Québec Solidaire défend la politique criminelle de l’«immunité collective»

Par Louis Girard
10 novembre 2020

- «Des éclosions dans les cinémas, il n'y en a eu aucune. Il y a plus de 100 éclosions à [l’abattoir] Olymel. Pourquoi Olymel est ouvert puis les cinémas sont fermés?»

- «Il y a des éclosions dans les écoles, mais les écoles sont ouvertes. Il n'y a pas d'éclosion dans les musées, mais les musées sont fermés.»

- «L'hiver s'en vient. Peut-on imaginer l'ouverture des terrasses chauffées? Ça se vit ailleurs, dans d'autres pays nordiques.»

Ces propos ont été prononcés en pleine deuxième vague de coronavirus au Canada, alors que le Québec a déjà enregistré un taux de décès lié à la COVID-19 parmi les plus élevés de la planète.

Leur signification est claire: il ne suffit pas de garder ouvertes les entreprises et les écoles; le gouvernement doit aller au bout de sa politique (de laisser le virus faire des ravages dans la population pour ne pas nuire aux activités génératrices de profits) et lever toutes restrictions sur les cinémas, musées et restaurants; l’exemple à suivre est celui de la Suède «nordique», où le laisser-faire a été officiellement adopté au nom de l’«immunité collective» et a causé un taux de décès par habitant 9 fois supérieur à la Finlande voisine.

Les citations relevées ci-haut ne viennent pas d’éléments anti-masque liés à l’extrême-droite, ni des représentants de la grande entreprise qui exigent un retour précipité au travail, mais des deux porte-parole de Québec Solidaire – Gabriel Nadeau-Dubois (auteur des deux premières citations) et Manon Massé (troisième citation), à l’occasion d’un récent point de presse.

Les deux porte-parole de QS, Manon Massé (à gauche) et Gabriel Nadeau-Dubois (à droite). (Crédit photo: Québec Solidaire)

Par ces déclarations, Québec Solidaire (QS) fait plus que soutenir, comme il l’a déjà fait à maintes reprises, le gouvernement de droite de la CAQ (Coalition Avenir Québec) et sa gestion désastreuse de la pandémie. Il se positionne désormais comme le promoteur le plus effronté de la politique criminelle, pas toujours avouée, de l’«immunité collective».

Celle-ci a été adoptée par le gouvernement fédéral libéral de Justin Trudeau, et par les dirigeants américains et européens, afin que la grande entreprise puisse continuer à extraire en pleine pandémie d’immenses profits sur le dos de la classe ouvrière, avec des conséquences catastrophiques pour la santé et la vie de millions de travailleurs dans le monde.

Au Canada, c’est le gouvernement Legault soutenu par QS qui a pris la tête de la campagne pour un retour prématuré au travail, ayant cherché dès le mois d’avril à rouvrir toutes les écoles du Québec. Mais il est talonné par les gouvernements conservateurs de l’Ontario (sous le premier ministre Doug Ford) et de l’Alberta (sous le premier ministre Jason Kenney). De leur côté, les grands médias, le Toronto Sun en tête, ont relayé avec enthousiasme l’appel pseudo-scientifique à l’immunité collective lancé par des scientifiques de droite dans la déclaration de Great Barrington.

«Ce que dit la déclaration de Great Barrington», a noté le 8 novembre le reporter du Globe and Mail en matière de santé, André Picard, «c’est que les profits ont plus d’importance que les gens, qu’on devrait laisser le coronavirus se propager et que, si les plus vulnérables meurent au service de la croissance économique, alors tant pis.» Et il a ajouté: «M. Ford et M. Kenney ont endossé cette approche par leurs paroles et par leur (in)action.»

De nombreux indicateurs montrent que le coronavirus se répand rapidement au Canada, entraînant une forte hausse des hospitalisations, prélude à une nouvelle montée en flèche de la mortalité. Le nombre total de cas au pays a plus que doublé depuis la réouverture des écoles à la fin août, passant de 129.000 à 268.000 aujourd’hui. Et depuis la fin octobre, le nombre de cas quotidiens dépasse en moyenne le seuil de 3.000 pour l’ensemble du Canada, et de 1.000 pour le Québec, où vit moins d’un quart de la population canadienne.

Alors qu’un sondage publié en octobre a révélé que près de 70 pour cent des Canadiens soutiennent la fermeture des commerces non essentiels, Québec Solidaire réclame tout le contraire.

Ce parti des classes moyennes aisées n’a ni le courage ni la capacité politiques d’exiger les mesures sanitaires requises pour freiner la pandémie – fermeture des écoles et des entreprises non essentielles, réinvestissement massif dans le système de santé, mise en place d’une infrastructure efficace de dépistage et de traçage. Et il est impensable pour QS que les ressources de la société puissent être mobilisées pour assurer un revenu garanti aux travailleurs touchés par la pandémie si des pans entiers de l’économie étaient fermés pour préserver la santé publique et les vies humaines.

