Accroissement rapide des cas de COVID-19 en Chine

Par Jerry Zhang
14 janvier 2021

Depuis la fin de 2020, dans le cadre de l'aggravation de l'épidémie mondiale, des éruptions de COVID-19 sont survenues dans de nombreuses régions de Chine. Avec l’arrivée de conditions hivernales plus rigoureuses, une nouvelle vague d'épidémies se développe.

Ces jours-ci, les autorités des régions menacées par l'épidémie – de grandes villes comme Shenyang, Dalian et Shijiazhuang – ont successivement annoncé qu'elles étaient en «état de guerre». Les mesures adoptées comprennent l'administration de tests d'acide nucléique pour des millions de personnes, l'annulation de tous les rassemblements et la restriction des transports publics.

People wearing masks in China [Credit: AP Photo/Kin Cheung]

Ces opérations de prévention de la pandémie sont confrontées à de sérieux défis. Le Festival du printemps – qui comprend le Nouvel An lunaire et un congé de sept jours, avec son habituel mouvement massif de personnes – doit commencer le 12 février. Habituellement, des centaines de millions de personnes, principalement des travailleurs migrants, rentrent chez eux à cette période de l'année. Préoccupés par l'impact de la pandémie, les gouvernements de nombreuses villes ont publié des avis demandant aux gens de ne pas rentrer chez eux, sauf si cela s'avère nécessaire.

Selon la Commission nationale de la santé, à minuit le 10 janvier, on enregistrait en Chine 673 cas confirmés (infections symptomatiques) et 506 infections asymptomatiques. Actuellement, les foyers sont principalement concentrés à Beijing, ainsi qu'à Shijiazhuang, Shenyang et Dalian. Après qu'une nouvelle vague d'infections ait éclaté dans les trois grandes villes de Beijing, Shenyang et Dalian au cours de la seconde moitié du mois de décembre, le nombre de cas à Shijiazhuang a également augmenté rapidement – avec 212 nouveaux cas en neuf jours – ce qui en fait la zone la plus sévèrement touchée par la pandémie en Chine.

Capitale de la province du Hebei, la ville de Shijiazhuang, qui compte 11 millions d'habitants, a été déclarée en «état de guerre» mardi dernier. Depuis jeudi, ses gares, ses autoroutes et ses aéroports sont bloqués, afin d'interdire l'entrée et la sortie des personnes.

Le district de Gaocheng, qui est sous la juridiction de la ville de Shijiazhuang, est l'épicentre de l'épidémie. Trois fonctionnaires du district ont été accusés par les autorités de «terribles pratiques de prévention et de contrôle».

Selon les reportages, le premier cas de cette épidémie est venu du village de Xiaoguozhuang, où l'infection a été diagnostiquée chez une résidente de 61 ans. Par la suite, des cas confirmés sont apparus dans le village, l'un après l'autre, puis se sont progressivement propagés aux villages environnants.

Lors d'une conférence de presse le 8 janvier, Li Qi, directeur du Centre provincial de contrôle et de prévention des maladies du Hebei, a déclaré que l'épidémie dans la province, comme celles sévissant dans les autres régions, était causée par des virus provenant de l'étranger. Le village de Xiaoguozhuang n'est qu'à une douzaine de kilomètres de l'aéroport international de Zhengding, ce qui facilite l'importation et la propagation du virus. La plupart des villageois locaux travaillent dans le secteur des services ou dans la logistique de la chaîne frigorifique, et sont donc plus susceptibles d'être exposés au virus.

En outre, les rassemblements sociaux peuvent être un facteur de cette épidémie. Selon les informations officielles, du 28 décembre au 2 janvier, plusieurs mariages ont eu lieu dans le village de Xiaoguozhuang et les villages environnants, et plus de 19 cas confirmés étaient présents lors de ces cérémonies. Lors d'un mariage le 28 décembre, l'infection a été diagnostiquée chez sept invités. Selon les commentaires des villageois locaux cités dans les médias, presque personne ne portait de masque ou n'a pris d'autres mesures de protection lors du mariage.

Feng Zijian, directeur adjoint des centres de contrôle et de prévention des maladies, a déclaré le 5 janvier que la forte augmentation des cas, en peu de temps, signifiait que le virus s'était propagé «avec une extrême discrétion» pendant un certain temps. Des tendances parallèles sont apparues dans d'autres régions. Auparavant, il y avait des personnes à Dalian qui avaient été déclarées positives après de multiples tests. Les foyers de Beijing présentaient des caractéristiques similaires.

