Envolée de la COVID-19 dans le monde : pour les gouvernements, les profits plus importants que les vies

Par Andre Damon
10 novembre 2020

Ce week-end, on a passé les 50 millions de cas de COVID-19 dans le monde et le nombre des décès a dépassé 1,25 million. Les Amériques et l’Europe sont confrontés à la pire phase de la pandémie à ce jour.

En France et en Italie, les hôpitaux sont une fois de plus débordés, ce qui les incite à transférer les patients vers les pays voisins, dont l’Allemagne. Samedi, la France a enregistré un nombre record de 86.852 nouxeaux cas en une seule journée.

Des photos et vidéos ont circulé montrant les couloirs des hôpitaux italiens où des gens sont entassés, sous respirateur, certains même allongés sur le sol. Le système de santé du pays est au bord de l’effondrement. Samedi, le ministère italien de la Santé a fait état de 39.811 nouvelles infections sur 24 heures, le plus grand nombre de cas quotidiens dans ce pays. Le nombre total de décès liés au virus y a dépassé les 41.000.

Le personnel médical travaille dans le service de soins intensifs pour les patients atteints de Covid-19 à l’hôpital MontLégia CHC de Liège, en Belgique, vendredi 6 novembre 2020. (AP Photo/Francisco Seco)

Les États-Unis ont enregistré un nombre record de nouveaux cas quotidiens jeudi, vendredi et samedi, soit plus de 132.000. Le nombre de nouveaux cas quotidiens aux États-Unis est désormais supérieur au nombre total des cas de COVID-19 en Chine pour toute la durée de la pandémie.

Le nombre moyen de nouveaux cas quotidiens en Amérique a augmenté, de facon stupéfiante, de 30 pour cent au cours de la semaine dernière. Dix-neuf États signalent un nombre record de personnes hospitalisées avec le COVID-19, et 43 États signalent une augmentation des cas. Cela inclut les États situés au cœur des zones rurales du pays, où les systèmes de santé sont chroniquement sous-financés.

Le Texas compte désormais plus de cas que tout autre État, plus d’un million. Le ministère de la Défense a envoyé trois équipes médicales d’urgence à El Paso, et la ville a mis en place des installations médicales d’urgence temporaires pour renforcer ses hôpitaux submergés.

Les États-Unis comptent maintenant 10 millions de cas de COVID-19, soit un cinquième du total mondial, et un quart de million de personnes sont mortes. Les épidémiologistes ont averti que le nombre de morts pourrait atteindre 400.000 d’ici la fin de l’année.

En mars dernier, les gouvernements ont été contraints de fermer temporairement des entreprises non essentielles après les débrayages spontanés des travailleurs des usines automobiles et d’autres installations. Mais avec la nouvelle vague de la pandémie, qui est bien pire, les gouvernements ont clairement indiqué qu’ils ne fermeraient ni les écoles ni les usines.

Si la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne ont mis en place des restrictions mineures, comme la fermeture des bars et des salles de gym, elles n’ont pris aucune mesure pour fermer les écoles ou arrêter les productions non essentielles.

Aux États-Unis, le gouvernement Trump a ouvertement adopté la doctrine de «l’immunité collective», qui considère que la propagation de la pandémie est une bonne chose et que les gouvernements ne devraient rien faire pour l’arrêter.

La classe dirigeante déclare son opposition à la fermeture des écoles et des usines au moment où apparaissent de nouvelles preuves du rôle des lieux de travail dans la propagation de la maladie. Un rapport récent des Centres américains de Contrôle et prévention des maladies (CDC) révèle qu’il y a deux fois plus de chance qu’un adulte dont le test s’est avéré positif travaille dans un bureau ou une usine, plutot qu’à domicile.

La victoire du démocrate Joe Biden aux élections présidentielles est due à une large répudiation dans la population de la gestion désastreuse de la pandémie par Trump. Mais le premier objectif de Joe Biden a été de rassurer la grande entreprise en lui disant qu’il n’y aurait pas de changement de cap fondamental par rapport à l’actuel gouvernement.

