L’équipe de Trump demande la suppression de millions de votes

Par Patrick Martin
14 novembre 2020

Dans une nouvelle escalade de son attaque ouverte contre les droits démocratiques, l’équipe de Trump pour sa campagne de réélection exige maintenant qu’on supprime des millions de bulletins de vote pour le candidat démocrate à la présidence, Joe Biden, afin de donner à Trump les voix d’une demi-douzaine d’États au collège électoral.

Ces demandes montrent clairement que le refus persistant de Trump de concéder la victoire à Biden aux élections du 3 novembre fait partie d’une conspiration continue contre le peuple américain. Parallèlement à son silence persistant sur la catastrophe du coronavirus, Trump n’a rien dit ces huit derniers jours alors que plus d’un million d’Américains ont contracté le virus et que des milliers en sont morts.

Un homme qui vote dans un bureau de vote (Crédit: Flickr.com)

En Pennsylvanie, l’État le plus critique du point de vue du Collège électoral puisqu’il détient le plus grand nombre de voix électorales des six États où l’équipe de Trump cherche à renverser les victoires de Biden, l’avocat personnel de Trump, Rudy Giuliani, a affirmé que 650.000 «bulletins illégaux» ont été reçus et comptés à Philadelphie et à Pittsburgh, les deux plus grandes villes de l’État.

Giuliani a déclaré à Fox News que jusqu’à 900.000 «bulletins invalides» ont été déposés dans tout l’État, soit près de 15 pour cent des 6,8 millions de votes exprimés lors de l’élection. Il n’a bien sûr fourni aucune preuve de fraude électorale. Les irrégularités citées par les avocats de l’équipe de Trump ne concernent qu’un nombre infime de bulletins, bien en dessous de la marge de Biden dans l’État qui est de plus de 50.000 voix.

Dans l’État du Michigan, où Biden a gagné avec une marge relativement importante, 148.000 voix, l’équipe de Trump a intenté de multiples procès pour priver encore davantage la population de son droit de vote pour avoir voté de la «mauvaise» façon.

Un procès intenté devant le tribunal du district ouest du Michigan, à Lansing, a exigé la disqualification de tous les bulletins de vote déposés dans le comté de Wayne, le plus peuplé de l’État, qui comprend la ville de Detroit; dans le comté de Washtenaw qui comprend la ville d’Ann Arbor; et dans le comté d’Ingham qui comprend les villes de Lansing et de East Lansing. Cela représente un total stupéfiant de 1,2 million de voix, soit près d’un quart des 5,4 millions de voix de l’État. L’élimination de ces voix donnerait à Trump une marge de 300.000 dans le reste de l’État et les 16 grands électeurs du Michigan.

La principale allégation dans le procès est que les observateurs républicains ont été traités de manière impolie ou contraints d’observer la distance sociale à plus de 2 mètres des travailleurs électoraux chargés d’ouvrir les bulletins de vote par correspondance et de les compiler. Aucune preuve de vote illégal ou de bourrage de bulletins n’est fournie, mais seulement des allégations basées sur des «rapports d’experts» et des analyses de données.

«Sur la base d’informations et de croyances, le rapport d’expert identifiera des gens qui ont voté illégalement en déposant plusieurs bulletins de vote, qui étaient décédés, ou qui avaient déménagé ou n’étaient pas habilités à voter lors de l’élection présidentielle du 3 novembre; et fournira les preuves de bourrage illégal des urnes, de collecte des bulletins et d’autres votes illégaux», indique le procès.

Sur cette base douteuse, les quatre plaignants proposent de priver de leur droit de vote 1,2 million de personnes, en invoquant le fait que dans les endroits «où suffisamment de bulletins illégaux ont été inclus», ils ont eu pour effet de «diluer» les bulletins de vote des gens d’autres comtés.

Un second procès, intenté devant la Cour du comté de Wayne contre les fonctionnaires électoraux du comté de Wayne et de Detroit, propose un exercice encore plus grandiose de privation du droit de vote: supprimer entièrement le vote dans le Michigan et ordonner à l’État d’organiser une toute nouvelle élection.

Quelles que soient les perspectives juridiques de ces procès (et les tribunaux ont rejeté tous les recours de Trump, à l’exception d’un seul problème technique en Pennsylvanie concernant quelques centaines de votes), l’ampleur de la privation du droit de vote proposée est à couper le souffle. Ce que l’équipe de Trump veut vraiment dire, c’est qu’il devrait être illégal de voter contre Trump.

Ces poursuites sont intentées alors même que l’ampleur de la victoire de Biden en termes de vote populaire commence à devenir encore plus claire. D’une certaine manière, la part des électeurs qui le soutiennent a atteint un niveau record, puisque la participation électorale en 2020 a atteint des records jamais vus depuis un siècle en termes de proportion de la population qui a voté.

Avec ses 50,8 pour cent de votes actuels, Biden aurait reçu 34,04 pour cent de l’ensemble des électeurs éligibles. C’est le chiffre le plus élevé depuis 1972, lors de la victoire écrasante de Richard Nixon sur George McGovern dans 49 États. Si son pourcentage passe à 51 ou 52, ce qui est très probable étant donné les retards dans le comptage des bulletins de vote par correspondance sur la côte ouest fortement démocrate, il finira par égaler les 34,17 pour cent d’électeurs éligibles obtenus par Lyndon Johnson dans sa victoire écrasante sur Barry Goldwater.

