, ils ont fait une très mauvaise chose pour cet État», a-t-il menacé. Se référant au gouverneur démocrate Tom Wolf, il a lancé un avertissement: «S’il vous plaît, ne trichez pas, parce que nous sommes tous en train de regarder. Nous vous surveillons tous, Gouverneur».

Plus tôt dans la journée de lundi, il a condamné un arrêt de la Cour suprême des États-Unis qui confirmait effectivement la prolongation du délai en Pennsylvanie, en tweetant: «La décision de la Cour suprême sur le vote en Pennsylvanie est TRÈS dangereuse. Elle permettra une tricherie généralisée et incontrôlée et sapera l’ensemble de nos systèmes législatifs. Elle provoquera également la violence dans les rues. Il faut faire quelque chose!»

De qui viendront le «danger physique» et la «violence dans les rues»? Qui sont les victimes potentielles? C’est là une tentative évidente de Trump d’intimider les responsables de l’État, en utilisant la menace de la violence de droite, à l’instar des complots déjà découverts dans le Michigan, la Virginie et d’autres États, où les milices fascistes ont pris pour cible des gouverneurs démocrates et d’autres personnes jugées insuffisamment loyales envers le futur dictateur de la Maison-Blanche.

En prévision d’une agitation populaire généralisée contre une tentative de coup d’État de Trump, un certain nombre de gouverneurs d’États, tant républicains que démocrates, ont mobilisé la Garde nationale. Le gouverneur du Massachusetts Charlie Baker, un Républicain anti-Trump, a alerté 1.000 soldats pour un éventuel déploiement dans les zones urbaines de l’État. La gouverneure de l’Oregon, Kate Brown, a déclaré l’état d’urgence pour la région de Portland de lundi à mercredi et a mobilisé un nombre indéterminé de troupes de la Garde nationale. Une unité de la Garde nationale de l’Illinois a été déployée à Chicago, sur ordre du gouverneur Démocrate J. B. Pritzker.

Le gouverneur du Texas, Greg Abbott, a déjà mobilisé 1.000 soldats de la Garde nationale pour un déploiement dans cinq grandes villes — Houston, Dallas, Fort Worth, Austin et San Antonio — en invoquant le danger de manifestations de masse de l’ampleur de celles qui ont suivi le meurtre de George Floyd par la police en mai.

Le titre d’un article publié par le magazine Atlantic: «Comment Trump pourrait tenter un coup d’État» résume l’atmosphère d’appréhension qui règne dans le Washington officiel à la veille de l’élection. Alors que l’ancien vice-président Biden a publiquement écarté le danger que Trump ne cherche à voler l’élection ou n’en défie le résultat, l’article d’Atlantic révèle que la campagne de Biden a mené «un exercice de planification massive pour des réponses rapides à des douzaines de scénarios dans lesquels Trump tente d’interférer avec le fonctionnement normal de l’élection».

Ces réponses sont supposées se limiter à des «motions d’urgence pré-rédigées devant un tribunal d’État ou fédéral». L’article poursuit en disant que «la campagne sera prête dans un délai d’une heure à déposer une injonction restrictive temporaire dans tous les cas qu’elle aura jusque là pu anticiper».

L’Atlantic évoque l’utilisation éventuelle par Trump de policiers fédéraux et de forces paramilitaires, voire de l’armée régulière, mais ne rend pas compte des discussions entre la campagne Biden et le Pentagone, qui ont sans aucun doute eu lieu.

(Article paru d’abord en anglais le 3 novembre 2020)