Alors que les preuves de conspiration à un haut niveau s’accumulent

Le département de la Justice propose une enquête interne pour dissimuler l'implication de l'État dans la tentative de coup d'État du 6 janvier

Par Eric London
18 janvier 2021

Les informations rendues publiques ces derniers jours montrent qu'il n'y a plus aucun doute raisonnable sur le fait que l’insurrection fasciste à Washington le 6 janvier a presque abouti à un massacre et a été orchestrée avec un soutien de haut niveau de l'administration Trump et du Parti républicain.

Le Washington Post a rapporté vendredi que la foule est entrée dans la salle du Sénat moins de 60 secondes après que le vice-président Mike Pence ait été évacué. Le Post a écrit: «La proximité des insurgés du 6 janvier avec le vice-président et le retard dans son évacuation de la chambre – qui n'a pas été rapporté auparavant – soulève des questions sur les raisons pour lesquelles les services secrets ne l'ont pas déplacé plus tôt et souligne le danger auquel les hauts dirigeants du gouvernement ont été confrontés pendant le siège.»

Des gens s'abritent sur la galerie de la Chambre des représentants lors de l’invasion du Capitole américain le mercredi 6 janvier 2021, à Washington [Source: AP Photo/Andrew Harnik]

Les procureurs de l'Arizona ont également rapporté que les personnes impliquées dans le complot prévoyaient de «capturer et assassiner des élus». Ceci a été contredit par un fonctionnaire de Trump au département de la Justice, qui a déclaré vendredi: «Nous n'avons aucune preuve directe de l'existence d'équipes de capture et d'assassinat.» Dans un tribunal fédéral mardi, les avocats du protestataire de l'Arizona Jacob Chansley, photographié torse nu avec des cornes et du maquillage dans la capitale, ont soutenu que leur client ne faisait que suivre les ordres de Trump et ont demandé à ce dernier de le pardonner.

La police enquête actuellement sur une lettre de Mikie Sherrill, membre du Congrès démocrate du New Jersey, affirmant que des membres républicains du Congrès faisaient visiter le Capitole pour rallier des participants dans les jours précédant l'événement. D'autres membres républicains du Congrès, dont Peter Sessions du Texas, ont rencontré les organisateurs du rassemblement dans les jours précédant l'événement. L'organisateur du rassemblement fasciste Ali Alexander a déclaré avoir rencontré personnellement les représentants républicains Andy Biggs, Mo Brooks et Paul Gosar au cours de la période précédant l’insurrection.

La vague d'informations montrant l'implication de l'appareil d'État dans les événements du 6 janvier a déclenché une «enquête» interne dirigée par le département de la Justice. Cet appel présente toutes les caractéristiques d'une dissimulation officielle.

Le Post a rapporté vendredi que l’examen impliquera des enquêteurs des «départements de la Justice, de la Défense, de l'Intérieur et de la Sécurité intérieure». L’examen prendra probablement des années. Dans une déclaration annonçant l'enquête, l'inspecteur général du département de la Justice, Michael Horowitz, a déclaré que son bureau «est conscient de la nature sensible des enquêtes et des poursuites pénales en cours» et «veillera à ce que l’examen n'interfère pas avec celles-ci».

En d'autres mots, les informations les plus vitales seront cachées au public pour de fausses raisons de «sécurité nationale».

La réaction des partis démocrate et républicain à la tentative de coup d'État fasciste de mercredi dernier à Washington DC démontre que, bien que la tentative de prise du pouvoir ait échoué le 6 janvier, l'ensemble de l'establishment politique fait maintenant un pas de plus vers la droite. Alors que le Parti républicain défend les actions de Trump et intègre l'extrême droite en son sein, les démocrates suivent, appelant à «l'unité».

En menaçant de violence physique à l'approche de l'inauguration du 20 janvier, l'extrême droite a réussi à intimider les assemblées législatives de plusieurs États. Jeudi, l'Assemblée législative de l'Oregon a reporté sa session législative de 2021 en raison des menaces des milices d'extrême droite. Le président du Sénat de l'Oregon, Peter Courtney, un démocrate, a reconnu que c'était la police de l'État de l'Oregon, une institution bourrée de partisans de Trump, qui avait ordonné la fermeture de la session.

Le gouverneur du Minnesota Tim Walz et le gouverneur de Washington Jay Inslee, tous deux démocrates, ont révélé jeudi que des manifestants pro-Trump ont pris d'assaut leurs résidences le 6 janvier. Walz a déclaré que les manifestants ont forcé l'évacuation de ses enfants.

Walz a ajouté qu'il n'avait été informé par aucun fonctionnaire de l'administration Trump des mémos du FBI ou de toute agitation potentielle. «Je pense qu'ils se sont pas mal retirés de la partie», a déclaré Walz. «Et on pourrait penser que s'il y avait des menaces crédibles après ce que nous avons vu au Capitole américain, que peut-être le gouverneur du Minnesota recevrait un appel d'un sous-secrétaire ou de quelqu'un juste pour nous le faire savoir. Mais non.»

Selon le correspondant politique en chef de Politico, Tim Alberta, des efforts similaires d'intimidation ont également influencé le vote de destitution de la Chambre. «Je sais que plusieurs députés veulent [le] destituer, mais ils craignent que leur vote ne les fasse assassiner, eux ou leur famille», a-t-il écrit. «De nombreux républicains de la Chambre ont reçu des menaces de mort la semaine dernière.»