Si Biden mène de cinq millions d’électeurs au scrutin populaire, son avance dans les six États contestés est considérable, allant d’un peu moins de 12.000 voix en Arizona à 148.000 dans le Michigan. Selon une étude de tous les recomptages effectués dans les États au cours des 20 dernières années, le plus grand changement de vote a été inférieur à 2.600 voix, et le changement moyen n’a été que de 430 voix.

Au vu de ces chiffres, le refus persistant de Trump de concéder l’élection et les allégations persistantes de fraude de sa campagne acquièrent un caractère de plus en plus provocateur. Comme le comité politique du Parti de légalité socialiste (PES) l’a averti il y a deux jours, «la classe ouvrière ne peut pas être indifférente aux efforts visant à renverser un gouvernement élu par une conspiration de droite et néofasciste».

Jeudi, des signes de division au sein du parti républicain ont paru quant à la portée du soutien à la campagne de Trump visant à discréditer l’élection et à délégitimer un gouvernement Biden. Le gouverneur de l’Ohio, Mike DeWine, est devenu le premier gouverneur républicain d’un État gagné par Trump à admettre l’évidence, à savoir que Biden est le président élu. Seuls les gouverneurs républicains d’États démocrates comme le Maryland, le Massachusetts et le Vermont avaient fait de telles déclarations auparavant.

Une poignée de membres républicains de la Chambre des représentants ont fait des déclarations similaires. Mais, le nombre de sénateurs républicains qui ont reconnu la victoire de Biden est resté à quatre – Mitt Romney, Ben Sasse du Nebraska, Susan Collins du Maine et Lisa Murkowski de l’Alaska.

Cependant, un groupe important de sénateurs républicains, s’exprimant individuellement, ont annoncé leur soutien à des mesures symboliques telles que l’accès de Biden au «briefing présidentiel quotidien», à un résumé des services de renseignement et à d’autres documents nécessaires à la transition présidentielle.

Ils ont cité des préoccupations de «sécurité nationale», indiquant qu'au cas où Biden entrerait à la Maison-Blanche, il devrait savoir qui l'appareil de renseignement militaire américain prévoit de tuer ou de renverser, afin de ne pas perturber les opérations en cours. Biden est un membre de confiance de l’appareil de sécurité nationale en tant qu'ancien vice-président sous le gouvernement Obama.

Des signaux favorables à Biden ont également été émis par certaines sections des médias républicains, non seulement par la Fox News, qui s’est ouvertement opposée à Trump, mais aussi par le journal de Las Vegas appartenant au milliardaire Sheldon Adelson, partisan de Trump, qui a publié un éditorial conseillant au président d’accepter sa défaite, et par de nombreux experts républicains.

Les principaux démocrates du Congrès ont continué à minimiser l’importance du refus de Trump de concéder sa défaite à l’élection. La présidente de la Chambre, Nancy Pelosi, a qualifié les efforts de Trump de «ridicules manigances», lors d’un point de presse jeudi au Capitole.

Le leader de la minorité au Sénat, Chuck Schumer, s'exprimant lors de la même conférence de presse, a fait une critique plus longue de Trump et des républicains du Congrès, mais sans en tirer de conclusions politiques plus larges.

«Ce matin, j’ai un message simple pour les républicains du Sénat», a-t-il déclaré. «L’élection est terminée. Trump a perdu, Joe Biden sera le prochain président des États-Unis, Kamala Harris sera la prochaine vice-présidente des États-Unis. Républicains du Sénat, arrêtez de nier la réalité. Cessez de semer délibérément le doute sur notre processus démocratique et commencez à vous concentrer sur le COVID».

Il a conclu en disant: «Rassemblons le pays et faisons avancer les choses», sans aborder le fait évident, en regardant le public américain en face, que Trump et ses partisans ont lancé une attaque directe contre la démocratie.

D’un point de vue électoral, l’étape critique serait l’intervention des législatures des États dans les États contestés, car les républicains contrôlent cinq sur les six, et les législateurs pourraient éventuellement prendre des mesures pour détourner les votes électoraux de l’État. Les chefs législatifs républicains des États de Pennsylvanie et du Michigan, les deux plus grands États pivots remportés par Biden, ont déclaré qu’ils n’interviendraient pas, mais ils pourraient être défiés par les irréductibles de Trump au sein de leurs caucus.

Du point de vue de la préparation par Trump d’un coup d’État politique, l’attitude des agences militaires et de sécurité est d’une importance décisive. Au début de la semaine, Trump a licencié le secrétaire à la défense Mark Esper et trois autres responsables et les a remplacés par des loyalistes d’extrême droite.

Jeudi, la purge s’est étendue au département de la sécurité intérieure, bien qu’ici la question semblait n’être que de simples représailles contre ceux qui avaient contredit les allégations de fraude électorale de Trump. Bryan Ware, directeur adjoint de la cybersécurité pour l’Agence de cybersécurité et de sécurité des infrastructures (CISA) a été contraint de démissionner, et son superviseur, Chris Krebs, le directeur de la CISA, a déclaré qu’il s’attendait également à être licencié.

La CISA a vigoureusement combattu les fausses affirmations sur Internet selon lesquelles on a utilisé des «superordinateurs» pour «inverser» les totaux des votes lors des tabulations électorales dans des États critiques. Jeudi, Krebs a retweeté un spécialiste des technologies électorales qui a averti les gens de ne pas partager «des affirmations sans fondement sur les machines de vote, même si elles viennent du président».