Le président français Macron salue le dictateur égyptien Al-Sissi à Paris

Par Will Morrow
9 décembre 2020

Le dictateur égyptien, le général Abdel Al-Sissi, s’est entretenu lundi matin à Paris avec le président français Emmanuel Macron, dans le cadre d’une visite d’État de trois jours. Al-Sissi a également rencontré le ministre des Affaires étrangères Yves Le Drian et le chef de l’Assemblée nationale Richard Ferrand, avant de dîner avec Macron au Palais de l’Élysée.

Lors d’une conférence de presse commune à l’issue de leurs entretiens, Macron a commenté sa relation avec Sissi: «Nos échanges réguliers illustrent la qualité du partenariat stratégique qui lie nos deux pays, et la longue séquence de travail que nous avons eu ce matin a permis d'approfondir ces échanges.»

Macron a salué Al-Sissi, le chef d’une dictature militaire sanglante qui a pris le pouvoir par un coup d’État en juillet 2013. Ce coup d’État a brutalement réprimé la révolution qui a renversé le dictateur Hosni Moubarak, soutenu par les États-Unis, au début de 2011.

Al-Sissi a remercié son «cher ami, le président Macron» pour son «accueil chaleureux depuis mon arrivée à Paris». Macron a carrément écarté toute critique concernant le soutien français à son homologue. Avant la réunion, un ensemble de 18 organisations de défense des droits de l’homme, dont Amnesty International, avait signé une lettre ouverte qui critique le soutien du gouvernement Macron à Al-Sissi.

Macron et Al-Sissi le 7 décembre

Macron a rejeté la question d’un journaliste de savoir si la France lierait les futures ventes d’armes à l’Égypte à des engagements vides de sens en matière de «droits de l’homme». Il a déclaré: «Je ne conditionnerai pas notre coopération en matière de défense et d’économie» car «je crois en la souveraineté des peuples, et au respect de nos intérêts légitimes et réciproques». Un boycottage «réduirait la capacité d'un partenaire dans la lutte contre le terrorisme, et pour la stabilité régionale».

Au centre de cette «stabilité» se trouve la répression sanglante de l’opposition de la classe ouvrière égyptienne aux conditions de pauvreté et d’inégalité de masse et la défense du capital égyptien et étranger dans le pays. Al-Sissi a annoncé que les deux parties s’étaient «mises d'accord sur la nécessité de travailler ensemble, d'augmenter les investissements français directs en Égypte, surtout pour profiter des opportunités de développement, notamment dans l'infrastructure».

Leurs discussions ont également porté sur la politique de guerre en Libye, où la France et l’Égypte sont alliées contre la Turquie dans le cadre d’une guerre régionale par procuration pour le contrôle territorial de la région riche en pétrole. Macron a déclaré que la paix en Libye se trouvait «menacée par les puissances régionales qui ont décidé de faire de la Libye le théâtre de leur influence plutôt que le lieu de stabilité du peuple libyen». C’est ce qu’a déclaré le chef du gouvernement qui, avec le Royaume-Uni et les États-Unis, a dirigé le bombardement du pays en 2011, renversé et tué son président, Mouammar Kadhafi et placé au pouvoir des milices islamistes rivales, plongeant ainsi le pays dans une guerre civile qui dure depuis une décennie.

La déclaration de soutien de Macron au boucher du Caire est un avertissement à la classe ouvrière française et européenne sur les préparatifs avancés des dictatures militaro-policières à travers le continent.

Depuis son arrivée au pouvoir en 2013, Al-Sissi a maintenu son règne de sept ans avec le soutien de l’Europe et des États-Unis par une répression dictatoriale, en emprisonnant 60.000 journalistes et opposants politiques; en procédant à des «disparitions»; en ordonnant la condamnation à mort de centaines de personnes à la fois dans des simulacres de procès de masse; et en torturant les prisonniers dans les prisons notoirement surpeuplées du pays.

En l’espace de seulement dix jours en octobre, le régime a procédé à 49 exécutions, selon un rapport de Human Rights Watch. Parmi elles, 15 hommes ont été condamnés pour des délits politiques, deux femmes et 32 hommes, pour des délits criminels. Le rapport note que le gouvernement n’annonce généralement même pas les exécutions et n’informe pas les familles des prisonniers. Le rapport de HRW était basé sur des reportages de journaux progouvernementaux.