Les membres les plus à droite du prochain Congrès émergent maintenant comme les vedettes du Parti républicain. Marjorie Taylor Greene, une partisane fasciste de QAnon représentant la Géorgie rurale, a annoncé jeudi qu'elle introduirait des articles de destitution contre le président élu Joe Biden le 21 janvier, le lendemain de son investiture.

Malgré le fait que les démocrates contrôleront les deux chambres du Congrès et le pouvoir exécutif, l'administration Biden et les dirigeants démocrates annoncent déjà leur désir de travailler avec leurs «collègues républicains».

Jeudi, Biden a annoncé que son plan de «secours» pour la COVID ne comprendrait pas de chèques de 2000 dollars pour chaque personne, comme les démocrates l'avaient promis lors des élections sénatoriales en Géorgie. Biden a déclaré que ce montant serait réduit à 1400 dollars, affirmant cyniquement que les démocrates avaient parlé d’un montant total de 2000 dollars, et que cela incluait les 600 dollars fournis le mois précédent.

Dans une lettre aux démocrates du Sénat publiée vendredi, le futur chef de la majorité au Sénat, Charles Schumer, a déclaré que les démocrates du Sénat donneraient la priorité à la confirmation des candidats de Biden pour les postes de secrétaire à la Défense, secrétaire à la Sécurité intérieure, secrétaire d'État, procureur général et secrétaire au Trésor.

L'insurrection du 6 janvier «nous a montré que nous avons besoin de personnes qualifiées, confirmées par le Sénat (et non pas à titre intérimaire), à des postes clés de la sécurité nationale», a-t-il écrit. «Les défis économiques auxquels notre nation est confrontée exigent également que les candidats économiques clés soient confirmés et en poste dès que possible. Nous nous efforcerons de rendre ce travail important bipartite».

En d'autres termes, au nom de l'«unité», les démocrates du Sénat vont tout concéder aux républicains afin de s'assurer que les agences militaires et de renseignement américaines et le département du Trésor disposent de tout le personnel nécessaire pour superviser les opérations de l'impérialisme américain et pour garantir que Wall Street bénéficie d'un flux d'argent sans fin. Biden a également donné la priorité à la réouverture des écoles, en sacrifiant la santé des enfants pour que leurs parents puissent être contraints de retourner sur le marché du travail au nom des sociétés américaines.

Dans un esprit d'«unité», l'administration Biden a annoncé qu'elle allait nommer l'actuel secrétaire adjoint à la Défense David Norquist, nommé par Trump, au poste de secrétaire à la Défense par intérim, en attendant la confirmation du candidat de Biden, le général à la retraite Lloyd Austin. Norquist a soutenu la décision de Trump d'allouer illégalement des ressources du ministère de la Défense pour construire le mur à la frontière entre les États-Unis et le Mexique.

Wall Street a répondu favorablement à cette dynamique. David Bianco, directeur des investissements pour les Amériques chez le gestionnaire de fonds communs DWS, a déclaré jeudi à CNBC: «Je pense que nous voyons déjà le stimulus Biden et même plus. La façon dont je décris les Bidenomics est de dépenser maintenant, de taxer plus tard et de ne pas taxer avant que le marché obligataire ne s'y oppose... Les marchés voient que les choses vont mieux maintenant et nous verrons si des taux d'intérêt plus élevés nous seront imposés plus tard».

Les démocrates du Sénat ont également récemment indiqué clairement qu'ils obtiendraient la confirmation d'Austin malgré le fait qu'il nécessite une dérogation en raison de son récent service militaire, une nouvelle érosion du principe démocratique de contrôle civil sur l'armée. Le sénateur démocrate Jack Reed du Rhode Island, qui deviendra bientôt président de la commission sénatoriale des services armés, a déclaré mercredi au Washington Post: «Nous avons maintenant un candidat clairement qualifié et une déclaration du président élu selon laquelle il a besoin du général Austin pour la sécurité de la nation».

Au sein de l'armée, il est également question que Biden procède à l’intégration de l’extrême droite et maintienne des liens avec elle. Selon un reportage du Military Times, les nouveaux responsables de Biden envisagent d'accorder des autorisations de presse à des publications d'extrême droite comme OAN News, Newsmax et Breitbart.

Un ancien fonctionnaire de l'administration Obama a déclaré au Military Times: «Mon opinion personnelle est qu'il serait trop facile d'éviter ces médias, de prétendre à juste titre qu'ils ne s'appliquent pas aux mêmes normes journalistiques que votre média, ou que les agences de presse ou les quotidiens, et vous pourriez utiliser ce point de vue critique contre eux pour limiter leur accès. Je pense personnellement que ce serait contre-productif».

Le Parti de l’égalité socialiste appelle à la mobilisation indépendante de la classe ouvrière dans cette crise par le biais d'une grève générale pour mettre fin au danger que représente l'extrême droite. Cette grève doit être jumelée à la demande d'une enquête ouverte et approfondie sur le coup d'État du 6 janvier et sur les projets de violence future de l'extrême droite à Washington DC et dans tout le pays.

(Article paru en anglais le 16 janvier 2021)