Dans son premier discours depuis que les grandes chaînes de télévision l’ont déclaré vainqueur de l’élection, Biden n’a consacré qu’un seul paragraphe, samedi, à la pandémie. Il s’est engagé à créer un «plan d’action» pour «renverser cette pandémie», sans mentionner une seule politique spécifique.

Le site web de son équipe de transition n’appelle pas à l’allocation de fonds supplémentaires pour lutter contre la pandémie. On ne peut distinguer ses vagues suggestions de tests «réguliers et fiables» et de fourniture aux États «des moyens essentiels dont ils ont besoin» de celles du gouvernement Trump sortant. Alors que Biden avait demandé l’imposition au plan national du port du masque pendant la campagne, son site web a abandonné cette demande, laissant plutôt ces mesures, comme l’a fait Trump, aux gouverneurs.

Plus important encore, les démocrates ne proposent pas la fermeture des entreprises non essentielles mais font de vagues déclarations comme «la distanciation sociale n’est pas un interrupteur. C’est un cadran». Ils ne proposent rien non plus pour indemniser les travailleurs et les petites entreprises touchés par la pandémie, faisant peser sur les individus la charge de se conformer aux mesures de confinement recommandées ; ils garantissent ainsi que les travailleurs se trouveront forcés par les circonstances économiques de travailler dans des conditions dangereuses, pour eux comme pour les autres.

Les millions de travailleurs et de jeunes qui ont voté pour Biden l’ont sans aucun doute fait dans l’espoir qu’il mènera en matière de coronavirus une politique diamétralement opposée à celle de Trump. Ils vont avoir une mauvaise surprise. Une présidence Biden sera tout autant que celle de Trump régie par les diktats de la grande entreprise qui regarde tout effort visant à contenir la pandémie comme contraire à ses intérêts.

La pandémie fait rage des deux côtés de l’Atlantique parce que la réponse des gouvernements est déterminée par les profits de l’oligarchie industrielle et financière et non par la santé de la population. La substitution au pouvoir d’un parti capitaliste par un autre ne peut pas et ne changera pas fondamentalement cette politique.

Tout au long de cette année, le «World Socialist Web Site» a tiré la sonnette d’alarme sur les dangers représentés par la pandémie, alors même que les gouvernements capitalistes minimisaient le danger et permettaient au virus de se propager. Ces avertissements ont été confirmés.

La maîtrise de la pandémie, la plus grande catastrophe sanitaire depuis plus d’un siècle, exige une réponse sociale radicale.

Il faut fermer les écoles et les lieux de travail non essentiels, allouer des ressources sociales massives pour compenser les pertes de salaire des travailleurs et garantir que les enfants bénéficient du soutien dont ils ont besoin pour un enseignement à distance. Là où la production est essentielle au fonctionnement de la société, des conditions de travail sûres doivent être supervisées par des comités de sécurité de la base et des professionnels de la santé, sans souci pour les profits du patronat.

Il faut investir massivement dans les infrastructures publiques de soins de santé, y compris le dépistage pour tous, dans la recherche des contacts et dans des traitements gratuits pour tous. Cela nécessite un vaste programme de travaux publics pour développer les infrastructures de soins de santé et les hôpitaux.

Un effort public massif et mondial est nécessaire pour développer un vaccin et le distribuer librement. Cet effort vital ne peut être subordonné aux intérêts patronaux et à la concurrence entre États nationaux.

La mise en œuvre d’une telle réponse rationnelle et scientifique à la pandémie est bloquée par la propriété privée de la production et la subordination de toute la société aux intérêts de l’oligarchie financière. La lutte contre la pandémie, autrement dit, n’est pas fondamentalement une question médicale. Elle nécessite une lutte politique de la classe ouvrière internationale contre le système capitaliste.

(Article paru d’abord en anglais le 9 novembre 2020)