Dans la logique procapitaliste tordue des dirigeants de QS, des dizaines de cas et un décès dans un abattoir, et des éclosions à des centaines d’établissements scolaires, deviennent des raisons pour déconfiner davantage, et non l’inverse.

Cette apologie de l’«immunité collective» survient après que des membres de QS aient interpellé leur direction en septembre, agacés par son attitude complaisante envers François Legault, l’ex-PDG multimillionnaire devenu premier ministre du Québec. Mais, n’en déplaise à certains membres, QS voit la pandémie comme une occasion en or pour s’intégrer encore plus à l’establishment politique, comme en atteste sa défense de la gestion désastreuse par Legault de la pandémie.

Depuis le début de la pandémie, QS a renforcé le mensonge officiel que Legault et toute la classe dirigeante canadienne ont été «surpris» par la pandémie, et que celle-ci était imprévisible. En réalité, de nombreux avertissements avaient été lancés par la communauté scientifique et des institutions gouvernementales bien avant 2020, y compris au Canada après l’épidémie de SRAS de 2002-2003. Et alors que l’OMS (Organisation mondiale de la Santé) a averti dès janvier des immenses dangers posés par le coronavirus, c’est seulement le 10 mars que le gouvernement Trudeau a demandé aux provinces de vérifier si elles seraient en manque de respirateurs et d’ÉPI (équipements de protection individuelle).

Québec Solidaire a relayé l’omerta des grands médias, du Nouveau Parti démocratique et des syndicats sur les 650 milliards de dollars octroyés par Trudeau aux banques et à la grande entreprise au début du confinement en mars. Et QS a régulièrement réitéré sa «foi», pour reprendre le mot de Massé, en la Santé publique et en son directeur, Horacio Arruda.

Une réponse sérieuse à la pandémie exige le rejet du principe social défendu par Arruda, son patron politique Legault, le premier ministre Trudeau et toute l’élite dirigeante canadienne, à savoir: la primauté du profit sur la vie humaine. Elle exige également une action coordonnée à l’échelle internationale, en étroite coopération avec les experts scientifiques de toute la planète – ce qui est diamétralement opposé au nationalisme et provincialisme québécois qui anime toute l’action politique de Québec Solidaire.

Pour vaincre la pandémie, il faut la mobilisation politique indépendante de la classe ouvrière internationale, qui assure les soins médicaux et produit le matériel de santé ainsi que tous les produits essentiels au fonctionnement de la société. L’utilisation rationnelle de ces ressources requiert une lutte révolutionnaire contre le système capitaliste, qui subordonne la production aux profits d’une petite minorité.

Québec Solidaire n’a aucun plan pour freiner la pandémie. Ancré dans les classes moyennes privilégiées, il rejette la lutte de classe et défend le système capitaliste. Face à une pandémie mondiale qui a révélé toute l’étendue de la faillite économique, sociale et même morale de la société capitaliste, QS cherche à cacher les divisions fondamentales de classe en prônant le mythe réactionnaire de «l’unité nationale».

«Si nous voulons vaincre le virus», a déclaré Nadeau-Dubois, «nous avons besoin d’un contrat social entre le peuple et le gouvernement». Le même appel à «l’unité nationale» serait utilisé dans un Québec indépendant, dont QS est un ardent promoteur, pour subordonner les travailleurs à la classe dirigeante québécoise, et imposer l’austérité et le militarisme (voir: Québec Solidaire se rallie à la droite autour du nationalisme économique).

Le soutien apporté par QS pour permettre au coronavirus d'infecter des masses de gens et causer des milliers de morts est conforme à la ligne politique avancée par ses partis frères au niveau international.

En Espagne, Podemos est le partenaire junior d'un gouvernement dirigé par le parti socialiste qui a mis en œuvre une politique criminelle de réouverture des écoles et de tous les secteurs de l'économie. Il en résulte que l'Espagne est l'un des pays d'Europe occidentale où le nombre d'infections et de décès est le plus élevé. En Allemagne, les principaux responsables politiques du Parti de gauche ont déclaré leur soutien au «modèle suédois», qui consiste à rejeter toutes les mesures de confinement et à laisser le virus se répandre dans la population. Bodo Ramelow, un dirigeant du Parti de gauche qui occupe le poste de ministre président dans l'État de Thuringe, a récemment écarté la menace que représente le virus, affirmant qu'il ne représente pas un danger plus grand qu'une infection pulmonaire normale.

Ces expériences constituent un sérieux avertissement pour la classe ouvrière. QS soutient aujourd’hui le gouvernement ouvertement de droite de la CAQ et endosse pleinement sa politique criminelle de «l’immunité collective». S’il parvenait un jour à imiter son modèle Podemos en obtenant un rôle direct dans l’exercice du pouvoir, QS appliquerait de manière aussi implacable la même politique profondément anti-ouvrière.