Biden et son groupe de travail de transition sur le coronavirus vont continuer la campagne de retour au travail

Le panel comprend Ezekiel Emanuel, défenseur d'Obamacare pour le rationnement des soins de santé

Par Kate Randall
11 novembre 2020

Le président élu Joe Biden a annoncé lundi les membres de son groupe de travail sur le coronavirus. La convocation de ce groupe intervient alors que les cas de COVID-19 et les hospitalisations continuent de s’envoler aux États-Unis, avec des prévisions selon lesquelles l’hiver prochain verra une augmentation spectaculaire des cas et des décès.

President-elect Joe Biden and Vice President-elect Kamala Harris listen during a meeting with Biden's COVID-19 advisory council, Monday, Nov. 9, 2020, at The Queen theater in Wilmington, Del [Credit: AP Photo/Carolyn Kaster]

Les États-Unis ont maintenant enregistré plus de 10 millions de cas de coronavirus et approchent les 240.000 décès. Les Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC) estiment maintenant qu’on aura entre 2.600 et 13.000 nouvelles hospitalisations par jour pour le COVID-19 d’ici la fin novembre.

Comme prévu, ce groupe de transition sera coprésidé par trois personnalités connues du gouvernement et du monde universitaire: David Kessler, commissaire de la Food and Drug Administration dans les gouvernements George H. W. Bush et Clinton; le Dr Vivek Murthy, chirurgien général sous Barack Obama; et le Dr Marcella Nunez-Smith, professeur de santé publique à l’Université Yale.

Les médias alliés au Parti démocrate ont salué l’équipe de transition Biden-Harris, composée de 13 membres, comme un changement radical par rapport aux résultats obtenus par le groupe de travail sur le coronavirus du gouvernement Trump à la Maison-Blanche.

S’il est vrai que l’équipe de transition des démocrates n’est pas constituée de défenseurs ouverts de l’«immunité collective» comme le Dr Scott Atlas, un examen des politiques de l’équipe et du président élu révèle que l’approche du prochain gouvernement sera fondée sur la volonté de rouvrir les écoles et les entreprises, et continuera à subordonner la réponse du gouvernement à la pandémie à la défense des profits des sociétés au détriment de la santé et de la vie de la classe ouvrière américaine.

Parmi les membres de l’équipe Biden figurent des partisans du rationnement des soins de santé et des partisans de la poursuite de la privatisation de la prestation des soins de santé. La sélection des principaux responsables du panel indique également que, selon l’accent mis par le Parti démocrate sur la politique identitaire, un gouvernement Biden va chercher à présenter les inégalités dans le domaine de la santé comme une question de «race» plutôt que de classe.

Il convient de noter en particulier l'inclusion dans le panel du Dr Ezekiel Emanuel, président du département d'éthique médicale et de politique de santé de l'université de Pennsylvanie et frère de Rahm Emanuel, ancien maire de Chicago et chef de cabinet de la Maison-Blanche sous Obama. Le World Socialist Web Site a beaucoup écrit sur la promotion par le Dr Emanuel de soins médicaux rationnés en fonction de la classe sociale pour la majorité des Américains, en particulier les personnes âgées.

Dans un article particulièrement infâme qui a été publié dans le rapport du Centre Hastings de novembre/décembre 1996, Emanuel a écrit que «les services fournis aux individus qui ne peuvent être ou devenir des citoyens actifs ne sont pas fondamentaux et ne devraient pas être garantis. Un exemple évident est le fait de ne pas garantir les services de santé aux patients atteints de démence».

Un article paru dans le Lancet de janvier 2009 a expliqué l’attitude d’Emanuel envers la limitation des ressources médicales «peu abondantes» pour les personnes âgées: «Contrairement à la répartition par genre ou par origine raciale, la répartition par âge n’est pas une discrimination injuste: chaque personne passe par des étapes différentes au cours de sa vie, et non une seule».

Il a également expliqué pourquoi les adolescents pourraient recevoir des soins au détriment des nourrissons, en faisant valoir que les soins de santé ne sont pas toujours accessibles aux enfants: «Les adolescents ont reçu une éducation et des soins parentaux importants, des investissements qui seront gaspillés sans une vie complète. Les nourrissons, en revanche, n’ont pas encore bénéficié de ces investissements… C’est terrible quand un nourrisson meurt, mais pire encore, pensent la plupart des gens, quand un enfant de trois ans meurt, et pire encore quand un adolescent meurt».

Emanual a écrit un article dans l’Atlantic en septembre 2014 intitulé «Pourquoi j’espère mourir à 75 ans», dans lequel il a fait valoir le sinistre argument selon lequel les personnes âgées sont une ponction sur la société en raison des dollars dépensés pour les maintenir en vie qui pourraient autrement être utilisés pour remplir les poches des riches.

Nous avons écrit à l'époque:

«Tout en admettant que les personnes âgées soient aujourd’hui moins handicapées et plus mobiles que leurs homologues d’il y a 50 ans, il note que, «au cours des dernières décennies, l’augmentation de la longévité semble s’être accompagnée d’une augmentation du handicap – et non d’une diminution». Il souligne donc que «les soins de santé n’ont pas tant ralenti le processus de vieillissement que le processus de mort» (c’est nous qui soulignons). On ne peut que supposer qu’il préconise une accélération de ce «processus de mort».»

Dans les conditions d’une pandémie, les implications sinistres de ces conceptions deviennent d’autant plus évidentes. Les hôpitaux étant submergés de patients, les médecins seront obligés de prendre des décisions déchirantes quant à la personne qui recevra un respirateur: un patient de 82 ans atteint d’Alzheimer, qui a moins de chances de survivre, ou un étudiant de 20 ans, auparavant en bonne santé?