Au 10 janvier, il y avait au total 63 zones officiellement désignées comme «à risque moyen» en Chine, dont 28 dans la province du Hebei (principalement dans les villes de Shijiazhuang et de Xingtai), 8 à Beijing, 30 dans la province du Liaoning (principalement dans les villes de Shenyang et de Dalian) et 7 dans la province du Heilongjiang (toutes dans la ville de Heihe).

Ces épidémies montrent une fois de plus que la classe ouvrière se retrouve en première ligne de la pandémie en Chine, comme au niveau international. Plusieurs cas d'infection ont été constatés suite à l'exposition à des virus se trouvant à la surface de produits congelés, importés de l'étranger, mais même après la réapparition de la pandémie dans plusieurs villes, les entreprises de logistique de la chaîne frigorifique étaient toujours responsables d'une désinfection insuffisante et d'un manque de protection sanitaire. Selon les statistiques, la plupart des cas de ces épidémies concernent des ouvriers d'usine, des chauffeurs de bus, des serveurs, des employés de messagerie et des travailleurs exposés de la même façon.

De façon générale, on considère que les zones rurales ont une faible mobilité de la population. Pourtant l'épidémie du Hebei était initialement concentrée en zones rurales. Dans une certaine mesure, cela s'explique par le fait que certains travailleurs migrants touchés par la montée du chômage, les réductions de salaire et les salaires impayés, ont été contraints de rentrer chez eux, avant la «marée de retour» accompagnant le Festival du printemps. Les travailleurs n'ont reçu pratiquement aucun soutien ou assistance pour pallier la détérioration de leurs conditions de vie.

Dans le même temps, cette évolution a mis en évidence la faiblesse du système de santé et du système médical dans les zones rurales et autres zones «de base». Selon le site web China News, la source de l'épidémie dans l’Hebei n'a pas été déterminée, mais il est incontestable que le système de prévention des épidémies rurales est inadéquat et que de nombreux cas n'ont pas été testés à temps.

En raison de l'intensification de la pandémie dans le monde entier, les gens sont encouragés à se tourner vers les vaccins, et le gouvernement chinois a accéléré son plan de vaccination. La Chine a officiellement commencé à vacciner les «populations clés» en décembre, et diverses régions développent progressivement la vaccination. Parmi les personnes figurant dans le premier lot de «populations clés à vacciner» figurent des personnes travaillant dans neuf secteurs, notamment la logistique, les douanes, les soins médicaux et le transport. Ces industries sont considérées comme étant plus susceptibles d'être exposées au virus sur les lieux de travail.

Selon le plan de vaccination contre la COVID-19 annoncé par Beijing, la vaccination des «populations clés» de la capitale sera terminée avant le Festival du printemps. Ensuite, en fonction de l'approvisionnement en vaccins, la vaccination sera organisée pour d'autres groupes. Le 9 janvier, Zeng Yixin, directeur adjoint de la Commission nationale chinoise de la santé, a déclaré que le programme de vaccination de la Chine permettrait de vacciner au moins 60 % de la population et ne ferait pas payer de frais.

Le vaccin actuellement fourni par le gouvernement aux citoyens chinois provient de la société pharmaceutique d'État Sinopharm. Selon les données officielles publiées, le taux d'efficacité du vaccin serait de 79,34 %.

Malgré cela, avant que le vaccin ne soit fourni à la population à grande échelle, l'épidémie mondiale, qui se propage en raison des politiques de profit des gouvernements du monde entier, représente toujours une menace sérieuse pour les masses chinoises. Cela souligne le fait que la pandémie est un problème mondial qui ne peut être résolu sur une base nationale, par exemple en fermant les frontières.

Le risque est encore plus aggravé par la minimisation répétée de la pandémie par les médias étatiques, qui justifient la levée des méthodes de prévention et de contrôle afin d'assurer le retour au travail. Même si la Chine a maintenu le nombre de ces cas à un niveau relativement bas, principalement en procédant à des tests à grande échelle et en effectuant la recherche des contacts, ce virus hautement contagieux continue de se propager.

(Article paru en anglais le 12 janvier 2021)