On a condamné et détenu pendant sept ans au moins cinq des personnes exécutées après qu’ils ont prétendument participé à des actes de résistance contre les forces militaires le 14 août 2013. L’armée a lancé une campagne de répression contre une occupation pacifique dans le centre du Caire par des partisans du président des Frères musulmans renversé, Muhamed Mursi, massacrant plus de 1.000 personnes. On accuse deux d’entre eux d’avoir participé à une attaque contre le poste de police de Kerdasa et ils ont été condamnés dans le cadre d’un faux procès de masse de 188 personnes qui en a condamné 183.

Des milliers de personnes qui sont détenues en prison n’ont jamais été jugées. Selon la loi égyptienne, le gouvernement peut détenir n’importe qui pendant deux ans avant un procès. En mai, Human Rights Watch a décrit une décision de justice typique qui visait à renouveler la détention préventive de centaines de personnes à la fois. Les 4, 5 et 6 mai, les tribunaux du Caire et de Gizeh ont décidé de prolonger la détention de 485, 745 et 414 personnes à la fois. Aucun accusé n’était présent, il n’y a pas eu d’audience et les juges ont quitté les salles d’audience sans informer leurs avocats des décisions.

Un reportage sur les conditions de détention des prisonniers entre 2016 et 2018 a noté l’utilisation généralisée de la torture pour extorquer des aveux. Les détenus sont soumis à des décharges électriques, les yeux bandés, déshabillés, menottés et battus, et placés de force dans des positions douloureuses pendant des heures.

Parmi ces derniers, le réseau national de prisons, Ahmed Abdelnaby Mahmoud, 64 ans, est mort à la prison de sécurité maximale II de Tora, au Caire, le 2 septembre. On l’avait arrêté le 23 décembre 2018 à l’aéroport du Caire, avec son épouse et on l’a détenu sans accusation pendant 20 mois. Les procureurs l’auraient accusé de faire partie d’un «groupe illégal» non spécifié et il est mort sans jamais avoir eu de procès.

Ahmed Abdelnaby Mahmour et son épouse

Les deux filles de Mahmoud, d’origine égyptienne et américaine, ont fait état de son traitement sur Facebook. Elles ont noté qu’il s’était vu refuser des visites et des droits médicaux «malgré ses conditions chroniques, notamment le diabète, l’hypertension et une hernie discale. Il a également développé une infection cutanée due à des conditions inhumaines et dégoûtantes en cellule. Enfin, il a également développé un SSPT après son arrestation en raison des tortures physiques et psychologiques qu’il a subies, dont des coups et à des électrocutions qui lui ont causé des difficultés à bouger le côté gauche de son corps».

La France a apporté un soutien sans faille au régime égyptien. Elle a été la plus grande fournisseuse d’armes à l’Égypte de 2012 à 2017, éclipsant les États-Unis, notamment avec un contrat de plusieurs milliards d’euros pour les avions de chasse Rafale, les navires de guerre et les chars d’assaut Renault Truck Defense. Ces derniers ont été déployés en 2013 et après par l’armée pour réprimer les manifestations antigouvernementales.

Des entreprises privées françaises ont fourni des outils de surveillance et de contrôle des foules aux militaires et à la police. Rien qu’en 2017, la France a fourni plus de 1,4 milliard d’euros d’équipements militaires et de sécurité.

Comme son homologue égyptien, le gouvernement Macron vit dans la crainte mortelle d’une explosion sociale des travailleurs et des jeunes contre les niveaux toujours croissants d’inégalité sociale et de pauvreté et l’enrichissement de l’élite financière. Un élément central de leur discussion a été sans conteste les plans de Macron pour réprimer l’opposition et construire une dictature. C’est la conclusion qu’il tire après deux années de protestations massives et de grèves contre son gouvernement, et une colère explosive contre sa réponse négligente et politiquement criminelle à la pandémie de coronavirus.

(Article paru en anglais le 8 décembre 2020)