Les défenseurs des droits des personnes handicapées au Royaume-Uni ont déjà documenté la manière dont les personnes handicapées se sont vu refuser l’accès aux respirateurs et autres traitements vitaux sur la base de leur score de «fragilité».

Atul Gawande, professeur de chirurgie à l’hôpital «Brigham and Women’s» de Boston, est un autre membre notoire de l’équipe de transition. En mai, ce chirurgien et écrivain a quitté son poste de PDG de Haven, la coentreprise du milliardaire Jamie Dimon de JPMorgan Chase, de Warren Buffett de Berkshire Hathaway et de Jeff Bezos d’Amazon. L’objectif de l’entreprise est de mettre en place un système de soins de santé privé autonome pour les employés des trois sociétés.

Et il y a le Dr Marcella Nunez-Smith, coprésidente et fondatrice du «Equity Research and Innovation Center» (ERIC) de l’école de médecine de Yale, qui a étudié les données de mortalité du COVID-19 à travers les États-Unis d’après l’origine raciale et ethnique. L’ERIC s’est penché sur la question très réelle de l’augmentation des taux de mortalité des Latinos et des Noirs aux États-Unis au cours de la pandémie. Son inclusion dans le groupe de travail, cependant, sera utilisée sans aucun doute pour promouvoir un récit qui détourne l’attention des inégalités de classe dont souffrent les personnes de toutes origines ethniques dans la pandémie.

Dans l’équipe de 13 membres se trouvent aussi les personnages suivant: le Dr Richard Bright, ancien directeur de l’agence gouvernementale de développement de vaccins BARDA qui a été licencié par le gouvernement Trump; Julie Morita, ancienne commissaire à la santé de Chicago; le Dr Eric Goosby, directeur fondateur du programme Ryan White de lutte contre le VIH/SIDA du gouvernement fédéral; le Dr Céline Gounder, médecin et journaliste médicale; le Dr Michael Osterholm, directeur du Centre de recherche et de politique en matière de maladies infectieuses de l’université du Minnesota; Loyce Pace, directeur général du Conseil mondial de la santé; et le Dr Robert Rodriquez, professeur à l’école de médecine de l’université de Californie à San Francisco.

Le programme de lutte contre le COVID-19 présenté sur le site web de transition Biden-Harris est rempli de promesses modestes et vagues qui ne seront probablement pas tenues. Il promet que le gouvernement mettra en place un comité de test de pandémie, «réglera définitivement les problèmes liés aux équipements de protection individuelle (EPI)» et «veillera à ce que tout le monde en Amérique – et pas seulement les riches et les personnes qui ont les bonnes relations – reçoive la protection et les soins qu’il mérite, et à ce que les consommateurs ne surpayent par les nouveaux médicaments et thérapies qui arrivent sur le marché».

Alors que la déclaration affirme qu’un gouvernement Biden «fournira des conseils sur la manière dont les communautés doivent faire face à la pandémie et les ressources nécessaires aux écoles, aux petites entreprises et aux familles pour s’en sortir», rien n’est mentionné sur le financement qui est nécessaire maintenant ou à l’avenir pour les millions de personnes qui sont confrontées à la pauvreté, à la faim et à l’expulsion en raison de la pandémie.

Il n’y a aucun appel à ce que des mesures d’urgence soient prises dans les semaines et les mois à venir pour faire face à une catastrophe sanitaire qui s’intensifie rapidement.

Pour faire bonne mesure, le programme brandit la menace nationaliste de «Reconstruire et étendre les défenses pour prévoir, prévenir et atténuer les menaces de pandémie, y compris celles qui proviennent de la Chine».

Il s’engage à travailler avec les gouverneurs pour mettre en œuvre un mandat de port du masque, un appel qui sera probablement ignoré par la plupart des gouverneurs républicains.

Le grand point à ne pas mentionner dans ce programme est la manière dont ces mesures seront financées. Biden-Harris déclare qu’ils «veilleront à ce que les millions d’Américains qui souffrent des effets secondaires à long terme du COVID ne soient pas confrontés à des primes plus élevées ou à un refus d’assurance-maladie en raison de cette nouvelle condition préexistante».

Ils affirment également qu’ils s’efforceront de défendre la Loi sur les soins abordables (ACA) et «de réduire les coûts des soins de santé et d’élargir l’accès à des soins de santé de qualité et abordables grâce à une option publique de type Medicare».

C’est un fait que le programme connu sous le nom d’Obamacare n’a rien en commun avec la médecine socialisée et a entraîné l’acheminement des paiements de primes aux assureurs privés. Les feuilles de vigne de la réforme de l’ACA se sont depuis longtemps évaporées, et la législation elle-même se trouve maintenant menacée par la Cour suprême de Trump, constituée d’une majorité de réactionnaires.

L'équipe de transition Biden-Harris est bien consciente que les coûts des soins de santé ne seront pas réduits, que ce soit pendant la pandémie ou après. Ayant attaqué toutes les références au socialisme, le nouveau gouvernement rejette la seule politique qui puisse résoudre la crise des soins de santé qui a été désastreusement exacerbée par la pandémie de coronavirus: une véritable médecine socialisée.

Cela nécessite l’expropriation des chaînes géantes de soins de santé, des compagnies d’assurance et des pharmaceutiques afin de libérer les ressources nécessaires pour répondre aux besoins de santé de la population. Un tel programme nécessite la mobilisation de la classe ouvrière dans une lutte indépendante et opposée aux deux grands partis du monde des affaires.

(Article paru en anglais le 10 novembre 2020)