Un travailleur de la santé de l'Ontario dénonce l'establishment politique pour les conditions désastreuses dans les maisons de soins

12 janvier 2021

Le World Socialist Web Site a fait état récemment du décès des suites de la COVID-19, en un peu plus d'une semaine, de cinq personnes travaillant dans des maisons de soins de longue durée: deux en Ontario, deux en Alberta et un au Québec. Ces décès entièrement évitables sont le résultat direct des politiques criminelles de l'élite dirigeante, dont les gouvernements ont donné la priorité aux profits des sociétés et à la richesse des investisseurs plutôt qu'à la protection des vies humaines tout au long de la pandémie.

La WSWS a reçu une lettre d'un travailleur social de la région de Toronto en réponse à ces derniers développements tragiques. Elle est publiée ci-dessous.

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L'un des aspects les plus remarquables de cette «deuxième vague» d'infections par la COVID-19 parmi les résidents et le personnel des établissements de SLD (soins de longue durée) et de retraite en Ontario est qu'elle est pire que la première.

En tant que travailleur dans ce domaine, j'ai vécu une grave épidémie dans mon établissement en avril de l'année dernière. La pandémie, dans une certaine mesure, a pris tout le monde par surprise. Les informations étaient contradictoires, et les travailleurs de ces communautés, ainsi que le grand public, étaient effrayés et confus quant à la manière de gérer la situation. Cependant, avec le temps, nos connaissances se sont accrues et notre préparation devrait en faire autant. Nos connaissances et notre formation en matière d'EPI (équipement de protection individuelle) se sont améliorées, et des protocoles auraient dû être mis en place et appliqués, ce qui aurait permis d'atténuer considérablement les effets d'une deuxième vague.

D'une manière ou d'une autre, cela ne s'est pas produit dans suffisamment de cas, et il y a actuellement plus de communautés touchées dans ma région qu'il n'y en avait en mars ou avril de l'année dernière. De nombreuses communautés sont confrontées à des épidémies bien plus importantes et dévastatrices que jamais auparavant.

Les politiciens nient activement que ces communautés sont confrontées à des crises de personnel alors qu'elles le sont clairement, d'après leurs propres chiffres et les rapports fréquents des travailleurs en leur sein. 2877 décès liés à la COVID sont survenus dans des maisons de soins en Ontario, soit 61 % de tous les décès liés à la COVID dans la province. Une épidémie dans une propriété où j'ai travaillé auparavant a maintenant près de 60 infections, dont au moins 25 chez le personnel.

Un grand nombre d'infections du personnel comme celles-ci mettent l'établissement sous une pression énorme, ce qui l'oblige à demander l'aide de travailleurs intérimaires extérieurs. Ces travailleurs sont souvent dans une situation terrible: ils sont mal formés, mal préparés, mal payés et obligés par la nature de leur travail (et l'absence d'emploi à temps plein à un salaire décent) d'aller d'un établissement à l'autre, ce qui met en danger leur propre vie, celle de leur famille et des personnes dont ils s'occupent. Nous avons eu ici plusieurs cas de travailleurs envoyés chez nous, sans que leur agence les ait informés que nous étions en situation d'épidémie active.

Certains gestionnaires que je connais, d'après les conversations directes avec les travailleurs en leur sein, ne communiquent pas leurs chiffres d'infection avec précision au public, ni même à leur propre personnel. La transmission sur le lieu de travail a été clairement identifiée comme la principale cause de propagation communautaire ici, et elle ne ralentit pas.

Le gouvernement de l'Ontario a promis de mettre un «anneau de fer» autour des personnes âgées, mais au niveau du lieu de travail individuel, rien n'a changé. Nos travailleurs sont traités avec la même indignité qu'ils l'ont toujours été, ils sont payés de bas salaires avec des attentes désormais beaucoup plus élevées à leur égard, et ils courent des risques personnels bien plus importants.

Le gouvernement de l'Ontario tente, malgré sa rhétorique, de donner un masque de normalité à cette situation, en ignorant ou en minimisant une tragédie qui se déroule, et en renvoyant les citoyens au travail et les enfants à l'école.

Alors que la crise des soins de longue durée attire l'attention des médias, des secteurs tels que celui des maisons de «vie de retraite», confrontés aux mêmes défis, ne le sont pas, et la tragédie est plus répandue qu'on ne le croit généralement. Nos fragiles aînés sont confinés dans leur chambre, seuls et isolés, s'affaiblissant de jour en jour à mesure que cette maladie – aggravée dans ses effets par des problèmes systémiques dont les travailleurs de ce secteur se plaignent depuis longtemps et dont ils font état en vain – continue de faire des ravages.

Les exploitants de ces maisons et résidences, quant à eux, se protègent par la législation. Des mesures ont été prises pour indemniser les entreprises contre les poursuites et les procès intentés par les membres de la famille des résidents. La société pour laquelle je travaille fait face à des poursuites de plusieurs millions de dollars (et c’était le cas, même avant la pandémie).

Plusieurs anciens politiciens tirent personnellement profit de leur rôle en supervisant la privatisation des soins de longue durée et des soins aux personnes âgées. L'ancien premier ministre conservateur Mike Harris en est un bon exemple. Il est le président de Chartwell, l'un des principaux gestionnaires à but lucratif, et est maintenant décoré de l'Ordre de l'Ontario par le gouvernement Ford.

Pour l'instant, aucune fin précise n'est en vue. Nous ne pouvons pas attendre que les choses soient «terminées» ou se soient «calmées» avant de faire le point sur la situation et d'examiner comment le désir de profit et de gains politiques corrompus se fait au détriment de certains de nos citoyens les plus chers et les plus aimés, dont la vie doit être appréciée avant tout.

(Article paru en anglais le 7 janvier 2021)

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